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Niger - Malnutrition : «S'il accepte de manger, c'est le pas décisif»

Sylvaine est médecin au centre nutritionnel MSF de Aguié depuis un
mois. Médecin généraliste en région parisienne, elle part avec Médecins
Sans Frontières depuis un an et demi. Avant de se rendre au Niger, elle
avait déjà effectué deux missions en République Démocratique du Congo.
Témoignage.

Cette mission ne ressemble pas à mes précédentes en République Démocratique du Congo. Il y a beaucoup plus d'enfants et surtout beaucoup sont dans des états graves. Dans d'autres programmes de prise en charge de la malnutrition, les enfants restent hospitalisés jusqu'à ce qu'ils soient guéris. Ici, dès qu'ils vont un peu mieux, ils retournent chez eux et ne reviennent qu'une fois par semaine, dans un centre proche de leur village, jusqu'à la fin du traitement. C'est beaucoup mieux pour l'enfant et pour la maman. Le médecin donne les premiers soins mais ensuite c'est la mère, à la maison, qui a la responsabilité de nourrir son enfant avec les compléments alimentaires. Nous sommes présents pour suivre l'évolution, intervenir si l'enfant ne prend pas suffisamment de poids mais c'est la maman, chez elle, qui soigne son enfant et qui le guérit. Presque neuf enfants sur dix quittent le programme en ayant atteint leur objectif de prise de poids.
illustration
Sylvaine au centre nutritionnel d'Aguié, juillet 2005
"Il y a les enfants qui vont mieux, et ceux que je n'ai pas pu sauver. Si un enfant accepte de manger, c'est le pas décisif et s'il réclame à manger, là c'est merveilleux !"

S’il réclame à manger, c’est merveilleux
Je soigne surtout ceux qui arrivent aux soins intensifs, souvent très tardivement. Certains sont dans un état de semi-conscience, d'autres ont du mal à respirer à cause d'infections respiratoires. Ils peuvent être très déshydratés, parfois très anémiés. Ils souffrent souvent de plusieurs infections sévères. En quelques jours, je peux observer des changements importants. Quand j'arrive près d'un enfant et qu'il me regarde, je sais qu'il va mieux ; quand je m'approche et qu'il a la force de pleurer, je suis contente. S'il accepte de manger, c'est le pas décisif et s'il réclame à manger, là c'est merveilleux ! Ensuite, je ne le vois plus : il est prêt à rentrer chez lui pour poursuivre le traitement. Je ne le verrai pas se remettre à sourire et à jouer.

Un silence brutal
Et puis il y a ceux que tu n'as pas pu sauver. Ceux que tu as soignés pendant plusieurs jours... Sans succès. Tu t'es battue pour lui, tu as eu des espoirs, un signe positif, tu veux y croire. Et puis il rechute. Tu tentes de le réanimer, tu essaies tout ce que tu peux. Sous le regard de toutes les autres mamans dans la salle des soins intensifs. C'est fini. Tu le dis à la maman. Elle attend pendant que tu ôtes la perfusion, tout le matériel médical. Elle prend son enfant sur le dos et elle part, en le portant comme elle l'a fait tous les jours depuis sa naissance. Certaines disent merci. D'autres pleurent, les larmes coulent sur leurs joues, sans un geste, sans un mot. Leur visage est figé, c'est comme si la mort de leur enfant plaquait un masque sur leurs traits. Elles quittent le centre ainsi, droites, sans bruit, sous les regards. Moi je suis bouleversée par leur calme. En un sens c'est plus simple, je n'affronte pas leur colère ou leurs cris. Mais j'ai l'habitude que les émotions se manifestent. Ce silence là est brutal.











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