Côte d’Ivoire : MSF reçoit 56 blessés à l’hôpital suite à l’attaque d’un camp à Duékoué

Chirugie bloc cote divoire
Chirugie, bloc, cote divoire, ©A.Quillien/MSF

56 blessés ont été reçus à l’hôpital de Duékoué à l’Ouest de la Côte d’Ivoire et pris en charge par les équipes MSF et ivoiriennes vendredi 20 juillet, suite à l’attaque d’un camp de déplacés de la ville. Les affrontements interethniques les plus sanglants connus par nos équipes depuis la période post-électorale.

Suite à un braquage faisant quatre morts dans le quartier de Kokoma à Duékoué, dans la nuit de jeudi à vendredi, des habitants ont lancé une attaque de représailles contre le camp de déplacés de Nahibly à la sortie de la ville. « Les tirs ont commencé par se faire entendre sur les coups de 10h30 », nous a rapporté notre logisticien sur place. « Il venait du camp de déplacés Nahibly situé sur l’axe routier Duékoué- Guiglo ».

Ce camp comptait environ 4 à 5000 déplacés ivoiriens ayant fui les violences post-électorales de 2010 - 2011. La plupart sont de l’ethnie autochtone des Guérés, considérés comme favorables à l'ex-président Laurent Gbagbo. En réaction à la mort des quatre personnes, issues de l’ethnie Malinké, plutôt favorable au nouveau président Alassane Ouattara, des habitants ont décidé de s’attaquer à ce camp où, selon les rumeurs, se cacheraient des miliciens pro-Gbagbo.

Des affrontements auraient eu lieu à l’intérieur du camp alors même que celui-ci est protégé par les forces des Nations-Unies. Résultats : neuf morts et plusieurs dizaines de blessés.  Les affrontements interethniques n’ont jamais été aussi sanglants depuis la période post-électorale. Les équipes MSF ont reçu 56 personnes blessées dans le seul hôpital que compte la ville dont 6 blessés par arme à feu, 13 par arme blanche, 31 présentant des plaies dues à des objets contondants et un traumatisme crânien.
 

Le camp de déplacés de Nahibly contenait environ 5 000 ivoiriens - © A.Q./MSF 


Le camp, partiellement incendié par ses assaillants, s’est vidé de ses habitants qui ont pris la fuite vers la  brousse ou d’autres quartiers de la ville. 3 000 personnes seraient aux abords de la Mission Catholique qui avait déjà accueilli plusieurs milliers de déplacés lors des affrontements post-électoraux. Le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations-Unies tente de trouver des solutions de mise à l’abri. 

Une centaine de personnes, essentiellement des femmes et des enfants se trouvent encore dans l’enceinte de l’hôpital  général de Duékoué où les équipes MSF ont renforcé les points d’eau potable.


MSF est témoin depuis plusieurs semaines  d’un regain de tensions et d’incidents dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Début juin, MSF avait déjà reçu 3 blessés par balle suite à des affrontements interethniques sur l’axe Bangolo-Duékoué. Aussi, des attaques transfrontalières de la part de milices libériennes se sont intensifiées avec comme point d’orgue l’attaque meurtrière le 7 juin d’ une patrouille des forces armées ivoiriennes (FRCI) et onusiennes (Onuci) et la reprise d’hostilités  au sud de Taï. Le 12 juin, MSF avait reçu à l’hôpital de Taï quatre blessés par balle transférés à l’hôpital de Duékoué pour interventions chirurgicales. MSF avait alors renforcé ses capacités d’intervention dans l’hôpital de Taï afin de faire face à un potentiel afflux de blessés et déclenché le plan d’urgence à l’hôpital de Duékoué.

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