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Lutter pour survivre dans les enclaves du Nord-Est du Nigeria

Camp de Rann dans le Nord Est du Nigeria.
Camp de Rann, dans le Nord-Est du Nigeria. ©Sylvain Cherkaoui/COSMOS

Dr Silas Adamou-Moussa, responsable adjoint de programme MSF au Nigeria, décrit la situation dans l’État de Borno, où les personnes déplacées sont bloquées dans des enclaves, luttant pour survivre.

Je suis actuellement dans l’État de Borno dans le nord-est du Nigeria. Dans notre hôpital de Ngala, j’ai rencontré Yakura Fatama, une mère de six enfants, qui a quitté son foyer et marché deux jours pour chercher refuge ici. « Je n’ai pas de maison, je n’ai pas de nourriture, ni rien pour la faire cuire ou transporter de l’eau, me raconte-t-elle. J’ai honte de dépendre des autres pour survivre, mais nous ne pouvons pas rentrer chez nous. Si nous le faisions, nous serions tous égorgés, même les plus jeunes. »

Ici, dans l’État de Borno, j’ai rencontré beaucoup de patients MSF, qui, comme Yakura, ont été forcés de quitter leurs foyers à cause de la violence. Ils m’ont raconté qu’ils luttent pour survivre, qu’ils souhaiteraient rentrer chez eux, et qu’ils voudraient gagner leur vie pour pouvoir prendre en charge leurs familles. Ils dépendent de l’aide, mais ils ne reçoivent que le strict minimum. La plupart ont cherché refuge dans des camps contrôlés par les militaires, où leur liberté de mouvement est très restreinte. Ils sont donc forcés de rester car ils ne peuvent pas retourner chez eux.

Centre de santé MSF dans le camp de Rann © Sylvain Cherkaoui/COSMOS

Centre de santé MSF dans le camp de Rann © Sylvain Cherkaoui/COSMOS

La situation sécuritaire instable et l’éloignement des sites posent des défis majeurs en termes d’acheminement de l’aide. Nous devons évaluer le risque de sécurité pour nos équipes en permanence. Et nous ne pouvons aller que là où les militaires nous le permettent. Nous ne savons pas ce qui se passe en dehors de ces régions et si les gens ont des besoins médicaux. Chaque semaine, un nombre limité mais régulier de personnes continue d’arriver dans ces endroits.

Par exemple, la ville isolée de Rann, a été pratiquement coupée du monde extérieur pendant toute la saison des pluies, lorsque les routes qui y menaient ont disparu sous l'eau. Aucune aide alimentaire ou de quelle qu’autre nature n'a pu être apportée pendant cette période, laissant 40 000 personnes privées d’assistance pendant des mois.

Rann inondée, en juillet 2017 © Sylvain Cherkaoui/COSMOS

Rann inondée, en juillet 2017 © Sylvain Cherkaoui/COSMOS

Pendant la saison des pluies, nous avons dispensé aux enfants de moins de cinq ans un traitement préventif contre le paludisme, ce dernier étant la principale cause de décès durant cette période. Depuis septembre, nous avons une équipe médicale sur place en permanence. Nous traitons principalement les patients pour des maladies liées à de mauvaises conditions de vie et au manque d'eau potable. De nombreuses personnes ont vu leurs abris inondés pendant les pluies et les maladies les plus fréquentes étaient les infections respiratoires et la diarrhée.  Une épidémie d'hépatite E se propage à Rann depuis le mois d'août. Bien que la malnutrition se soit plus ou moins stabilisée, nous continuons à traiter de très nombreux enfants qui en souffrent encore.

Malheureusement, nous voyons des situations inquiétantes similaires sur plusieurs sites où nous travaillons dans cette région. Les gens sont coincés et ont besoin d'aide. Il est difficile de voir comment leur situation s'améliorera dans un avenir proche.

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