Colombie : soigner les migrants vénézuéliens à La Guajira, Norte de Santander et Arauca

Accueil Centre MSF Colombie
Les équipes MSF soignent les migrants vénézuéliens, mais aussi la population locale et les Colombiens qui vivaient au Venezuela et qui sont revenus dans leur pays. ©Esteban Montaño/MSF

A Riohacha, dans le département de La Guajira, les équipes MSF soignent les migrants vénézuéliens, mais aussi la population locale et les Colombiens qui vivaient au Venezuela et qui sont revenus dans leur pays. MSF intervient également à la frontière entre Norte de Santander et Arauca.

Les équipes MSF fournissent des soins ambulatoires à l'hôpital Nuestra Señora de los Remedias de Riohacha et vont mettre en place des cliniques mobiles dans les zones urbaines et rurales autour de la capitale. Elles permettront de dispenser des soins de santé primaire et mentale, fournir des services de planification familiale, des informations sur les services sociaux destinés aux migrants.

« Durant les premiers jours, nous avons mis la priorité sur les soins prénataux pour les femmes enceintes » explique Elsa Soto, coordinatrice de projet MSF. « Les patientes que nous avons vues sont toutes vénézuéliennes, et la plupart de celles qui sont enceintes n’ont pas reçu de soins prénataux dans leur deuxième trimestre de grossesse. C’est inquiétant car ce sont des soins essentiels pour prévenir et détecter les complications et les maladies. »

En 2018, une équipe d’urgence MSF a répondu à plusieures reprises aux besoins de la population arrivant dans le département de Norte de Santander, situé à la frontière avec le Venezuela. Depuis novembre 2018, MSF a également ouvert des cliniques pour accueillir les populations migrantes dans les villes de Tibú, Puerto Santander, dans le district de La Gabarra, ainsi qu’à Tame, Saravena et Arauquita, dans le département de Arauca.

Carla, 32 ans, est arrivée à Tibú fin 2018 avec ses trois enfants. Elle décrit les conditions dans lesquelles ils sont partis de chez eux, à Ciudad Ojeda, au Venezuela.

« Nous avions déjà réduit nos rations de nourriture au maximum, nous avions tout vendu, le réfrigérateur, les meubles » confie-t-elle. « Je travaillais dans un supermarché, puis je suis devenue vendeuse dans la rue. A présent, je n’ai plus rien à vendre. Le salaire de mon mari, qui travaille à Petróleos de Venezuela, n’était plus suffisant pour que nous puissions nous acheter à manger. »

Carla et sa famille habitent dans une tente de fortune sur une parcelle de terrain à Tibú. Elle amène sa fille à l'hôpital de MSF pour traiter une maladie de peau. « Les hôpitaux au Venezuela manquent d’infirmières, ainsi que de nombreuses ressources, dont les vaccins pour les petits » raconte-elle.

Dans les cliniques soutenues par MSF en Colombie, les équipes dispensent des soins de santé primaire pour les enfants et les adultes, de santé mentale, sexuelle et reproductive, y compris des soins prénataux et postnataux. Les équipes fournissent également des services de planification familiale, et pratiquent des interruptions de grossesse.

L’équipe MSF de Tame s’occupe spécifiquement des personnes qui rejoignent à pied la Colombie depuis le Venezuela. Plus d’un millier arrivent tous les mois en Colombie par la zone d’Arauca. Ils cherchent ensuite à rejoindre d’autres villes ou les pays voisins.

Depuis le début de l’année, les psychologues MSF ont traité 450 patients dont les symptômes incluent souvent de l’anxiété et de la dépression.
 © Esteban Montaño/MSF
Depuis le début de l’année, les psychologues MSF ont traité 450 patients dont les symptômes incluent souvent de l’anxiété et de la dépression. © Esteban Montaño/MSF

Durant le premier trimestre 2019, les équipes MSF ont réalisé plus de 9 800 consultations médicales, dont 40% auprès d’enfants de moins de cinq ans, ainsi que 2 300 consultations de planification familiale, dont 71 pour des interruptions de grossesse. Ces chiffres révèlent l’ampleur des besoins médicaux de la population migrante, en particulier en matière de santé sexuelle et reproductive.

« En plus des maladies chroniques que nous n’étions pas capable de traiter au Venezuela, les pathologies que nous observons dans les cliniques de Norte de Santander et Arauca sont des maladies de peau, des infections des voies respiratoires, des troubles musculo-squelettiques, des infections urinaires, et des troubles gynécologiques » explique María José Usach, coordinatrice médical MSF en Colombie.

« Ces problèmes de santé sont souvent aggravés par les conditions de vie précaires des migrants vénézuéliens » raconte María José. « L’accompagnement psychologique est également très important car la migration peut profondément affecter un individu. » Depuis le début de l’année, les psychologues MSF ont traité 450 patients dont les symptômes incluent souvent de l’anxiété et de la dépression.

« L’arrivée en masse de Vénézuéliens en Colombie a submergé les capacités de réponse locales, » explique  Ellen Rymshaw, cheffe de mission MSF en Colombie. « Le système de santé colombien ne peut subvenir aux besoins des Vénézuéliens, qui seraient près d’un million à habiter dans le pays. »

Dans les cliniques soutenues par MSF en Colombie, les équipes dispensent des soins de santé primaire pour les enfants et les adultes, de santé mentale, sexuelle et reproductive, y compris des soins prénataux et postnataux.
 © Esteban Montaño/MSF
Dans les cliniques soutenues par MSF en Colombie, les équipes dispensent des soins de santé primaire pour les enfants et les adultes, de santé mentale, sexuelle et reproductive, y compris des soins prénataux et postnataux. © Esteban Montaño/MSF

La présence de groupes criminels et d’éléments de l’Armée de Libération Nationale (ELN) et de l’Armée Populaire de Libération (EPL) contribuent au sentiment d’insécurité des populations situées près de la frontière.

« Des affrontements entre différents acteurs armés dans les zones frontalières d’Arauca et de Norte de Santander affectent une grande partie de la population vénézuélienne et compliquent la mise en œuvre de l’aide humanitaire dans les zones rurales, » détaille Rymshaw.

L’accès aux soins médicaux s’est détérioré depuis le déclenchement d’une crise aux ramifications politiques, économiques et sociales, qui a contraint 3,4 millions de vénézuéliens à quitter le pays ces dernières années.

À lire aussi