Novartis s'attaque à la loi indienne sur les brevets votée par les parlementaires en 2005

Une victoire majeure pour l'accès aux médicaments abordables pour les malades des pays en développement.
©Sheila Shettle /MSF

Si Novartis obtient gain de cause, un médicament développé et commercialisé dans les pays riches et susceptible, au terme d'une période de 20 ans, de tomber dans le domaine public pourra, moyennant des changements mineurs, être de nouveau protégé par un brevet... de 20 ans!

En janvier 2005, l'Inde a dû mettre sa législation sur les brevets en conformité avec les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur la propriété intellectuelle.

Le pays délivre désormais des brevets pour 20 ans sur les nouveaux produits et procédés pharmaceutiques, ce qui restreint déjà considérablement la possibilité de produire des génériques à prix abordables.

Toutefois et dans le souci de concilier respect du droit de propriété intellectuelle et impératif de santé publique, le gouvernement indien a inclus dans sa loi (le Patent Act) une clause (l'article 3d) qui prévoit que ne sont brevetables que les médicaments réellement nouveaux et innovants. Cet article vise à contourner une pratique courante des entreprises pharmaceutiques qui consiste à apporter des modifications mineures à des molécules existantes pour obtenir un nouveau brevet.

C'est cette loi que Novartis attaque devant les tribunaux. Si le laboratoire obtient gain de cause, un médicament développé et commercialisé dans les pays riches et susceptible, au terme d'une période de 20 ans, de tomber dans le domaine public pourra, moyennant des changements mineurs, être de nouveau protégé par un brevet... de 20 ans!

C'est ce type de prolongation abusive de la protection qu'offre les brevets que Novartis a tenté d'obtenir pour son anti-cancéreux Glivec (voir plus bas) et que permettrait l'abrogation de l'article 3d.

Depuis que la loi indienne a été changée en 2005, près de 10 000 demandes de brevet sont en attente d'examen. Si l'Inde accorde des brevets de la même manière que les pays développés cela signifiera l'impossibilité de produire des génériques de médicaments récemment développés et commercialisés dans les pays riches.

L'exemple du Glivec

Novartis a déposé un brevet en Inde pour un médicament contre le cancer, l'imatinib mesylate, que le laboratoire commercialise sous le nom de Glivec (Gleevec aux Etats-Unis), dans de nombreux pays.

L'Inde a rejeté cette demande de brevet en janvier 2006, car ce médicament était une nouvelle formulation d'un médicament existant déjà et, selon la loi indienne sur les brevets, il ne pouvait pas être breveté en Inde.

Dans d'autres pays où Novartis a obtenu un brevet, le Glivec est vendu à 2 600$ par patient et par mois. En Inde, la version générique du Glivec est disponible à moins de 200$ par patient et par mois. Novartis tente aujourd'hui d'annuler cette décision, afin de vendre ce médicament au même prix en Inde que dans les autres pays.

Dossier spécial Novartis

Consultez notre dossier spécial pour en savoir plus sur les tentatives de Novartis de s'attaquer aux brevets indiens.

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