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Niger - « Nous voulons voir moins d’enfants mourir de malnutrition »

Le docteur Susan Shepherd, coordinatrice médicale au Niger, participe à la mise en place dans le programme nutritionnel de Maradi d'une nouvelle définition de la malnutrition aiguë sévère, pour cibler les enfants qui ont un risque élevé de décès. Parallèlement, les enfants qui risquent de basculer dans la malnutrition sévère reçoivent un supplément nutritionnel pendant les mois les plus critiques.

Quelle est la situation actuelle ?

C'est une année typiquement difficile, la période de soudure a débuté et les familles dans les villages sont contraintes de diminuer le nombre de repas. Ils doivent rationner des stocks de mil déjà très bas voire inexistants et être très économes avec le peu d'argent qu'ils ont pour acheter d'autres aliments tels que le lait ou les haricots, car il reste encore quatre mois avant les récoltes.

Les maladies banales de l'enfance peuvent être fatales quand on est malnutri. Chapiou, huit mois, a eu une gastro-entérite. Il ne pesait plus que 4,4 kilos et n'avait plus la force de manger. Après huit jours de traitement, il avait déjà repris 1,5 kilos et retrouvé son sourire d'enfant »

Si il y a une certaine hétérogénéité de la situation alimentaire dans les familles, on constate une certaine homogénéité de la situation nutritionnelle des enfants de moins de trois ans. Les jeunes enfants sont les premiers touchés par la pauvreté nutritionnelle de leur alimentation, ils mangent essentiellement du mil, irrégulièrement du lait... Quasiment aucun d'entre eux n'a accès à un des aliments spécifiques de la petite enfance, enrichis en nutriments essentiels, qui sont couramment utilisés dans des pays où l'alimentation est déjà riche et diversifiée. Car en cette période de croissance très rapide, les plus petits ont des besoins spécifiques importants. Ces carences nutritionnelles les rendent fragiles face aux infections et un grand nombre d'entre eux atteint le stade de la malnutrition aiguë, quand le corps puise dans ses propres réserves pour survivre et s'épuise peu à peu.

Actuellement environ 4000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère sont suivis dans un de nos centres nutritionnelles dans les départements de Guidan Roumdji et de Madarounfa et plus de 200 cas de malnutrition aiguë sévère compliqués sont pris en charge dans le centre d'hospitalisation de Maradi. Il y a une dizaine de décès par semaine.

Comment éviter que des enfants meurent encore de malnutrition ?

En les soignant le plus tôt possible. Quand un enfant souffre de malnutrition aiguë, son système immunitaire est tellement déprimé que les risques de décès sont fortement élevés. Une maladie banale de l'enfance comme une infection respiratoire ou une gastro-entérite, peut très rapidement devenir compliquée chez un enfant malnutri et les risques de décès sont très élevés. La très grande majorité des enfants sont pris en charge avant les complications médicales, dans des centres nutritionnels pas trop éloignés de leur domicile, avec un produit thérapeutique prêt à l'emploi et un traitement médical en cas de maladie associée non compliquée, comme une otite ou, parfois même le paludisme. Le suivi médical hebdomadaire permet de réagir si l'enfant ne prend pas de poids ou si la maladie s'aggrave mais c'est la maman qui devient le principal soignant de l'enfant, en lui donnant deux fois par jour l'aliment thérapeutique prêt à l'emploi, pendant environ un mois.

Nous savons que 95% des enfants qui basculent dans la malnutrition aiguë sont âgés de 6 mois à trois ans. Cette tranche d'âge correspond au sevrage, ce passage critique dans la vie d'un jeune enfant qui débute quand il commence à prendre autre chose que le lait maternel et qui prend fin lorsqu'il a terminé la période de croissance rapide. Nous savons également que le pic de malnutrition aiguë se situe chaque année entre juin et octobre, pendant la période de soudure.

Est-il possible de prévenir ce pic de malnutrition qui se reproduit chaque année ?

