Clinique de MSF dans le camp de Kutupalong, septembre 2017.
Clinique de MSF dans le camp de Kutupalong, septembre 2017. © Antonio Faccilongo

Après une vague de violences ciblées contre les Rohingyas de l’État d’Arakan, au Myanmar, plus de 500 000 personnes ont fui au Bangladesh depuis le 25 août. Cet afflux de réfugiés est venu s’ajouter aux centaines de milliers de personnes qui avaient déjà traversé la frontière lors d’épisodes de violence précédents. Kate White, coordinatrice médicale d’urgence pour Médecins Sans Frontières au Bangladesh, témoigne de cette situation alarmante.

« À l’heure actuelle, des centaines de milliers de personnes vivent entassées le long d’une étroite péninsule, tentant de s’abriter là où elles peuvent. Cette bande de littoral s’est transformée en un immense bidonville rural, l’un des pires imaginables.

Comme il n’y a presque pas de latrines, les réfugiés tentent d’attacher eux-mêmes des bâches de plastique autour de quatre tiges de bambou, mais ils n’ont nulle part où jeter leurs déchets, excepté dans le ruisseau en contrebas. Or, à peine dix mètres plus loin, ce même cours d’eau sert à d’autres personnes de source d’eau potable. Ce camp présente toutes les caractéristiques d’une crise sanitaire d’urgence.

Certaines personnes tentent de se protéger des intempéries à l’aide de vêtements attachés les uns aux autres. Mais deux jours de pluies torrentielles et de tempête tropicale ont suffi à emporter abris et affaires. La situation est catastrophique, le terrain est dévasté et les infrastructures les plus basiques manquent.

J’imagine les horreurs que ces réfugiés ont subies dans leurs villages d’origine et je me dis que si cette situation dans le camp leur parait plus facile à vivre, l’option de rester devait être un véritable enfer.

« Ils sont tellement traumatisés qu’ils ne parviennent pas à communiquer »

J’ai entendu les pires histoires de la bouche de femmes qui ont perdu leurs maris en tentant de venir ici. Elles ont passé des jours entiers à marcher avec leurs jeunes enfants le long de routes au trafic incessant. Certains d’entre eux ont été heurtés et tués par des voitures. Multipliez ces récits par 500 000, et vous commencerez à saisir la gravité de la situation.

En ce moment-même, nous soignons un bébé si gravement atteint de déshydratation et de malnutrition que nous ne parvenons pas à lui donner d’âge. Cette petite fille a été abandonnée à l’un des points de passage à la frontière. À notre connaissance, elle n’a pas de famille. Nous lui fournissons des soins médicaux, et heureusement son état s’améliore chaque jour, mais à qui la remettrons-nous ensuite ?

Certaines personnes ont été exposées à de tels niveaux de violences sur le chemin qu’elles souffrent de troubles psychologiques complexes. Certaines sont incapables de s’exprimer et de communiquer avec le monde extérieur, comme réfugiées en elles-mêmes pour surmonter leur traumatisme.

« Les patients ne veulent pas partir »

À l’heure actuelle, nous traitons principalement des cas de maladies diarrhéiques à l’origine de graves déshydratations. Nous recevons également plus de cent patients par jour pour des blessures qui ne sont pas toutes liées aux violences. Dans un environnement aussi précaire, les gens se blessent tous seuls et le manque d’hygiène entraîne de nombreuses infections.

Depuis de nombreuses années, nous observons d’importants mouvements migratoires vers le Bangladesh. Le dernier remonte à octobre de l’an dernier, une arrivée massive de réfugiés Rohingyas dont la communauté de la ville de Cox Bazar ne s’est pas encore pleinement remise. Mais cela n’était rien comparé à aujourd’hui : notre service d’hospitalisation compte en moyenne 115 patients pour une capacité de 70 lits.

Une fois soignés, la plupart des patients ne veulent pas partir. L’hôpital, bien que surchargé, leur offre un environnement bien meilleur que le camp. En tant que professionnelle de santé, j’ai beaucoup de mal à renvoyer ces patients vulnérables à leurs conditions de vie particulièrement précaires.

« Nous devons agir vite »

Nous devons améliorer notre gestion des besoins primaires de façon coordonnée avec les autres agences présentes sur le terrain pour pallier cette crise sanitaire.

Pour mettre en place une couverture médicale suffisante, il faut agir vite. Durant cette phase d’urgence, nous devrions construire 8 000 latrines pour parvenir à un état d’assainissement relativement suffisant, soit environ une latrine pour cinquante personnes. Nous devons approvisionner le site de deux millions de litres d’eau par jour pour fournir seulement cinq litres d’eau par personne et par jour. Nous avons également besoin d’importantes quantités de nourriture pour éviter une hausse de la malnutrition. Enfin, nous avons besoin de personnel formé et expérimenté sur le terrain, capable d’agir vite.

Ces chiffres sont impressionnants, sans compter les innombrables enjeux logistiques auxquels nous faisons face car nous ne disposons d’aucun accès à la route ; nous ne pouvons être approvisionnés qu’à pieds. Nous transportons les marchandises sur notre dos, parcourons des chemins étroits et vallonnés, montons et descendons des collines boueuses avant d’arriver à destination. »


3 questions à Jean-Fabrice Pietri, coordinateur d'urgence MSF de retour du Bangladesh


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MSF au Bangladesh

Médecins Sans Frontières a pour la première fois déployé des activités au Bangladesh en 1985. Près du camp de fortune de Kutupalong, dans le district de Cox Bazar, MSF gère une structure médicale et une clinique qui propose des soins de santé basique et d’urgence, ainsi que des services d’hospitalisation et d’analyse en laboratoire aux réfugiés rohingyas et à la communauté locale. Face à l’afflux de réfugiés, MSF a fortement accru ses activités d’approvisionnement en eau, d’assainissement et de soins médicaux auprès de la population réfugiée.