Niger : prévenir de nouvelles épidémies de choléra dans une zone à haut risque

Campagne de vaccination contre le choléra à Maradi. Niger. 2018.
Campagne de vaccination contre le choléra à Maradi. Niger. 2018. ©Ousseini Katchalla/MSF

Cet été, le Niger luttait contre la pire épidémie de choléra que le pays ait connue au cours des dernières années. Médecins Sans Frontières a contribué à la riposte contre la maladie et sa propagation entre juillet et octobre.

Alors que la maladie recule, MSF se réoriente aujourd’hui, aux côtés des autorités sanitaires locales, vers la prévention de nouvelles flambées dans la région de Maradi. Cette région, frontalière du Niger et du Nigeria, a été la zone la plus touchée par l’épidémie en cours. Elle est également connue pour être régulièrement affectée par la maladie.

Ces efforts incluent la vaccination de plus de 145 000 personnes avec un vaccin par voie orale dans trois zones de la région de Maradi : Tchadoua, Aguié et Gazaoua. Dans ce cadre, MSF apporte un soutien logistique et technique aux autorités sanitaires. De son côté, Epicentre, créée par MSF pour apporter une expertise épidémiologique aux opérations de l'association sur le terrain, appuie l’intervention avec une enquête post-vaccinale.

« Lors d’une épidémie de choléra, une campagne de vaccination organisée à temps permet de réduire rapidement le nombre de nouveaux cas. Pour les campagnes de vaccination préventive, comme celle menée à Maradi, nous choisissons des zones à haut risque, qui ont déjà connu des épidémies et qui sont considérées comme les plus vulnérables au choléra, explique Ousmane Guindo, coordinateur des études à Epicentre au Niger. Le vaccin protège contre le choléra pendant environ deux, trois ans au moins. Chaque intervention préventive de ce type implique un pari sur la probabilité que la maladie revienne au cours de cette période, et à ces endroits spécifiques. Il y a donc des limites. Toutefois, à Maradi, ce scénario est très probable. »

Maradi et en particulier un de ses districts – Madarounfa – ont été les plus touchés par l’épidémie en cours, qui s’est ensuite étendue à trois régions voisines : Dosso, Tahoua et Zinder. Depuis le début de l’épidémie en juillet, le ministère de la Santé a rapporté 3 821 cas de choléra et 78 décès. 69 % de ces cas ont été enregistrés à Madarounfa. Au cours de la riposte, les équipes de MSF ont traité 2 543 cas et rapporté 30 décès. MSF a fermé son dernier centre de traitement du choléra à la mi-octobre.

Campagne de vaccination contre le choléra à Maradi. Niger. 2018.
 © Ousseini Katchalla/MSF
Campagne de vaccination contre le choléra à Maradi. Niger. 2018. © Ousseini Katchalla/MSF

« L’ampleur de l’épidémie, avec plusieurs flambées simultanées au Niger et au Nigeria, est sans précédent dans la sous-région. L’un des traits distinctifs de cette épidémie est le mouvement transfrontalier de patients, dont nombreux sont venus du Nigeria au Niger pour se faire soigner gratuitement. Cela, conjugué avec le manque d’accès à de l'eau potable dans les zones frontalières des deux pays, a eu un impact sur le temps nécessaire pour enrayer la propagation du choléra, explique Innocent Kunywana, coordinateur de terrain de l'Équipe mobile d’urgences au Sahel (EMUSa). »

Si le choléra a reculé au Niger ces dernières semaines, les risques de propagation demeurent. Avec des épidémies en cours dans le nord-est du Nigeria, les zones frontalières du Niger restent particulièrement exposées. Diffa, la région dans laquelle résident 250 000 personnes déplacées par le conflit armé, est à risque en raison de sa proximité avec l’État de Borno au Nigeria, dans lequel plus de 6 200 cas ont déjà été enregistrés.

« Le point commun de toutes les zones vulnérables au choléra, c’est l’accès difficile à de l’eau propre et à un assainissement adéquat. Les campagnes de vaccination limitent le nombre de cas et de décès, mais ne résolvent pas, et ne peuvent pas résoudre, ces problèmes sous-jacents. Les populations autochtones et déplacées du sud du Niger et du nord du Nigeria font toujours face aux défis qui exigent des efforts humanitaires et de développement concertés. Seule une amélioration durable des conditions de vie des deux côtés de la frontière permettra d’éliminer les causes profondes du choléra », déclare Ousmane Guindo.

D’ici là, il est probable que le choléra demeure une menace pour la santé publique dans la région, comme dans plusieurs autres parties du monde. On estime que 100 000 personnes périssent du choléra chaque année, bien qu’un diagnostic rapide permette de traiter facilement la maladie par réhydratation orale ou intraveineuse. Les campagnes de vaccination préventive, comme celle appuyée par MSF à Maradi, sont une étape intermédiaire importante pour réduire ce nombre : elles protègent les personnes vivant dans des zones à haut risque, tout en laissant le temps nécessaire pour mettre en œuvre des solutions plus durables.

Ces interventions ont également une valeur ajoutée essentielle dans les crises humanitaires, car elles peuvent empêcher la propagation de la maladie parmi des populations très vulnérables dans des zones où il serait particulièrement difficile d’arrêter l’épidémie, pour des raisons de sécurité ou par manque d’accès à l'aide humanitaire. C’était la logique qui sous-tendait une campagne de vaccination préventive menée par MSF dans la région de Diffa en 2016.

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