Après 24 ans de présence, MSF se retire d'Afghanistan.

Dr Martin John Jamin Nord de l'Afghanistan
Dr Martin John Jamin, Nord de l'Afghanistan ©Michel Goldfarb

Médecins Sans Frontières annonce aujourd'hui la fermeture de tous ses programmes en Afghanistan. Cette décision fait suite à l'assassinat de cinq de nos volontaires au cours d'une attaque préméditée le 2 juin dernier, alors qu'ils circulaient au nord-ouest de l'Afghanistan, dans la province de Badghis, à bord d'une voiture clairement identifiée MSF.

Alors que les autorités afghanes ont présenté à MSF des preuves crédibles de l'implication de commandants locaux dans cette attaque, elles n'ont procédé à aucune arrestation, engagé aucune poursuite.

Par ce manque de réaction, le gouvernement n'a pas assumé sa responsabilité de protection des travailleurs humanitaires sur son territoire.

En outre, suite à cette attaque, un porte-parole taliban a revendiqué les meurtres et, dans une deuxième déclaration, a lancé un appel au meurtre contre MSF et d'autres organisations, accusées de travailler au service des forces de la coalition dirigée par les Etats-Unis.

Ces accusations mensongères sont particulièrement outrageantes pour MSF dont l'un des principes fondateurs est d'aider les populations en détresse en fonction de leurs besoins, indépendamment de toutes considérations politiques.

Au cours des 24 dernières années, quel que soit le pouvoir en place, MSF a toujours assisté les populations afghanes confrontées aux guerres qui ont ravagé leur pays. "C'est avec colère et amertume que nous décidons aujourd'hui de partir, mais nous ne pouvons sacrifier la sécurité de nos volontaires alors qu'ils sont pris pour cibles par des groupes armés", déclare Marine Buissonnière, secrétaire générale de Médecins sans Frontières.

Depuis qu'elle est intervenue en Afghanistan en octobre 2001, la coalition essaie d'utiliser l'aide humanitaire pour servir ses ambitions politiques et militaires, dans l'espoir de "gagner les coeurs et les esprits". C'est dans ce contexte de guerre que la violence ciblée contre les organisations humanitaires s'est développée. A cause de cette confusion entre militaires et humanitaires, dénoncée par MSF à plusieurs reprises, l'aide n'est plus perçue comme une action impartiale, ce qui met en danger la vie des volontaires et réduit l'accès aux populations en détresse.

Pour que l'aide soit possible, tous les acteurs du conflit doivent respecter la sécurité et l'indépendance des travailleurs humanitaires. Plus de trente d'entre eux, en majorité des Afghans, ont été tués en Afghanistan depuis le début de l'année 2003. Le meurtre de nos collègues, l'échec du gouvernement à arrêter les coupables et les déclarations mensongères des Taliban rendent malheureusement impossible la poursuite des activités de MSF dans le pays.

L'association va maintenant assurer la passation de ses programmes au ministère de la Santé et à d'autres organisations.

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