Au Mali, « aujourd'hui, l'aide humanitaire est plus que jamais nécessaire »

Campagne de chimio prévention saisonnièredu paludisme Ansongo septembre 2014
Campagne de chimio prévention saisonnièredu paludisme, Ansongo, septembre 2014 ©Miguel Cuenca/MSF

Pendant un an, Seïdina Ousseini a été coordinateur du projet MSF situé à Ansongo, au nord du Mali. Il nous raconte les difficultés rencontrées par MSF pour apporter des soins médicaux à cette population victime de la crise politique et de l'insécurité.

Depuis quand MSF travaille-t-elle dans cette zone du Nord Mali ?

MSF intervient dans cette zone depuis septembre 2012 suite à la crise qu’a connu le pays lors de l’occupation du Nord par divers groupes armés. A l’époque, nous avions soutenu quatre centres de santé communautaires et le centre de santé de référence d’Ansongo, dans la région de Gao.

Depuis janvier 2014, nous ne sommes plus qu’au centre de santé de référence d’Ansongo. MSF est l'une des seules ONG médicales indépendantes présente dans la zone d’Ansongo, une des seules à venir en aide aux populations du Nord en leur offrant des soins médicaux gratuits et de qualité.

Par manque de ressources, humaines et financières, il reste difficile pour les autorités maliennes d’assurer une prise en charge sanitaire aux populations du Nord.

Quelles sont les difficultés liées à cet environnement complexe ?

Il n’est pas facile de travailler dans cette zone. Les activités des divers groupes armés rendent la situation sécuritaire très volatile. Par exemple, en mai 2014, après la prise de Kidal et de Ménaka par les groupes pro-Azawad, lorsque ces derniers sont arrivés aux abords de la ville d'Ansongo, un vent de panique s’est emparé de la population. Beaucoup de cadres de l’administration sont alors partis à Gao. Certains malades hospitalisés ont même abandonné leurs lits pour s'enfuir eux-aussi.

Quels sont les principaux besoins de la population ?

Une grande partie de la population malienne a un accès limité aux soins. Aujourd'hui, l'aide humanitaire est plus que jamais nécessaire.

Actuellement, au Nord Mali, les besoins sont nombreux. La santé, mais aussi l’éducation, le manque d’eau potable... Par exemple, les centres de santé sont souvent non fonctionnels, mal équipés et manquent de personnels ou même de médicaments de base. Les écoles n’ont plus d’infrastructures ni d'enseignants pour accueillir les élèves. L’eau potable se fait rare car les points d’eau (forages) existants sont abîmés faute d’entretien, ce qui oblige les populations à utiliser des eaux imprompres à la consommation avec tous les risques liés à l’hygiène que cela induit.


 

Quelles ont été les activités de MSF en 2014 dans la zone ?

Au sein du centre de santé de référence, nos équipes travaillent quotidiennement en collaboration avec le personnel du ministère de la Santé : consultations externes, maternité, pédiatrie, hospitalisation, services de laboratoire et de pharmacie, ainsi que transfert des cas graves vers l’hôpital régional  de Gao qui dispose d'une plus grande capacité d’accueil.

En 2014, plus de 47 700 consultations ont été dispensées dont plus du quart concernaient des enfants âgés de moins de 5 ans. Environ 1 600 patients ont été hospitalisés et 815 accouchements et 104 césariennes ont été réalisés.

MSF a également mis en œuvre une campagne de chimio prévention saisonnière (CPS) du paludisme afin de prévenir cette maladie, ainsi qu'un dépistage de la malnutrition. Près de 40 000 enfants âgés de 3 à 5 ans ont bénéficié de médicaments antipaludéens préventifs et ont ainsi pu être protégés pendant les quatre mois que dure le pic annuel de paludisme. Ainsi, MSF a quand même réussi à assurer des soins de santé àdes populations très dispersées sur le territoire, et ce en dépit du  contexte sécuritaire compliqué dans la zone.

Que retenir de ce projet ?

Malgré les difficultés auxquelles MSF fait face, nous devons continuer à soutenir les populations qui ont grandement besoin d'aide. C'est un beau projet, un immense défi sur le plan personnel et professionnel.


Depuis novembre 2012, MSF travaille dans la région de Gao auprès des populations victimes du conflit armé. Courant 2014, MSF a concentré ses activités sur le centre de santé de référence d'Ansongo, structure de référence d’un quartier dont la population est estimée à plus de 162 000 habitants.

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