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Maladies négligées : les patients victimes du manque de Recherche et Développement

Nord de la République centrafricaine où MSF traite la maladie du sommeil septembre 2009.
Nord de la République centrafricaine où MSF traite la maladie du sommeil, septembre 2009. © Michael Kottmeier/agenda

Plus de 400 millions de personnes présentent le risque de contracter l'une ou l'autre des maladies tropicales négligées (MTN) que sont la leishmaniose viscérale (kala-azar), la maladie du sommeil, la maladie de Chagas et l'ulcère de Buruli.

Tandis que les trois premières affections de cette liste figurent parmi les MTN les plus meurtrières, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a souligné les sérieux problèmes engendrés par ces quatre maladies, en raison de la vétusté et de l'inefficacité des outils utilisés pour leur diagnostic et leur traitement, ou pire, en raison de l'absence pure et simple de tels outils, et parce que les populations touchées se trouvent dans des régions éloignées ou peu sûres, l'accès aux soins de santé y étant restreint ou inexistant.

La situation est d'autant plus alarmante que les activités de recherche et développement (R&D) de nouveaux médicaments et de nouvelles méthodes de diagnostic pour ces maladies sont cruellement sous-financées.

Tant qu'il n'y aura pas une augmentation considérable des ressources allouées aux programmes nationaux de dépistage axés sur un diagnostic et un traitement actifs des patients ainsi que des investissements consacrés aux initiatives de prévention et à la R&D de nouveaux outils de diagnostic et de traitement, les personnes continueront de souffrir de ces maladies.


Chaque année, on observe l'apparition d'environ 500 000 nouveaux cas de kala-azar
, maladie qui se manifeste de plus en plus sous la forme d'une infection opportuniste touchant les personnes atteintes du VIH/sida.

L'amphotéricine B liposomale (AmBisome) est un médicament très efficace pour traiter cette affection, mais son coût et les problèmes de logistique restreignent grandement la possibilité d'une l'utilisation élargie de ce médicament.

Par exemple, dans l'État du Bihar en Inde, MSF paye ce médicament 18 $ le flacon, et un traitement peut coûter entre 200 $ et 300 $ par patient, ce qui représente une somme trop élevée pour que les ministères de la Santé puissent intégrer ce traitement de façon généralisée et pour que la plupart des patients puissent se le payer.

Le seul choix envisageable pour la majorité des personnes atteintes de la maladie consiste à recevoir durant 28 jours des injections intramusculaires de stibogluconate de sodium (SGS), un médicament conçu dans les années 1930 et dont l'administration est extrêmement douloureuse.

La maladie du sommeil (trypanosomiase africaine humaine) est une affection parasitaire mortelle qui touche les populations de l'Afrique subsaharienne, et plus particulièrement celles vivant dans des régions aux prises avec des conflits armés, où la maladie est endémique et où les services de santé sont presque absents. MSF pilote actuellement des programmes en République démocratique du Congo (RDC) et en République centrafricaine (RCA).

En collaboration avec la Drugs for Neglected Diseases initiative (DNDi), MSF a récemment mis à l'essai avec succès une nouvelle polythérapie consistant en une combinaison thérapeutique d'éflornithine et de nifurtimox (NECT).

Plus facile à administrer et présentant un schéma thérapeutique plus court que les anciens traitements, ce nouveau médicament est considérablement moins nocif que le traitement normal actuel au mélarsoprol, un médicament à base d'arsenic qui peut tuer jusqu'à dix pour cent des patients à qui il est administré. Certains pays ont aujourd'hui adopté le NECT, mais il est essentiel de poursuivre les efforts afin d'élargir davantage l'utilisation de ce médicament.

La maladie de Chagas (trypanosomiase américaine) est endémique dans certaines régions de l'Amérique latine, et on compte à l'échelle mondiale jusqu'à 15 millions de cas, dont 300 000 aux États-Unis. On estime que trente pour cent des patients atteints de cette maladie développeront des complications cardiaques et digestives pouvant entraîner la mort. Il existe peu de programmes de diagnostic et de traitement de la maladie de Chagas, mais MSF pilote actuellement trois programmes de ce type en Bolivie et Colombie.

Toute intervention médicale visant à contrer cette maladie nécessite un dépistage actif, l'utilisation des médicaments actuellement disponibles que sont le benznidazole et le nifurtimox, ainsi que des activités R & D destinées à trouver de nouvelles méthodes de diagnostics et de nouveaux médicaments.

Bien qu'il ne s'agisse pas d'une maladie mortelle, l'ulcère de Buruli, qui fait partie de la même famille que la lèpre et la tuberculose, peut causer des difformités, des handicaps et parfois des surinfections pouvant entraîner la mort. MSF traite actuellement les patients atteints de cette maladie au Cameroun. Toutefois, bien qu'il existe des traitements efficaces et simples contre cette affection, comme l'administration d'antibiotiques, un soin approprié des plaies, la physiothérapie et l'exécution de petites chirurgies, l'accessibilité de ces traitements est insuffisante.

Le coût humain associé à la négligence continue de ces maladies est énorme. Selon une analyse de 2008, les dépenses en R & D consacrées à ces quatre maladies n'ont représenté durant cette année qu'un maigre 81,4 millions de dollars. Il est urgent de mettre en place de nouveaux mécanismes de financement et d'incitation afin de s'assurer que la R & D soit orientée en fonction des nécessités de santé plutôt qu'à partir de la rentabilité des marchés.

L'initiative mondiale en matière de santé (IMS), récemment annoncée par les Etats-Unis, vise certaines maladies négligées, mais ne comprend pas actuellement les quatre maladies dont il est ici question. Il est impératif que les populations aux prises avec ces maladies aient un accès immédiat aux traitements disponibles et que des efforts soient en même temps déployés pour développer de meilleurs tests de diagnostic ainsi que des traitements plus efficaces, plus accessibles, et présentant moins d'effets secondaires.

 

 

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