Contexte

Trois ans et demi après son indépendance, cette jeune nation continue à lutter pour surmonter ses bouleversements politiques. Des tensions tribales autant que personnelles ont contribué à créer un environnement social et politique extrêmement précaire. La promesse d’une nouvelle nation exclusivement gouvernée par des “sudistes” s’est effondrée lorsque la présidence et le parti au pouvoir (le Mouvement de libération populaire du Soudan - SPLM) ont eu recours à leurs pouvoirs quasi illimités pour favoriser les uns au détriment des autres lorsqu’il s’est agi de répartir les bénéfices de l’argent du pétrole qui coule à flot. Depuis des dizaines d’années déjà, la lutte contre le Nord prenait ses racines dans des problèmes d’inégalité, il n’a donc pas fallu longtemps avant que tout ceci se termine une fois encore dans un conflit armé pour le pouvoir.

La confiance déjà très mince entre certaines des principales tribus et les acteurs du pays s’est trouvée rompue lorsque le Président Kiir a entamé une grande réorganisation du parti, du gouvernement, de la police et de l’armée en réponse aux rumeurs de préparation de coup d’état. Le renvoi du vice-président Riek Machar et de l’ensemble de son cabinet en juillet 2013 ouvrit la voie aux événements qui ne pouvaient que s’ensuivre. Les accusations de transformation de la toute jeune démocratie en une dictature ne firent qu’élargir la fracture politique déjà présente dans le pays. En décembre 2013, lorsque des combats éclatèrent dans des casernes de Juba, le Président s’empressa d’accuser Machar d’avoir tenté un coup d’état et autorisa la chasse ethnique à l’encontre des Nuer, laquelle s’est depuis totalement transformée en une véritable guerre civile. Un peu plus d’un an plus tard, l’espoir d’un véritable cessez-le-feu ou mieux, d’un accord de paix, reste faible du fait des tensions entre l’opposition qui s’est récemment structurée et le gouvernement de plus en plus militarisé.

En résultat, ce sont près de deux millions de personnes qui ont été déplacées, dont environ cinq cent mille hors du pays début 2015. Beaucoup de déplacés se sont retirés vers des zones relativement sûres, vivant avec leur famille ou des membres de leur tribu. La surpopulation ou le simple manque de structures médicales rajoute toutefois une pression supplémentaire aux conditions de vie déjà dures, et comme un malheur n’arrive jamais seul, le bétail a subi de lourdes pertes dans certaines des régions les plus affectées car il était impossible de vacciner les bêtes en raison du conflit.

L’état de santé des populations et la situation humanitaire du Soudan du Sud étaient déjà dans un état de désolation avant que les nouvelles échauffourées ne commencent. Le pays est connu pour avoir la pire mortalité maternelle du monde avec 2054 décès sur 100 000 et 104 enfants sur 1 000 décèdent avant l’âge de 5 ans. En outre, le pays est constamment affecté par des épidémies dont notamment le paludisme, le choléra, la rougeole, la méningite et le kala-azar. Nombre d’entre elles surviennent lors de la saison des pluies ce qui rajoute un véritable cauchemar logistique à une situation déjà complexe. Le pays est lourdement dépendant de l’aide au développement et de l’aide humanitaire, et on estime que le système de santé fonctionne à 80% grâce à ces aides.  Il se trouverait ainsi totalement démuni sans cette aide extérieure si jamais une pénurie de personnel médical qualifié, de médicaments, équipements et matériels de base devait survenir.

Projets

AWEIL, ETAT DU BAHR EL GHAZAL DU NORD

En 2007, nous avons installé un programme chirurgical et nutritionnel basé à Akuem pour les victimes du conflit entre les tribus Misseria et Dinka. Cette même année, une évaluation a révélé un taux de mortalité maternelle et infantile extrêmement élevé dans l’état du Bahr el Ghazal Nord. En janvier 2008, nous avons commencé à apporter notre soutien à l’hôpital d’état à Aweil, qui se trouve être le seul hôpital pour un Etat de près d’un million d’habitants, et à ce jour, nous continuons d'y faire fonctionner les services de maternité et de pédiatrie. Aweil est devenu un carrefour commercial depuis l’instauration du Soudan du Sud et reste relativement protégé des récents bouleversements politiques et militaires. Nous gérons à l’heure actuelle 147 lits pendant la saison sèche mais nous sommes toujours surchargés pendant la saison des pluies malgré une augmentation de la capacité en lits.

Le projet d’Aweil se concentre sur trois aspects :

  • Pédiatrie générale : soins médicaux en hospitalisation 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 pour les enfants de moins de 15 ans. Le service est distribué en 6 sections pour un total de 112 lits : médecine générale (32 lits) soins intensifs (13 lits), chirurgie, brûlures et plaies (22 lits), néonatologie (24 lits), unité antitétanique (24 lits) et unité d'isolement (15  lits).
  • Santé de la femme : maternité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 pour les accouchements normaux et compliqués, obstétrique et chirurgie en urgence (accouchements provoqués, césariennes, transfusions), admission de femmes enceintes ayant précédemment effectué une fausse couche ou qui présentent des facteurs de risque (par exemple paludisme et grossesse) et soins de gynécologie et obstétrique (35 lits).
  • Réponse aux urgences : en plus de son soutien à l’hôpital, l’équipe MSF sur le terrain suit la situation du Bahr el Ghazal Nord grâce une équipe d’intervention en mesure de répondre à des urgences telles que crise nutritionnelle, flambée épidémique ou déplacements de populations.

