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Guinée : combattre l’épidémie de diphtérie malgré les difficultés d’accès au traitement

Une infirmière dans la salle dédiée à l'administration de l'antitoxine diphtérique du centre de traitement de Siguiri en Guinée. Décembre 2023.
Une infirmière dans la salle dédiée à l'administration de l'antitoxine diphtérique du centre de traitement de Siguiri en Guinée. Décembre 2023. © MSF/Andrej Ivanov

Depuis des mois, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest combattent la pire vague de diphtérie enregistrée sur le continent. Les premiers cas datent d’août 2022, et sont apparus au Niger, avant que la maladie ne se propage en Algérie, en Mauritanie ou au Nigeria. En Guinée, le premier patient a été diagnostiqué en juillet 2023, à Siguiri, dans le  nord-est du pays. Depuis, le nombre de personnes touchées par cette maladie potentiellement mortelle n'a cessé d'augmenter.

« Ma fille ne se sentait pas bien. Elle avait des plaies dans la gorge. Elle avait d’énormes difficultés à manger et à boire. Elle ne faisait que pleurer, raconte Saran en tenant son enfant dans ses bras. C’est alors que quelqu’un nous a conduites au centre de traitement des épidémies de Siguiri. » À leur arrivée dans ce centre soutenu par MSF, l’enfant a été reçue en consultation avant de recevoir un traitement d’antitoxine diphtérique.

Depuis août 2023, MSF a mis en place une importante réponse contre la diphtérie à Siguiri. Au 4 janvier 2024, l’équipe du centre de traitement des épidémies, composée de 64 membres du personnel MSF et de 184 employés du ministère de la Santé, avait traité 2 122 patients, pour la plupart de jeunes enfants, mais aussi des adolescents et des adultes. 18 % des personnes reçues avaient moins de 5 ans et 43 % avaient entre 5 et 15 ans.

Une maladie méconnue

Dans la salle d’attente, les patients et garde-malades écoutent les promoteurs de santé détailler les modes de transmission et les symptômes de la diphtérie. « La diphtérie est une infection bactérienne qui s’attaque principalement aux voies respiratoires, explique le Dr Adélard Shyaka, coordinateur médical MSF. Elle est transmise par des gouttelettes en suspension dans l'air et peut être mortelle, particulièrement pour les jeunes enfants. Cette bactérie peut libérer une toxine qui affecte les organes du corps, tels que le cœur ou les reins. »

 

 

Un enfant en consultation avec un médecin du centre de traitement de Siguiri. Décembre 2023. Guinée.
 © MSF/Andrej Ivanov
Un enfant en consultation avec un médecin du centre de traitement de Siguiri. Décembre 2023. Guinée. © MSF/Andrej Ivanov

La période d’incubation est de deux à dix jours. « Ça commence souvent au deuxième jour après l'exposition, avec une fièvre modérée, suivie par une inflammation au niveau du pharynx ou du larynx et des difficultés à s’alimenter et à respirer, poursuit le Dr Shyaka. Au troisième ou quatrième jour, une fausse membrane située dans la gorge peut également apparaître, et sans antitoxine, le patient risque de suffoquer. » 

Avant cette recrudescence de la maladie, la diphtérie avait largement disparu du monde. En Guinée, cela faisait 30 ans qu’il n’y avait plus eu de cas. En conséquence, la plupart des soignants n’avaient jamais vu de malades de la diphtérie, et l’antitoxine permettant de traiter la maladie est très peu disponible.

Un médecin prépare l'antitoxine diphtérique avant de l'administrer à un patient du centre de traitement de Siguiri. Décembre 2023. Guinée.
 © MSF/Andrej Ivanov
Un médecin prépare l'antitoxine diphtérique avant de l'administrer à un patient du centre de traitement de Siguiri. Décembre 2023. Guinée. © MSF/Andrej Ivanov

« Il nous manque des professionnels de santé capables de reconnaître et soigner cette maladie, avance le Dr Charles Tolno, coordinateur médical adjoint MSF. Le traitement est complexe et nécessite beaucoup de moyens, surtout au niveau de l’antitoxine. Étant donné sa rareté, nous ne l’administrons qu’aux patients qui présentent les symptômes les plus sévères. »

Avec seulement 50 lits disponibles dans le centre, les cas confirmés légers sont traités en ambulatoire, avec des antibiotiques pour traiter la maladie et réduire le risque de transmission. Après trois à sept jours, les patients reviennent au centre pour un rendez-vous de suivi.

Pénurie de vaccin

Les patients les plus sévèrement touchés, quant à eux, restent au centre, parfois jusqu’à cinq jours. S'ils doivent recevoir l'antitoxine, ils effectuent au préalable une série de tests portant notamment sur leur taux d'oxygène dans le sang ou leur température. L'antitoxine ne peut pas être administrée, par exemple, si le patient a de la fièvre.

Une docteure MSF ausculte une patiente pour déterminer si elle est atteinte de diphtérie, au centre de traitement de Siguiri. Décembre 2023. Guinée.
 © MSF/Andrej Ivanov
Une docteure MSF ausculte une patiente pour déterminer si elle est atteinte de diphtérie, au centre de traitement de Siguiri. Décembre 2023. Guinée. © MSF/Andrej Ivanov

« Grâce à l’intervention de MSF, le taux de mortalité a drastiquement diminué, ajoute le Dr Tolno. Quand nous avons commencé nos activités, le taux de mortalité était aux alentours de 38 %. Aujourd’hui, il est inférieur à 5 %. »

En raison de la méconnaissance générale de la maladie et de ses symptômes, de nombreuses personnes n'avaient aucune idée de ce qui leur arrivait jusqu'à ce qu'elles soient diagnostiquées par des médecins. « Je ne savais pas que j’étais malade de la diphtérie jusqu’à mon arrivée ici, explique Fanta Fofana, une patiente de 40 ans. Quand je suis arrivée, il y a trois jours à moto, j’avais perdu la voix. Depuis que je prends mon traitement,  j’ai pu retrouver ma santé. J’espère sortir bientôt. »

Les patients et toutes les personnes vivant sous le même toit sont également vaccinés pour les protéger contre une série de maladies. Malheureusement, de longs délais de production entraînent actuellement une pénurie de vaccins antidiphtériques dans le monde entier. 

« Idéalement, nous aurions dû vacciner toute la zone de Siguiri, et ce, dès l’apparition du premier cas, déplore le Dr Tolno. Cependant, nous avons dû nous focaliser jusqu’à maintenant sur la vaccination des patients et de leurs contacts. Il faudrait maintenant qu’on puisse avoir les moyens de mener à bien une campagne de vaccination à grande échelle pour enrayer la maladie. »

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