Contexte

En 2015, le Soudan du Sud est resté l’un des contextes humanitaires majeurs. Quatre ans et demi après son indépendance, cette jeune nation continue à lutter pour mettre fin à son instabilité politique. Des tensions personnelles et tribales contribuent à créer un climat politique, social et économique extrêmement précaire. La situation économique est au bord de l’effondrement.

En 2013, le renvoi du premier Vice-président Riek Machar par le Président Salva Kiir a ouvert la voie à la guerre qui s’est déclenchée. Les accusations de leaders d’opposition affirmant que la nouvelle démocratie avait tourné en dictature n’ont fait qu’élargir le fossé politique et ethnique au Soudan du Sud. Mi-décembre 2013, le plus jeune pays du monde a de nouveau plongé dans un conflit civil. Après une année et demie de guerre civile d’une violence sans bornes, un accord de paix a été signé entre le gouvernement et les leaders d’opposition en août 2015. Malgré cet accord de paix, des actions d’une violence extrême et permanente continuent de cibler les civils du Soudan du Sud.

La méfiance envers les acteurs principaux impliqués et la violence continue dans le sud de l’état d’Unity ne laisse pas présager un avenir pacifique. L’accord de paix reste fragile et la réorganisation administrative du pays faisant passer le nombre d’états de 10 à 28, réalisée dans l’urgence, peut être potentiellement explosive dans des zones particulières où les tensions tribales pourraient rapidement être ravivées.

Fin 2015, OCHA a estimé à 1,69 million le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays du fait de la violence. Les pays voisins ont accueilli environ 650 000 réfugiés. Le nombre officiel de victimes de la guerre civile n’était pas connu mais son estimation se chiffrait en dizaines de milliers. Comme la guerre se déplace et s’étend à travers le pays, elle continue à dévaster des régions relativement pacifiques dans le passé, qui glissent avec précarité de la sphère du développement au domaine de l’humanitaire.

Sur le plan sanitaire et humanitaire, le Soudan du Sud se trouvait déjà dans un état de désolation avant le début de la guerre. Le pays est connu comme ayant le pire taux de mortalité maternelle dans le monde, avec 2054/100 000, et 104/1 000 enfants qui meurent avant l’âge de 8 ans. Le pays souffre en outre d’épidémies permanentes, dont le paludisme (2 000 000 cas en 2015), le choléra, la rougeole, la méningite et le kala-azar, entre autres. Beaucoup de ces épidémies se produisent lors de la saison des pluies, ce qui ajoute des complications logistiques à une situation déjà complexe. Le ministère de la Santé compte énormément sur les donateurs et l’aide humanitaire. On estime que plus de 80 % des soins médicaux sont fournis dans le pays grâce à ces soutiens.

Projets

PROJET AWEIL, BAHR EL GHAZAL DU NORD

Le programme Aweil de la section française de MSF a été mis en place en 2007 en tant que programme chirurgical et nutritionnel destiné aux victimes du conflit entre les tribus Misseriyah et Dinka basées à Akuem. La même année, une étude a révélé que la mortalité maternelle et la mortalité infantile étaient extrêmement élevées dans l’état de Bahr el Ghazal du Nord. En janvier 2008, nous avons commencé à apporter notre soutien à l’hôpital civil d’Aweil, le seul hôpital dans un état comptant une population estimée à 1,25 million.

La ville d’Aweil est devenue une plaque tournante commerciale depuis la fondation du Soudan du Sud et reste relativement épargnée par la récente agitation politique et militaire. En 2015, MSF a continué d’appliquer un programme de soins pédiatriques et maternels très vaste et complexe au sein de l’hôpital d’Aweil. Ce projet emploie plus de 20 personnes en effectif international et plus de 350 en effectif national, qui assurent le fonctionnement des services, dont la capacité totale dépasse 210 lits.

