Haïti : 24h avec Alexandre, médecin

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brûlés, haiti , drouillard ©MSF

Alexandre est médecin hospitalier. Il effectue sa première mission en tant que médecin responsable du service des brûlés dans l'hôpital Drouillard de Port-au-Prince, situé à proximité du bidonville de Cité Soleil, en Haïti. Il nous invite à passer une journée avec lui au sein de ce service qui accueille principalment des enfants victimes d'accidents domestiques.

6h45: le réveil sonne, direction la douche. Que de l'eau froide ! Ça passe, car il fait déjà très chaud.

7h25: j’arrive à l'hôpital. Depuis 2011, MSF a regroupé toutes ses activités à l’hôpital de Drouillard à Port-au-Prince. Ici, c'est un gros hôpital : plus de 400 employés pour prendre en charge plus 100 lits.

Les patients sont surtout des victimes d'accidents graves : accidents de la voie publique, brûlures accidentelles, mais aussi plaies par arme à feu ou arme blanche. Moi, je m’occupe de l’unité des brûlés qui a été réorganisée en 2013. On est le seul centre spécialisé en Haïti.

7h30 : arrivée dans le service, je fais un tour rapide de chaque secteur (soins intensifs, adultes et enfants)

Je fais un point sur les urgences avec les équipes et demande s'il y a eu de nouvelles admissions durant la nuit

7h45: deux enfants dont 1 bébé de 3 mois sont arrivés dans la nuit. Ils sont brûlés sur environ 35% de leur corps.

Une chandelle a mis le feu à une moustiquaire dans leur chambre. Ici la moitié de la population vit encore sans électricité

Comme on dit ici, "bourik chaje pa kanpe"! Il va y avoir du boulot aujourd'hui.

8h: soins intensifs. Ce sont les brûlés les plus récents et les plus graves dont l'état de santé peut changer à chaque instant.

Douleur, nutrition complications : il faut tout vérifier et anticiper pour parvenir à leur faire passer ce cap difficile.

Deux infirmières et une auxiliaire sont présentes en permanence pour réaliser les soins et surveiller les malades.

10h30: direction le secteur adulte. Ici les grands brûlés ont passé la phase initiale et sont en cours de cicatrisation

Il y a aussi des patients avec des brûlures moins graves qui doivent être hospitalisés quelques jours avant d'être suivi en ambulatoire.

11h00 : Les brûlures sont souvent accidentelles: feu de maison, lignes à haute tension mal entretenues, explosion de gaz...

Les pansements sont refaits tous les 2 jours au bloc sous anesthésie ou dans le service.

12h: j'arrive enfin en pédiatrie. La plupart des enfants, entre 1 et 2 ans, se sont brûlés accidentellement avec de la nourriture chaude.

Ce type de brûlure guérit assez vite et sans chirurgie mais peut entrainer des rétractions de la peau et un handicap parfois important. L'équipe de kiné supervisée par Mickael, brésilien, est présente toute la journée pour lutter contre ce type de problème.

13h30: les infirmières me font remarquer que "sak vid pa kanpe" (quand on a l'estomac vide, on ne tient pas debout)J'ai enfin fini de voir mes 30 patients, rapide pause déjeuner

13h35: au menu pikliz (salade de chou et carotte très pimentée), griot de porc, riz, bananes et jus de mangue frais. Miam!

14h00: de retour à l'hôpital, je passe au laboratoire pour récupérer les résultats des prises de sang du jour. Ensuite direction le bloc pour aider aux grands pansements de la journée. J'en profite pour récupérer les photos des plaies faites ce matin.

Pour un grand nombre de patients, on fait à chaque pansement une photographie des plaies afin de suivre l’évolution de la cicatrisation

15h00: réunion de la direction médicale autour de chaque patient.  

On fonctionne comme dans nos pays avec des  techniques développées, cela demande une bonne coordination d’équipe , formation du personnel

15h30: je discute aussi avec le chirurgien des patients pour qui il faut programmer une chirurgie d'excision/greffe de peau. Pour les grands brûlés, c'est le seul moyen de cicatriser complètement en limitant les séquelles fonctionnelles et esthétiques. 

16h30: après la visite des patients, je  programme les chirurgies du lendemain avec l'nfirmière superviseuse

17h30: je revois les patients hospitalisés en  soins intensifs avec l'équipe de nuit, modifie quelques prescriptions et donne les consignes

18h30 : retour au bureau médical, je potasse quelques pages du guideline MSF sur le traitement de la fièvre typhoïde, une vraie bible quand on est mission.

Je termine la journée par le côté plus administratifs, en autre la lecture de tous les mails venant principalement de la coordination médicale de Port-au-Prince et de Paris.

19h30: retour à la « base vie » MSF  pour un petit moment de détente. On a accroché plusieurs hamacs dans un coin et on appelle ça "Hamac ville", je l’ai demandé mais il ne l’a retrouve pas 

Environ 20 personnes vivent ici, venant de France, du Brésil, des Etats-Unis, de RD Congo, de Côte d'Ivoire...

Tous ont des postes variés : infirmière, chirurgien, médecin, logisticien, ressources humaines, gestion financière...

20h00: c’est l'heure du repas partagé, dans une ambiance conviviale.

22h30: crevé, je vais me coucher tôt pour être en forme demain

Un dernier proverbe créole pour la route: "déyé mòn, gen mòn". Cela signifie "derrière une montagne, il y a une autre montagne".
 

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