Afrique du Sud : MSF déploie une intervention d’urgence face aux violences xénophobes

Afrique du Sud : MSF déploie une intervention d’urgence face aux violences xénophobes
Le 30 juin 2026, des dizaines de milliers de personnes ont fui leur domicile en raison de manifestations anti-migrants et de violences en Afrique du Sud, pour se réfugier dans des parcs, des églises et des consulats. © Tadeu Andre/MSF

À la suite d’une violente recrudescence d’actes xénophobes contre les migrants en Afrique du Sud, MSF a lancé une intervention médicale d’urgence. Ces violences ont fait au moins quatre morts et déplacé des dizaines de milliers de personnes. Nos équipes se déploient dans les provinces du Gauteng, du KwaZulu-Natal, du Cap-Occidental et à la frontière avec le Zimbabwe pour répondre aux besoins de santé les plus urgents.

Des dizaines de milliers de migrants poussés à fuir par des groupes anti-immigration

Cette crise a été déclenchée par l'ultimatum de groupes anti-immigration exigeant que toutes les personnes migrantes sans papiers quittent le pays avant le 30 juin. Depuis cette date butoir arbitraire, les menaces et les agressions se multiplient contre les étrangers, quel que soit leur statut légal. 
Pour échapper aux violences xénophobes, des dizaines de milliers de personnes ont trouvé refuge dans des parcs, des églises ou des consulats.
« Contrairement au discours officiel selon lequel ces actes xénophobes n’auraient pas été si violents ni leurs conséquences si catastrophiques, les migrants touchés ont fait part à MSF de témoignages détaillant la gravité des mauvais traitements qu’ils ont subis », explique Claire Waterhouse, coordinatrice des urgences chez MSF.

Cliniques mobiles : apporter des soins vitaux aux populations déplacées

Face à l'urgence, MSF a déployé des cliniques mobiles pour assurer des consultations de santé primaire, le suivi des maladies chroniques, un soutien psychologique et des distributions de kits d’hygiène. Les équipes surveillent également l’accès à l'eau et à l'assainissement sur les sites de regroupement pour prévenir tout risque d’épidémie.
« Nous accordons une attention particulière aux personnes vulnérables, dont les enfants, les femmes enceintes et les victimes directes de violences », précise Claire Waterhouse. « Nous prenons également en charge des femmes ayant récemment accouché, dont certaines présentent encore des plaies de césarienne non cicatrisées, quelques jours seulement après leur intervention. »
L'accès aux hôpitaux est devenu critique, et les équipes de MSF réorientent les cas les plus graves vers les structures spécialisées.

« MSF est particulièrement préoccupée par la continuité des soins pour les personnes atteintes de maladies chroniques comme le diabète, l'hypertension, le VIH ou la tuberculose », alerte Phumla Tsotetsi, infirmière chez MSF. « L'interruption de ces traitements peut entraîner de graves complications. »
Au Cap, une équipe médicale a ainsi pris en charge une mère sans papiers, expulsée par son propriétaire, dont le fils souffre d'une forme rare de cancer. Bien que l'enfant ait pu être admis à l'hôpital pour sa chimiothérapie d'urgence, l'avenir de la famille en Afrique du Sud reste incertain. À Johannesburg, les équipes ont dû intervenir d'urgence pour stabiliser une femme souffrant de troubles mentaux sévères, privée de ses médicaments après avoir fui les violences.

Dans une clinique mobile à Johannesburg, MSF dispense des soins de santé primaires, des soins pour maladies chroniques, un soutien psychologique et des premiers secours aux migrants déplacés ayant fui les violences.
 © Kate Stegeman/MSF
Dans une clinique mobile à Johannesburg, MSF dispense des soins de santé primaires, des soins pour maladies chroniques, un soutien psychologique et des premiers secours aux migrants déplacés ayant fui les violences. © Kate Stegeman/MSF

La détérioration de la situation humanitaire à la frontière avec le Zimbabwe

Dans le nord du pays, à Musina, MSF intensifie ses opérations pour secourir les personnes massées près de la frontière avec le Zimbabwe. « Notre priorité est de remédier aux difficultés d’accès aux soins pour les plus vulnérables, d’où qu’ils viennent », déclare Claire Waterhouse. « Nous craignons fortement que la situation dégénère en crise humanitaire majeure. »
Nos équipes collaborent avec les communautés locales, les organisations de la société civile et les départements de la Santé sud-africains pour adapter sa réponse. L'impact dépasse d'ailleurs les frontières de l'Afrique du Sud. « Nos équipes au Zimbabwe sont déjà mobilisées et, au Mozambique, nous évaluons les besoins des migrants qui ont été forcés au retour », ajoute la coordinatrice.

Vingt ans de tensions et de luttes pour le droit aux soins des migrants

Les personnes migrantes visées par ces violences sont principalement originaires du Malawi, du Mozambique, du Zimbabwe, du Nigeria et du Ghana, pays qu'elles ont souvent fuies en raison de conflits ou de crises économiques.

L'Afrique du Sud fait face à des résurgences régulières de violences xénophobes depuis plus de deux décennies, exacerbées par les tensions socio-économiques. Les attaques de 2008 restent les plus meurtrières de l'histoire récente, avec 62 morts et 100 000 déplacés. MSF est intervenue à chaque flambée majeure (2008, 2009, 2015, 2019) pour garantir l'accès gratuit aux soins de la population sud-africaine comme des réfugiés et demandeurs d'asile.

Tasneem Bulbulia, psychologue de MSF, anime une séance de thérapie créative et bienveillante auprès d'une famille malawite déplacée à la suite d'actes hostiles aux migrants en Afrique du Sud.
 © /MSF
Tasneem Bulbulia, psychologue de MSF, anime une séance de thérapie créative et bienveillante auprès d'une famille malawite déplacée à la suite d'actes hostiles aux migrants en Afrique du Sud. © /MSF

L’accès aux soins, un droit universel sans condition de nationalité

Cette crise intervient quelques mois après une victoire juridique importante. En décembre 2025, MSF et d'autres organisations de la société civile ont obtenu une décision de la Haute Cour de Gauteng. Celle-ci ordonnait à l’État de lever les blocages imposés par des groupes anti-migrants et certains personnels de santé à l'entrée des hôpitaux publics.
Cette décision rappelait que l’accès aux soins ne peut être refusé en raison de la nationalité ou du statut migratoire. Au-delà de l'obligation légale, MSF rappelle qu'il s'agit d'un impératif de santé publique essentiel pour protéger l'ensemble de la population et prévenir la propagation des épidémies.
 

Notes

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