Nous avons réussi, en 2006, à éviter le pic de malnutrition aiguë sévère en prenant en charge les enfants dès le stade dit modéré de la malnutrition aiguë. Mais ce sont des dizaines de milliers d'enfants qui affluent dans les centres nutritionnels sur une courte période, cinq à six mois ! Et des dizaines de milliers d'autres qui souffrent de carences nutritionnelles et tombent facilement malades, parfois gravement. En 2006, nous avons donné environ 250 000 consultations médicales, dans les centres nutritionnels et les centres de santé !

Cette année, nous avons fait le choix de prendre en charge dans un centre nutritionnel les enfants à risque élevé de décès lié à la malnutrition aiguë et de d'étendre l'apport nutritionnel, dans le département de Guidan Roumdji, à tous enfants à risque élevé de malnutrition aiguë, c'est à dire les enfants entre 6 mois et 3 ans. Nous estimons, à partir des admissions de l'année 2006, que la moitié des enfants de cette tranche d'âge, dans ce département, ont souffert de malnutrition aiguë l'année dernière. Depuis le mois de mai, nous distribuons chaque mois quatre pots d'un produit prêt à l'emploi. L'enfant à risque reçoit trois cuillerées par jour et cela lui apporte une dose complète journalière de nutriments essentiels et un support calorique de 250 kilocalories. C'est un complément nutritionnel, en plus de l'alimentation habituelle. Les distributions se poursuivront jusqu'aux récoltes, pour environ 63000 enfants. En cas de maladie, les enfants sont emmenés au centre ou à la case de santé le plus proche. Les enfants de moins de cinq ans sont maintenant soignés gratuitement dans les structures de santé du Ministère de la Santé au Niger.

Il est encore trop tôt pour estimer les résultats, mais nous constatons déjà une légère baisse des admissions dans les centres nutritionnels d'enfants vivant dans la zone où nous distribuons ce supplément nutritionnel. De plus, nous remarquons que ces enfants ont moins de complications médicales nécessitant une référence vers le centre d'hospitalisation. Ce sont déjà des signes encourageants.

Quels sont les critères d’admissions pour cibler les enfants à risque de décès lié à la malnutrition ?

C'est une question primordiale car jusqu'ici, nous n'avions pas de critères adéquats pour identifier les enfants à risque élevés de décès lié la malnutrition aiguë sévère. Mais l'Organisation Mondiale de la Santé a publié récemment des nouveaux standards de croissance qui sont tirés d'une étude portant sur des enfants en Afrique, Europe, Asie et les Amériques. Cette étude permet de confirmer que les enfants partout dans le monde grandissent et grossissent au même rythme pendant les deux premières années de la vie pour autant qu'ils aient accès à une alimentation adéquate en qualité et quantité (et de l'eau propre). Ces nouveaux standards de croissance ciblent mieux les enfants malnutris à risque de décès, notamment ceux dans la tranche d'âge des 6-12 mois.

Ainsi, nous avons pu observer que les enfants admis dans notre programme en 2006 qui sont décédés étaient sévèrement malnutris (selon l'ancienne définition) pour un tiers et « modérément » malnutris pour les deux tiers. En reprenant les données telles que l'âge, le poids et la taille, de ces mêmes enfants selon la nouvelle définition OMS de la malnutrition aiguë sévère, ce sont alors 80% des enfants décédés qui sont considérés comme sévèrement malnutris. Ces nouveaux standards nous permettent de concentrer les ressources médicales sur les enfants qui ont le risque de décès lié à la malnutrition le plus élevé.

Nous pensons que notre intervention peut avoir davantage d'impact sur la morbidité, soit le nombre de maladies, et la mortalité des enfants liées à la malnutrition en donnant accès à un supplément nutritionnel à tous les enfants de la tranche d'âge la plus à risque et en concentrant les ressources médicales sur les enfants malnutris qui ont un risque élevé de décès.

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