En 2014, les activités ont continué à se concentrer sur la réduction de la mortalité maternelle et infantile dans l’hôpital et à prendre en charge les cas de paludisme lors de la saison des pluies. Cette année, les équipes médicales ont assuré plus de 7 500 accouchements. Nous avons traité plus de 55 000 cas de paludisme dont plus de 10% étaient des cas graves. C’est plus de cinq fois plus que l’an passé. Pour répondre au besoin, nous avons renforcé le service de consultations (OPD) du Ministère de la Santé et avons mis sur pied une clinique mobile à partir de juin pour identifier et traiter les cas de paludisme ; pour les cas les plus graves, nous avons ajouté une unité spécifique de 35 lits dans l’hôpital. Le nombre de patients continue d'augmenter cette année encore en raison de l’épidémie exceptionnelle de paludisme.

YIDA, ETAT d’UNITE

Situé au nord de l’Etat d’Unité au Soudan, le camp de réfugiés de Yida reste le principal point de repli des personnes qui fuient la violence du conflit qui se déroule dans les montagnes Nuba,  dans l’état du Kordofan du Sud, et qui dure depuis juin 2011. Nous avons commencé à intervenir dès octobre 2011 où déjà la population du camp progressait rapidement, rendant les conditions de vie critiques. Au cours des trois dernières années, la situation s’est progressivement  améliorée avec l'organisation du camp. Toutefois, les résidents dépendent entièrement de l’eau, des abris et des soins médicaux fournis par les acteurs humanitaires, et cela bien que Yida n’ait jamais été reconnu officiellement comme camp de réfugié. En raison de sa proximité avec la frontière qui joue un prétendu rôle militaire et constitue un risque pour la sécurité des résidents, le gouvernement et les Nations Unies ont tenté à plusieurs reprises de relocaliser les réfugiés dans un nouveau camp, celui d’Ajuong Tok. En 2014, la plupart des réfugiés de Yida ne souhaitait pas y être réaffectée ce qui laisse Yida avec une population d’environ 70 000 personnes. Yida sert aussi de plaque tournante du commerce et du négoce pour le Kordofan du Sud.
En 2014, nos activités ont continué à se concentrer sur les soins de santé primaire et secondaire pour la population du camp de Yida. Nous avons effectué plus de 100  000 consultations, plus de 2 500 patients ont été hospitalisés. En plus de cette activité, l’équipe a effectué une vaccination de masse pour la rougeole sur 42 112 enfants (entre 9 mois et 15 ans). Les équipes MSF ont continué à développer un système de surveillance pour contrôler les principaux indicateurs de santé, les entrées et sorties du camp, ainsi que la situation de l’eau potable et de l’assainissement.

FRANDALA, KORDOFAN DU SUD

La région contestée des monts Nuba ne faisait pas partie de l’accord global de paix signé en 2005.  Lorsqu’en juin 2011, l’armée soudanaise a tenté de désarmer les soldats Nuba, la violence a repris le cours de ce long combat entre Khartoum et la population des monts Nuba. Historiquement, les combats dans ces montagnes se caractérisent par un conflit de faible intensité avec des affrontements réguliers entre le gouvernement et les forces d’opposition et des bombardements aériens indiscriminés et continus entrepris par Khartoum. Plusieurs tentatives de pourparlers de paix entre Khartoum et le SPLM/N ont vu le jour mais jusqu’ici sans résultat et avec peu d’espoir de voir la situation évoluer favorablement. 

Pour démontrer cette absence de volonté de paix, lors des troubles récents qu’a connus le Soudan du Sud, Khartoum a intensifié ses frappes militaires au Kordofan du Sud avec une opération baptisée «Eté décisif ». Les bombardements ont été renforcés et notre centre dans la montagne en a été le témoin direct puisque nous avons été bombardés courant juin. La population qui vit dans la zone contrôlée par le SPLM/N n’a quasiment aucun accès aux soins de santé, et Khartoum a efficacement instauré un blocus pour l’aide et les fournitures.

Suite à une évaluation conduite plus tôt dans l’année, OCP a ouvert un service de consultation et un service d’hospitalisation à Frandala en Avril 2012. Courant 2013, le nombre de lits du service est passé de 10 à 20 lits et nous avons commencé à soutenir 5 centres de santé dans les environs. En 2014, nous avons tenté de maintenir la présence des expatriés mais l’insécurité et le bombardement de l’hôpital en juin a nécessité l’évacuation de ces expatriés. Les activités ont été maintenues jusqu’ici avec le personnel local et des visites. Les activités sont consacrées aux soins primaires et secondaires apportés à la population de Frandala et ses environs, et à soutenir (avec des dons de médicaments et de la formation) plusieurs centres de santé aux alentours. Environ 31 000 consultations ont été effectuées en 2014, elles concernaient essentiellement des infections respiratoires.

OLD FANGAK, ETAT DE JONGLEI

Protégée par les rivières et marécages au confluent du Nil Blanc et de la rivière Bahr El Ghazal, Fangak a toujours été un refuge naturel historique pour les populations vivant au nord du Jonglei. Déjà déstabilisée, la région a connu un regain d’affrontements fin 2014, ce qui a entraîné des déplacements; de ce fait, le centre de santé situé à Old Fangak, soutenu par une ONG locale, a été dépassé par l’afflux de blessés et de milliers de personnes déplacées venant de Malakal, Canal et New Fangak. En réponse à ces nouveaux besoins de soins de santé, nous avons transformé, début décembre, le centre de santé en un hôpital de 45 lits qui comporte aujourd’hui une capacité d'accueil pour les urgences de masse. Il est difficile d' atteindre tous ceux qui ont cherché refuge dans la région car les accès et les transferts sont uniquement possibles en bateau ou en avion. Les hôpitaux de Malakal et Phom (New Fangak) sont fermés ou bien inaccessibles, et de ce fait, notre projet constitue le seul centre de référence pour la population locale et déplacée.