Ce projet est axé sur trois domaines principaux :

  • Pédiatrie : soins médicaux 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en hospitalisation fournis à des enfants de moins de 15 ans (plus de 8790 admissions). Le service est divisé en 7 sections avec un total de 175 lits : soins généraux, soins intensifs contre le paludisme, soins destinés aux grands blessés et aux grands brûlés, unité néonatale, unité d’isolement et centre nutritionnel thérapeutique intensif.
  • Santé maternelle : soins médicaux 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dispensés en hospitalisation pour les accouchements normaux et les accouchements avec complications (plus de 4500), urgences chirurgicales en gynécologie-obstétrique (106 césariennes) et suivi gynécologique et obstétrique.
  • Réponse aux situations d’urgence : en 2015, l’hôpital d’Aweil a traité plus de 7500 cas de paludisme dont 4700 étaient sévères.
     

PROJET FANGAK, ÉTAT DE JONGLEI

Protégée par les courants et les marais, à la confluence du Nil blanc et de la rivière Bahr El Ghazal, le comté de Fangak est historiquement un refuge pour les habitants vivant dans le nord de l’état de Jonglei. Alors que la région était déjà instable, une nouvelle flambée des affrontements au cours des derniers mois de l’année 2014 a entraîné de nouveaux déplacements de population vers Old Fangak, multipliant sa faible population par 10. Cet afflux d’habitants a constitué un fardeau impossible à gérer pour l’ONG locale (SMR) qui aidait le centre de soins primaires. En réponse à l’accroissement des besoins en soins médicaux et pour aider les personnes déplacées, la section française de MSF a démarré des interventions fin 2014. En 2015, la section française de MSF est devenue le responsable principal des soins secondaires comprenant : salle d’urgence (100 cas / semaine), hospitalisation (20 admissions/semaine), centre nutritionnel thérapeutique intensif, maternité (7 admissions/ semaine), une pharmacie et des services de laboratoires.

L’hôpital de jour (en moyenne 800 consultations/semaine) est resté en grande partie supervisé techniquement par l’ONG SMR, avec l’apport de médicaments et de fonds provenant de MSF qui assurait également les formations techniques. Outre des activités de niveau secondaire conduites à Old Fangak, des actions de sensibilisation ont été menées dans tout le comté (Tonga, New Fangak et Nyalwak) pour améliorer l’accès aux soins médicaux dans les communautés rurales. MSF a élaboré en juillet  2015  un  système  de  transport par bateau se déplaçant le long de la rivière, destiné aux patients orientés par les centres de santé (en moyenne 5 à 6 par semaine).

PROJET YIDA, ÉTAT D’UNITY

Dans le nord de l’état d’Unity, le camp de réfugiés de Yida constitue toujours le point de refuge principal des personnes fuyant le conflit dans les Nuba Mountains au Soudan. Le conflit a éclaté en 2011 dans les états du Kordofan méridional et du Blue Nile avec pour conséquence des afflux massifs de réfugiés à Yida et dans le comté de Maban (état d’Upper Nile). La section française de MSF a démarré une intervention d’urgence auprès des réfugiés en octobre 2011.

Au cours des trois dernières années, la situation à Yida s’est peu à peu améliorée et le camp a retrouvé des conditions plus acceptables. Malgré cette stabilité, le comité des réfugiés continue à compter massivement sur l’approvisionnement en eau, nourriture, abris et soins médicaux fourni par les acteurs humanitaires, même si Yida n’a jamais été reconnu officiellement comme camp de réfugiés par le HCR. À cause de sa proximité avec la frontière lui conférant un rôle militaire présumé et présentant un risque accru supposé pour la sécurité des réfugiés, le gouvernement et les Nations Unies ont tenté à plusieurs reprises de reloger les réfugiés dans de nouveaux camps à Ajuong Tok et Pamir.

En 2015, les activités sont restées axées sur les soins primaires (plus de 99 000 consultations) et secondaires (plus de 2500 admissions) dispensés aux réfugiés vivant dans le camp de Yida. À cette mission s’est ajoutée une campagne de vaccination de masse contre la rougeole qui a concerné 31 100 enfants âgés de 6 mois à 15 ans, vaccinés en janvier.

En 2016, l’action de MSF se portera sur les soins secondaires tandis qu’International Rescue Committee restera le seul organisme à dispenser des soins primaires dans le secteur.