Des déplacés du Sud Darfour n’ont nulle part où aller

Personnel MSF examine les soudanis transférés au camp de Batil
Personnel MSF examine les soudanis transférés au camp de Batil ©Corinne Baker/MSF

L'insécurité qui règne actuellement dans le Sud Darfour déclenche de nouvelles vagues d'exode. L'existence même des camps de déplacés, destinés à assurer un refuge aux personnes, est de plus en plus menacée.

Au Sud Darfour, un grand nombre de personnes ont été déplacées plusieurs fois, d'un endroit à l'autre, dans leur quête de sécurité pour eux-mêmes et leur famille. La plupart des camps de déplacés ont déjà atteint leur capacité d'accueil maximale. Un nombre croissant de déplacés doit donc trouver refuge et assistance en zone urbaine. Les autorités du Sud Darfour ont récemment commencé à établir des déplacés à proximité de Nyala, la capitale du Sud Darfour. En acceptant d'être relocalisées, ces personnes deviennent, de fait, des résidents de Nyala, ce qui les fait passer du statut de déplacé à celui de “résident”. Les plans d'installation ayant été insuffisamment élaborés, les personnes déplacées qui ont choisi de se rendre dans ces zones se sont trouvées privées de l'aide minimum d'urgence.

550 familles relocalisées après la flambée de violence à Kalma

La flambée de violence qui a frappé le camp de déplacés de Kalma (situé à 15 km de Nyala), fin octobre, a contraint des milliers de personnes à fuir. Le 27 octobre dernier, 550 familles du camp de Kalma ont été envoyées par les autorités au sud de Sakali, banlieue de Nyala, où MSF gère une clinique mobile de soins médicaux. Le caractère imprévu de cette relocalisation a empêché toute coordination entre les acteurs humanitaires de ce secteur. Depuis, toutes ces familles ont été relocalisées dans des zones avoisinantes. Les autorités se sont engagées à fournir de l'eau, des soins et des équipements scolaires. Il n'est pas certain que l'aide apportée jusqu'à présent à ces familles puisse être maintenue.

La création d'un centre de relocalisation au sud de Sakali semble avoir fait renaître l'espoir parmi les personnes déplacées de Sakali et de sa proche banlieue, dont la plupart vivent dans des conditions misérables. Dans l'espoir de la création d'un camp à proximité, des milliers de personnes se sont rassemblées et ont improvisé des abris de fortune.
 
Destruction d'abris de fortune au sud de Sakali

Cependant, le 10 novembre, l'équipe MSF travaillant dans la clinique mobile à Sakali Sud, a vu surgir des hommes armés de bâtons qui ont commencé à détruire les abris et les biens de centaines de personnes. A son retour le lendemain, l'équipe MSF a constaté que chaque abri avait été systématiquement détruit.

Malgré les menaces et les intimidations, des centaines de familles ont reconstruit un abri de fortune dans le lit asséché d'une rivière proche, à 500 mètres de la clinique MSF. Ces hommes et ces femmes ont expliqué qu'ils avaient fui à cause des attaques violentes et de l'insécurité ces trois dernières années. Certains sont arrivés à Nyala il y a quelques mois, suite à des explosions de violence dans leur village. Ils ont rapporté que la plupart d'entre eux ont bien essayé de rejoindre des camps de déplacés, mais qu'aucun nouvel arrivant ne pouvait être enregistré et qu'ils n'ont pas pu rester. Sans aucun autre choix, ils se sont rendus à Nyala.
 
Entraves à l'aide humanitaire

Le 29 novembre, les autorités ont empêché l'équipe MSF d'entrer en contact avec les personnes installées dans le lit asséché de la rivière, ce qui est inacceptable. MSF est une organisation médicale indépendante qui apporte son assistance aux populations selon leurs besoins, d'où qu'elles viennent et quelle que soit la durée de leur déplacement ou leur désignation officielle. L'impartialité même de MSF réside dans sa capacité à diagnostiquer l'état médical et évaluer les conditions de vie d'une population, de manière à l'assister par le biais d'une aide médicale de qualité.
 

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