« Ils cherchaient la sécurité en Europe, ils ont trouvé la mort dans un centre d'accueil en Grèce » - Christos Christou, Président international de MSF, témoigne

Christos Christou, le président international de MSF visite dans le camp se Moria sur l'île de Lesbos pour constater les conditions de vie des demandeurs d'asile bloqués sur ces îles grecques.
Christos Christou, le président international de MSF visite le camp de Moria sur l'île de Lesbos pour constater les conditions de vie des demandeurs d'asile bloqués sur les îles grecques. ©Anna Pantelia/MSF

MSF est engagée dans la réponse humanitaire en Grèce depuis plus de quatre ans. En mars 2016, l'UE et la Turquie ont convenu d’un accord visant à contenir les demandeurs d'asile sur les îles grecques afin de déterminer s'ils pouvaient demander l'asile en Europe ou s'ils devaient être renvoyés en Turquie. Depuis, des milliers de personnes doivent attendre des mois, voire des années, dans des conditions épouvantables. Ils vivent dans des centres surpeuplés, entraînant une détérioration de leur état de santé physique et mentale.

LETTRE OUVERTE

« Je viens de rentrer des îles grecques et je suis choqué par ce que j'ai vu et par les récits de mes collègues sur le terrain.

Ils m'ont parlé d'un garçon de 12 ans qui est venu dans notre clinique de Moria, à Lesbos, après s'être mutilé le visage à plusieurs reprises avec un couteau. Ils m'ont également raconté l’histoire d’une fillette de 9 ans gravement blessée par l'explosion d'une bombe en Afghanistan. Elle souriait lorsqu’elle est arrivée en Grèce. Mais au fil des mois qu’elle a passés piégée à Lesbos, elle a cessé de parler, de manger et s’est complètement éteinte.

Ces personnes ont survécu à la guerre et à la persécution, mais des mois passés dans des endroits insalubres comme le camp de Moria ont poussé beaucoup de nos enfants malades au bord du gouffre, à se faire du mal et à penser au suicide.

C’est pour ces enfants et pour toutes les personnes que les politiques européennes continuent de piéger dans les îles grecques que je témoigne aujourd’hui.

 

Les enfants ne sont pas les seuls à être vulnérables. Les personnes qui ont survécu à la torture sont obligées de partager leur tente avec de parfaits inconnus pendant des mois. Les victimes de violences sexuelles racontent à notre équipe à Vathy, sur l'île de Samos, qu'elles ont trop peur de se rendre aux toilettes la nuit. Nombre d'entre elles ne sont pas considérées comme vulnérables par les autorités grecques et leurs besoins se perdent dans le labyrinthe des procédures administratives.

Au cours des quatre dernières années, la situation humanitaire n’a cessé de s’aggraver. Une femme, un enfant et un bébé de 9 mois sont décédés au cours des trois derniers mois seulement, dans les conditions épouvantables du camp de Moria et à cause du manque de soins adéquats. Ils cherchaient la sécurité en Europe, ils ont trouvé la mort dans un centre d'accueil.

La situation est comparable à celle que nous observons après des catastrophes naturelles ou dans des zones de guerre dans d'autres parties du monde. Il est scandaleux de voir ces conditions en Europe et de savoir qu'elles résultent de choix politiques délibérés.

Il faut d’urgence arrêter cette folie.

 

En tant que médecin qui représente une organisation humanitaire, je suis choqué de voir que ces souffrances sont normalisées et justifiées par les gouvernements européens, comme s’il s’agissait d’un prix acceptable à payer pour empêcher ces personnes d’entrer en Europe.

MSF ne peut pas accepter cette déshumanisation flagrante. Peu importe l'aide que nous prodiguons à nos patients, nous devons ensuite les renvoyer dans des conditions qui les rendent malades, conditions que les Etats européens ont délibérément créées.

Nos équipes ne peuvent pas faire grand-chose pour mettre fin à ce cycle de souffrances - nous n’en avons pas les moyens.

La solution est entre les mains des Etats européens qui doivent trouver la volonté politique d'agir maintenant. »

Le média Brut publiait le 10 décembre une vidéo sur les conditions de vie déplorables dans le camp ainsi que leur impact sur les personnes y étant réfugiées, notamment sur les enfants.

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