La grossesse non désirée : une vulnérabilité universelle

Une pharmacie de Port-au-Prince qui propose des médicaments dédiés à la santé des femmes. Haïti. 2013. 
Une pharmacie de Port-au-Prince qui propose des médicaments dédiés à la santé des femmes. Haïti. 2013.  ©Patrick Farrell

Les avortements non médicalisés représentent 45 % des interruptions de grossesse dans le monde* et sont responsables d’au moins un décès maternel sur douze. Alors que des progrès significatifs ont été réalisés dans les principales causes de mortalité maternelle, l’avortement non médicalisé - la seule cause presque totalement évitable - reste largement ignoré.

Chaque année, 7 millions de femmes et de jeunes filles souffrent de blessures ou d’invalidités dues à un avortement non médicalisé.

En 2017, le personnel de MSF a soigné plus de 22 000 patientes présentant des complications post-avortement. Dans certains hôpitaux où travaillent les équipes de MSF, jusqu'à 30 % des complications obstétricales sont liées à un avortement non médicalisé.

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Ces femmes consultent du personnel non qualifié, achètent des médicaments au marché noir, ou tentent parfois d’avorter elles-mêmes. Dans tous les cas, ces pratiques fréquentes sont dangereuses, souvent inefficaces et peuvent causer de nombreux dommages, comme des hémorragies, des septicémies, des empoisonnements, des perforations utérines ou des lésions touchant des organes internes.

Restrictions juridiques concernant l'avortement

Contrairement à une idée répandue, les restrictions légales influent peu sur le nombre d’avortements. En revanche, plus l'accès à l’avortement est restreint, plus il risque d’être dangereux. Lorsque l'avortement est légal et que des services médicaux sont disponibles, le nombre de décès et d'invalidités en résultant est considérablement réduit.

 

Face à l’évidence, certains pays ont reconsidéré leurs lois. C’est le cas de la République démocratique du Congo, pour les victimes de violences sexuelles ou les femmes qui présentent une grossesse à risque (2018) et du Mozambique (2014).

 

Des obstacles

« Ils vous disent “Revenez dans quelques semaines”, “Allons dans le service de psychologie pour voir si vous êtes vraiment sûre.” »

Dr. Alejandrina Camargo, médecin de MSF en Colombie, sur les obstacles posés par certains professionnels de santé.

Pourtant, même dans des contextes où le cadre législatif autorise les femmes à interrompre une grossesse non désirée, les obstacles restent nombreux. Ainsi les réticences du personnel médical, quand elles sont massives à l'échelle d'un hôpital par exemple, peuvent aboutir à un refus de soin, comme les équipes MSF ont pu le constater dans certaines villes de Colombie, où l'avortement est pourtant dépénalisé depuis 12 ans.

Les entraves peuvent également être d'ordre administratif. À Athènes, où MSF aide des migrantes, des demandeuses d'asile et des réfugiées à accéder à des interruptions de grossesse médicalisées dans le système de santé publique, les femmes doivent s'inscrire sur une liste d'attente de plus de quatre semaines, uniquement pour obtenir un premier rendez-vous, auquel succèdent d'autres rendez-vous avec des professionnels de santé, en particulier des médecins. Certaines patientes rencontrent d'autres obstacles, car elles n'ont pas leur carte de sécurité sociale par exemple, ou ne sont pas assistées par un traducteur pendant la consultation.

22 000

Chaque année, plus de 22 000 femmes et jeunes filles décèdent des suites d'un avortement non médicalisé. 

En Grèce, la limite légale est fixée à douze semaines de grossesse, donc les femmes doivent entreprendre une véritable course contre la montre pour pouvoir mettre un terme à leur grossesse, en raison des nombreux obstacles sur leur parcours.

Permettre l’accès à l’avortement médicalisé

L'interruption de grossesse est une procédure médicale qui peut être effectuée de manière sûre et efficace par voie médicamenteuse (« avortement médicamenteux ») ou encore par une procédure mineure sous anesthésie locale (« avortement par aspiration », ou AMV). Quelle que soit la méthode utilisée, le risque de complication est inférieur à une injection de pénicilline.

Un choix

« Une femme a le droit de décider si elle souhaite être mère ou non. »

Ana Paula de Sousa, sage-femme de MSF au Mozambique, sur l'importance de rendre l'avortement accessible.

Ces services ne sont pas nécessairement fournis par un médecin ; les sages-femmes et les infirmières peuvent pratiquer ces deux méthodes d'avortement à l'hôpital et dans les centres de santé, à condition qu'elles aient reçu la formation requise et qu’elles soient accompagnées.

L'avortement médicalisé comprend un ensemble de services de santé essentiels : la prise en charge des complications post-avortement, l'interruption de grossesse dans un cadre médicalisé et la prescription d'un moyen de contraception.

97 %

Environ 97 % des avortements non médicalisés et décès qui en découlent se produisent en Afrique, en Amérique latine et en Asie du Sud et de l'Ouest.

MSF travaille avec son personnel de santé, les communautés locales, les ministères de la Santé et d’autres organismes de santé non gouvernementaux afin d'améliorer l'accès aux moyens de contraception, aux soins post-avortement et à l'avortement médicalisé pour les femmes et jeunes filles privées d'accès aux soins ou prises dans une crise humanitaire.


*Selon le rapport du Guttmacher Institute publié en 2018.

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