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Niger : « Le manque d'accès aux soins est l'une des principales causes de la crise »

Des soins payants donc inaccessibles Le manque d'accès aux soins pour les familles les plus pauvres est l'un des facteurs qui explique la forte hausse de la malnutrition sévère au Niger. MSF a ouvert 5 unités de soins pédiatriques pour prendre
Des soins payants, donc inaccessibles Le manque d'accès aux soins pour les familles les plus pauvres est l'un des facteurs qui explique la forte hausse de la malnutrition sévère au Niger. MSF a ouvert 5 unités de soins pédiatriques pour prendre © Julien Poublan / MSF

Pour faire face à la crise nutritionnelle qui frappe actuellement
le Niger, en plus des soins thérapeutiques offerts dans les centres
nutritionnels et en ambulatoire, MSF a également décidé de renforcer le
système de santé local pour tenter de traiter la malnutrition à sa
source. Mego Terzian, médecin et responsable du projet de MSF à Maradi,
l'un des lieux les plus touchés par la crise nutritionnelle, nous
explique pourquoi et comment ce programme a été mis en place.

Une partie de la réponse de MSF face à la crise nutritionnelle au Niger consiste à renforcer le système de santé local. Qu'est-ce qui a justifié cette intervention?
Actuellement au Niger, les soins sont payants. A cause de ce système dit de recouvrement des coûts, de nombreux enfants n'ont pas accès aux soins. Conscients du fait qu'il s'agit d'une des principales causes de la crise actuelle, nous avons décidé de garantir la gratuité des soins aux enfants de moins de cinq ans, dans nos régions d'intervention. Depuis trois semaines MSF fournit donc gratuitement les médicaments et verse une prime aux travailleurs de sept Centres de Santé Intégrés (CSI).

D'autre part, lors de la sélection pour l'admission dans nos programmes nutritionnels, nous rencontrons de nombreux enfants qui ne souffrent pas de malnutrition sévère mais qui doivent être hospitalisés en urgence. Or, mis à part l'hôpital de Maradi ? déjà débordé ?, il n'existe pas dans la région de Maradi de structure pour faire face à cet afflux. Nous y avons donc ouvert deux services pédiatriques qui servent de points de référence pour les cas urgents requérant une hospitalisation. En une dizaine de jours nous avons déjà admis 58 enfants dans notre centre de Dan Issa et 22 autres en une semaine à Aguié. Ces enfants souffrent principalement de paludisme sévère, d'infections respiratoires aiguës ou de diarrhées aiguës. Ces derniers temps, avec la saison des pluies, les cas de paludisme ont fortement augmenté.

Pourquoi pensez-vous que le manque d'accès aux soins est en partie responsable de la crise nutritionnelle actuelle?
Dans les zones rurales, la majorité des familles n'ont pas les moyens de payer une consultation au centre de santé lorsque les enfants tombent malade. Lorsqu'ils souffrent de paludisme ou de diarrhée ils restent généralement à la maison et dans un premier temps sont soignés par les thérapeutes traditionnels. Ce n'est qu'après deux ou trois semaines lorsque, toujours malades, ils finissent par tomber dans un état de malnutrition sévère, qu'ils sont pris en charge par nos programmes nutritionnels thérapeutiques. S'ils étaient soignés correctement plus tôt, ils ne souffriraient pas de malnutrition sévère. L'impossibilité d'être soigné en raison du manque d'argent est une des principales causes de la crise.

Les centres de santé ont-ils la capacité de détecter et de traiter la malnutrition?
Les agents de santé nigériens sont formés pour détecter la malnutrition. Ils utilisent une méthode distincte de la notre, plus axée sur l'identification des enfants souffrant de malnutrition modérée, mais qui est efficace. Les statistiques du ministère de la santé indiquent que dans la région un grand nombre d'enfants souffrent de malnutrition modérée. Mais les agents de santé n'ont pas encore les moyens de les prendre en charge. Au Niger, il existe un aliment thérapeutique similaire à celui que nous utilisons (le Plumpy'nut) mais il n'est pas disponible dans tous les centres de santé. Le ministère a récemment mis en place un protocole de prise en charge de la malnutrition aiguë et en principe ce produit devrait être prochainement distribué dans tous les centres. Des équipes du ministère et de l'Unicef sont en cours de formation et visitent nos projets. Ils peuvent ainsi vérifier que ces aliments thérapeutiques permettent de prendre en charge relativement facilement les enfants souffrant de malnutrition sévère sans avoir les faire hospitaliser.


Cette crise est loin d'être terminée, mais sachant que la malnutrition est un problème chronique dans la région, peut-on déjà en tirer des leçons pour l'avenir?
Les autorités sanitaires locales ont visité nos projets et ont compris qu'il n'est pas difficile de prendre en charge la malnutrition sévère en ambulatoire. Il leur reste maintenant à intégrer rapidement les médicaments et les aliments thérapeutiques au système de santé.

Par ailleurs, il est important d'appliquer des politiques de développement en matière de sécurité alimentaire, mais il faut aussi que le système fonctionne en cas d'urgence lorsque se présente une crise alimentaire. Cette année, il n'a fonctionné à aucun des deux niveaux. Les effets des politiques de développement se font attendre et la crise n'a pas été correctement affrontée. Nous avons constaté que les ventes d'aliments à prix modéré n'ont eu aucun effet, que cette réponse n'était pas appropriée. En période de crise, il est indispensable de distribuer massivement des aliments gratuits et de prodiguer gratuitement des soins.

Enfin, nous pouvons toujours continuer à traiter, année après année, les enfants atteints de malnutrition sévère. Mais si nous voulons vraiment faire face à la malnutrition il faut l'attaquer à sa source. Les enfants souffrant de malnutrition modérée doivent être pris en charge avant de tomber dans la malnutrition sévère. Il est impératif de traiter les maladies telle que le paludisme ou les diarrhées qui sont un des facteurs de la malnutrition.

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