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Chine - Des soins psychologiques pour les rescapés du séisme

Les équipes MSF ont effectué un travail de sensibilisation aux réactions qui apparaissent chez les victimes d'une catastrophe naturelle.
Les équipes MSF ont effectué un travail de sensibilisation aux réactions qui apparaissent chez les victimes d'une catastrophe naturelle. © Marlene Lee /MSF

Le 12 mai dernier, un tremblement de terre a dévasté la
province du Sichuan. De nombreux survivants ont perdu des membres de leur
famille et n’ont plus de maisons. Pour leur venir en aide, MSF a envoyé une
équipe composée de quatre psychologues et d’un assistant social. Entretien avec Marlene Lee, responsable des soins psychiques
pour MSF.

Quels types de problèmes psychiques avez-vous rencontrés dans le Sichuan suite au séisme?
Tout dépend de la façon dont la victime a été touchée par la catastrophe. Ainsi, chez les blessés graves, chez les personnes dont les maisons se sont effondrées, chez celles qui ont fui sans rien pouvoir emporter ou encore celles qui ont perdu des membres de leur famille, nous remarquons des sentiments d’impuissance et de désespoir, une angoisse face à l'avenir. Les rescapés venant de régions où les dégâts ont été moindres présentent plutôt des troubles psychosomatiques, comme des troubles du sommeil, une perte d’appétit, des nausées ou des maux de tête. Beaucoup de survivants font des cauchemars, ils se plaignent d'anxiété et de nervosité, sursautent facilement et craignent de nouvelles répliques.

Pouvez-vous donner des exemples de réactions psychologiques plus graves liées au choc du tremblement de terre ?
Le désespoir et l’impuissance peuvent détruire un individu. Je me souviens d’un arrière-grand-père de 102 ans, rencontré dans l’un des camps de rescapés. Il n’y a rien de plus terrible pour un vieillard de 102 ans que de survivre à ses arrière-petits-enfants. Ils ont en effet tous perdu la vie, ainsi que plusieurs de ses enfants. Il pleure du matin au soir. À son âge, il n’attend plus rien de l'avenir et se demande pourquoi lui a survécu et pas ses arrière-petits-enfants qui avaient la vie devant eux.

Vous venez de décrire deux catégories de victimes. D’après vous, un de ces groupes a-t-il plus particulièrement besoin d’un soutien psychologique?
Au lendemain d'une catastrophe d'une telle ampleur, il y a toujours des groupes plus vulnérables. Il y a bien sûr les enfants, notamment ceux qui ont perdu leurs parents ou qui ont vu des blessés graves et même la mort. Mais aussi les personnes âgées, que l’on a souvent tendance à négliger. Enfin, il y a survivants qui ont perdu des êtres chers. Les parents qui ont perdu leur enfant ou dont l’enfant n’a pas été retrouvé traversent une période particulièrement difficile, et ce, d’autant plus dans un pays où l'État a imposé la politique de l'enfant unique.

Par ailleurs, les travailleurs humanitaires peuvent eux aussi avoir besoin d’un soutien psychologique. Ici, dans le Sichuan, nombre d’entre eux ont participé aux opérations de recherche et de sauvetage tout en apportant une aide médicale aux victimes. Confrontées à la mort et aux traumatismes, ces personnes ont besoin d’une aide psychologique aujourd’hui mais aussi à long terme.

Comment MSF a-t-elle répondu aux besoins urgents après le tremblement de terre?
Juste après le séisme, nous avons mené plusieurs activités. Nous nous sommes d’abord concentré sur l'évaluation des besoins en santé mentale, dans les hôpitaux ainsi que dans les camps de déplacés. Puis nous avons mis en place des consultations cliniques dans le centre de santé mentale de l’hôpital West China. Enfin, nous avons pu apporter un soutien psychologique aux victimes du séisme au sein même de l'hôpital. Nous avons également proposé une formation en santé mentale pour le personnel médical. Sur le terrain, auprès des populations, nous avons mené un travail de sensibilisation aux réactions qui apparaissent chez les personnes qui ont vécu un séisme. Nous avons également insisté sur les stratégies d'entraide qui peuvent aider à gérer de telles réactions.

Lors de vos consultations, avez-vous observé chez les victimes des mécanismes particuliers qui leur ont permis de surmonter leur épreuve ?
J’ai été frappée par la forte cohésion et la solidarité au sein de ces communautés. Les rescapés se soutiennent mutuellement, non seulement au niveau familial mais aussi au niveau de la communauté. Les villageois qui viennent en aide aux autres habitants nous disent : « Vous savez, nous vivons des moments difficiles pour l’instant, mais nous faisons face. Dans l'autre village, ils ont davantage besoin de vous ». Au sein du tissu social, il existe un système de soutien très solide. Or, ce soutien social influence directement les possibilités de guérison du traumatisme.

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