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Irak : 5 ans après la bataille de Mossoul, une population toujours en quête de soins

Un jeune homme de 18 ans, blessé lors d'un accident de moto, marche dans une structure MSF de Mossoul-Est. Irak. 2022.
Un jeune homme de 18 ans, blessé lors d'un accident de moto, marche dans une structure MSF de Mossoul-Est. Irak. 2022. © MSF/Florence Dozol

Le 10 juillet 2017, après 9 mois d’offensive militaire, la coalition internationale et l’armée irakienne ont repris Mossoul, alors aux mains du groupe État islamique. Depuis 5 ans, la ville se reconstruit lentement, et la population accède peu à peu à des services de santé. Alors que de nombreux habitants essaient de soigner leurs blessures dues aux sévices subis pendant l’occupation des troupes du Groupe État islamique et à la bataille de Mossoul, les services de santé de la ville font face à un cruel manque d’infrastructures et de moyens.

« La première fois que je suis revenu à Mossoul, juste après la fin de la bataille, on aurait dit une ville fantôme, explique Sahir Dawood, promoteur de santé MSF. Je regardais à ma droite, à ma gauche, et tout ce que je voyais, c'étaient des décombres, des bâtiments détruits et des rues vides, avec quelques personnes exténuées ici et là. » En 2016 et 2017, Mossoul, deuxième ville d'Irak, a connu l'une des batailles urbaines les plus meurtrières depuis la Seconde Guerre mondiale. 

Des années après, les ponts qui avaient été détruits ont été reconstruits et les parties ouest et est de Mossoul sont de nouveau liées. Les habitants de Mossoul ont vu les rues changer, les barrières et les points de contrôle se lever progressivement, signe d'une amélioration de la situation sécuritaire. Cette reconstruction a notamment été portée par des habitants volontaires de la ville : « Ces efforts doivent être reconnus et salués, car ces personnes travaillent sans relâche », explique Hanan Arif, membre du personnel MSF à l'hôpital d'Al-Wahda. 

Accéder aux soins

Pourtant, le quotidien des habitants de Mossoul est encore difficile. De nombreuses familles ont tout perdu pendant la guerre et ont encore du mal à gagner leur vie. En raison des destructions liées à la guerre, le nombre de maisons disponibles a dramatiquement chuté. La lenteur du rétablissement de la situation économique et sociale constitue un fardeau pour les habitants.

Mossoul disposait autrefois du deuxième plus important système de santé d'Irak, mais la situation actuelle est encore loin d’être celle d’avant-guerre. Les structures médicales ayant été fortement endommagées, la population a toujours du mal à accéder à des soins de santé de qualité et abordables. Les installations situées en dehors de Mossoul ont également été détruites.

Vue générale de l'hôpital de Nablus géré par MSF. Irak. 2022.
 © MSF/Florence Dozol
Vue générale de l'hôpital de Nablus géré par MSF. Irak. 2022. © MSF/Florence Dozol

« Des patientes viennent de loin pour accoucher dans notre hôpital, explique Sulav Al-Hamza, superviseuse de la maternité MSF de l'hôpital de Nablus, à Mossoul-Ouest. Elles devraient pouvoir accéder à ces services dans n'importe quel établissement de santé proche de chez elles, mais ce n'est pas le cas. Des personnes perdent la vie sur les routes alors qu’elles n'ont besoin que de procédures ou de traitements simples, comme une transfusion sanguine. »

Aujourd'hui, les principaux établissements hospitaliers ont rouvert leurs portes dans des structures temporaires, qui ne sont que des solutions à court terme. Il y a également des problèmes d'approvisionnement et des pénuries de médicaments. En comparaison à la situation d'avant-guerre, beaucoup moins d'opérations chirurgicales sont pratiquées chaque jour, car les ressources doivent être rationnées, et parce que les capacités en matière de lits et de chirurgie ne sont plus les mêmes.

Des membres du personnel MSF dans l'unité des césariennes de l'hôpital MSF de Nablus. Irak. 2022.
 © MSF/Florence Dozol
Des membres du personnel MSF dans l'unité des césariennes de l'hôpital MSF de Nablus. Irak. 2022. © MSF/Florence Dozol

« Les besoins sont clairement encore massifs, explique Esther van der Woerdt, cheffe de mission MSF en Irak. Les trois structures MSF présentes dans la ville continuent de recevoir un grand nombre de patients, qui viennent chercher une prise en charge à la maternité, des soins pédiatriques, d'urgence ou chirurgicaux. » Au cours des six premiers mois de 2022, 3 853 enfants sont nés dans les deux maternités MSF et 489 opérations chirurgicales ont été réalisées dans l'hôpital d'Al-Wahda.

Des blessures profondes

Faris Jassim a été blessé pendant la bataille de Mossoul. Il a souffert de plusieurs complications, a subi 25 opérations chirurgicales et n'est toujours pas complètement rétabli. « J'ai traversé des moments très compliqués après avoir été blessé, explique-t-il. Pendant deux ans, j'ai eu des pensées suicidaires à cause de toutes ces opérations et traitements qui me semblaient interminables. Mais quand j'ai commencé à voir ma jambe se rétablir, j'ai repris espoir. Aujourd’hui, je peux me déplacer sans fauteuil roulant, c’est une avancée immense. »

Un promoteur de santé discute avec des patients dans l'hôpital MSF d'al-Wahda. Irak. 2022. 

 
 © MSF/Florence Dozol
Un promoteur de santé discute avec des patients dans l'hôpital MSF d'al-Wahda. Irak. 2022.    © MSF/Florence Dozol

En 2017, la majorité des patients pris en charge dans les structures MSF de Mossoul et de ses environs souffraient de troubles psychologiques, à la suite de ce qu'ils avaient enduré. Bien que les besoins en santé mentale aient diminué, le traumatisme vécu par les habitants reste présent dans les mémoires. « Pendant la bataille, nous étions confinés dans la ville, raconte Rahma, traductrice de MSF à Mossoul. Nous n'avions pas d'autre choix que d'être témoins de la violence et de la guerre. Ce que nous avons vécu a eu un impact sur notre santé mentale. Aujourd'hui encore, j'entends des bruits de roquettes et d'explosions. »

MSF offre un endroit où les patients peuvent se sentir en sécurité pour partager leur histoire et exprimer les traumatismes qu'ils ont subis, grâce à des séances individuelles ou collectives de soins de santé mentale. Néanmoins, comme dans d'autres pays, la santé mentale reste un sujet tabou et solliciter un soutien psychologique n'est pas une démarche facile.

« Les choses s'améliorent petit à petit, constate Sahir Dawood. Ce que Mossoul a traversé n'est pas simple. Je ne pense pas qu'une autre ville ait vécu cela. Et retrouver la même vie qu'avant la guerre demande beaucoup de temps, car il n'y a pas de solution magique pour tout résoudre rapidement. »

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