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Cameroun : deux employés de MSF détenus depuis quatre mois

Une équipe de MSF à l'entrée du village d'Enyenge dans le sud-ouest du Cameroun. 
Une équipe de MSF à l'entrée du village d'Enyenge dans le sud-ouest du Cameroun.  © Faith Toran/MSF

Une infirmière et un ambulancier travaillant pour Médecins Sans Frontières sont emprisonnés depuis quatre mois à la prison de Buea, dans le sud-ouest du Cameroun. Une région en proie à des violences entre groupes séparatistes armés et forces de sécurité gouvernementales, dans laquelle MSF a suspendu ses activités à la fin du mois de mars pour se concentrer sur la libération de ses membres. Deux autres employés de MSF ont également été arrêtés en janvier.

Le 26 décembre 2021, une ambulance de MSF a été envoyée dans la région de Tinto pour prendre en charge un homme blessé par balle. Une fois stabilisé, l’homme de 27 ans sans papiers d’identité aurait dû être amené à Kumba pour être transféré vers l’hôpital de la ville.

Selon la procédure établie, MSF a communiqué ce déplacement aux autorités en indiquant le lieu de départ de l’ambulance, la destination, les informations relatives au patient et s’il était accompagné ou non. Cette procédure courante permet d’éviter l’immobilisation des ambulances aux points de contrôle, qui pourrait être préjudiciable aux patients. 

Depuis octobre 2021, date à laquelle la procédure a été formalisée, 132 transferts en ambulance ont été effectués sans aucun problème. Ni Marguerite, infirmière, ni Ashu, ambulancier, alors à bord du véhicule, ne connaissaient l’identité de l’homme blessé par balle : ils savaient seulement que son état de santé nécessitait une aide médicale urgente. 

L'ambulance s’est mise en route vers neuf heures du matin. Sur la route, Marguerite a commencé à remplir les formulaires de transfert pour l'hôpital de Kumba, en y indiquant le nom donné par le patient. Le véhicule de MSF a été arrêté au poste de contrôle de Nguti avec ordre de faire demi-tour. Reconduits à Mamfe, les deux membres de MSF ont été détenus et interrogés pendant plusieurs heures tandis que le patient a été retenu, puis pris en charge par les autorités militaires et soigné sur place. 

Convoqués le lendemain à la gendarmerie pour y faire une déposition, ils ont été accusés publiquement d'avoir participé à une opération d'exfiltration d’un terroriste, falsifié des documents de voyage et de lui avoir donné une fausse identité. 

Informées de ces accusations et de l'arrestation, les équipes de MSF - persuadées qu’il s’agissait d’un malentendu - ont contacté les autorités pour indiquer qu'elles avaient suivi scrupuleusement la procédure administrative convenue avec les autorités. Aucune des explications fournies par MSF, par le service d’assistance juridique offert à Marguerite et Ashu, ni la propre version des événements rapportés par ces derniers, n'ont permis leur libération.

À plusieurs reprises, MSF a rappelé qu’ils avaient suivi la procédure établie lorsqu'un patient ne dispose pas de pièce d’identité. L’association a également rappelé que la prise en charge et le transfert de personnes blessées ou malades est la base du travail des organisations humanitaires dans des situations de conflit et de violences. Elle a aussi précisé qu’elle avait fourni jusqu’alors des soins aux blessés, en dépit de leur appartenance politique, qu’ils fassent partie des forces armées de l'État ou des groupes séparatistes. 

L'assistance d'urgence aux personnes en danger de mort est protégée par la loi camerounaise. MSF a souligné que le transport et la prise en charge de blessés par balle ne constituaient par ailleurs qu’une partie mineure de son travail dans le sud-ouest du Cameroun. 

Emprisonnés pour avoir fait leur travail d’humanitaire

Les numéros de contact de MSF sont connus dans la région, ils sont utilisés par la population en cas d'urgence. Cela permet de communiquer avec l’ensemble des parties impliquées dans le conflit, de garantir l'accès aux communautés et la sécurité des équipes. Au cours des derniers mois, MSF a fourni les clarifications nécessaires aux autorités camerounaises afin de soutenir la demande de libération immédiate de Marguerite et d’Ashu.

À la demande du Ministère de la Défense, une organisation camerounaise indépendante, le Mandela Center International, a publié un rapport dans lequel elle exonère de toute faute MSF et ses deux membres. Ce rapport demande également leur libération immédiate.

Les 19 et 20 janvier 2022, deux autres travailleurs de MSF ont été arrêtés dans une autre affaire, séparément, et accusés de collaborer avec les séparatistes. Comme dans le cas de Marguerite et d’Ashu, MSF est convaincue de la légalité des activités qu'ils ont effectuées pour l'organisation médicale. Dans les deux cas, MSF suit la procédure légale en vigueur au Cameroun et demande leur libération immédiate. 

L’association est aujourd’hui dans une position intenable : ses activités médicales sont nécessaires, mais celles et ceux qui apportent leur soutien courent le risque d'être poursuivis dans le cadre de leurs activités médicales. Nous avons besoin de conditions préalables qui nous permettent de mener des activités humanitaires dans un environnement sûr. Actuellement, ces conditions n'existent plus, mettant en danger notre mission médicale et notre personnel. 

Depuis l'arrestation de nos collègues, nos représentants ont tenté de dialoguer sans succès avec les autorités camerounaises, tant au niveau local que central, en fournissant les informations et éclaircissements liés à nos activités. MSF souhaite reprendre le dialogue avec les autorités afin de permettre leur libération.

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