Un an après sa mise en œuvre, le bilan désastreux du plan Remain in Mexico

Nuevo Laredo, Mexique. Sur ce pont, de nombreux demandeurs d'asile attendent une réponse des autorités américaines. C'est l'un des points de communication les plus importants avec les États-Unis, que des milliers de personnes traversent chaque jour.
Nuevo Laredo, Mexique. Sur ce pont, de nombreux demandeurs d'asile attendent une réponse des autorités américaines. C'est l'un des points de communication les plus importants avec les États-Unis, que des milliers de personnes traversent chaque jour. ©Juan Carlos Tomasi

Un an après la mise en place par les autorités américaines du programme Remain in Mexico, des dizaines de milliers de demandeurs d’asile sont aujourd’hui pris au piège au Mexique, confrontés à de nombreuses violences.

En application depuis janvier 2019, Remain in Mexico – officiellement appelé  « protocoles de protection des migrants » – force les demandeurs d’asile à rester au Mexique, le temps de l’examen de leur procédure, les laissant à la merci de kidnappings et de violences. Plus de 62 000 personnes ont dû retourner au Mexique dans le cadre de cette procédure. MSF intervient au Mexique tout le long de la route migratoire, et dans les villes-frontières de Nuevo Laredo, Matamoros, Mexicali, et Reynosa. Les équipes sont témoins des conséquences tragiques de cette politique qui a quasiment mis fin aux possibilités d’asile aux frontières sud des Etats-Unis.

« En poursuivant les expulsions des demandeurs d’asile vers le Mexique, les autorités américaines mettent ces personnes en danger, les renvoyant vers les cartels qui contrôlent les routes migratoires, affirme Sergio Martin, coordinateur de MSF au Mexique. A quelques pas de la frontière américaine à Matamoros, des milliers de demandeurs d’asile habitent désormais dans des camps de fortune avec un accès limité aux services de base. A Nuevo Laredo, nous rencontrons des patients qui n’osent sortir de leur abri car ils savent qu’ils pourraient être kidnappés, rançonnés ou tués. »

Environ 80% des personnes migrantes suivies par les équipes de MSF à Nuevo Laredo ont vécu au moins un épisode de violence durant les neuf premiers mois de 2019 ; 43,7% des patients ont quant à eux déclaré avoir été victimes de violence durant la semaine précédant la consultation.

En septembre 2019, 43% des personnes renvoyées à Nuevo Laredo dans le cadre de cette mesure et prises en charge par MSF avaient été récemment kidnappées. En octobre 2019, ce pourcentage s’élevait à 75%. Ces chiffres se rapportent uniquement aux patients des programmes de MSF et ne rendent pas compte de l'ampleur de la violence à laquelle ces personnes sont confrontées.

En 2019, les autorités américaines ont négocié des accords bilatéraux avec les gouvernements du Guatemala, du Honduras et du Salvador qui les autorisent à renvoyer les demandeurs d’asile dans leur pays d’origine. « Beaucoup de nos patients se sauvent du Guatemala, du Honduras et du Salvador à cause d’un niveau de violences particulièrement élevé, déclare Marcelo Fernandez, coordinateur des programmes de MSF en Amérique centrale. Les autorités américaines veulent désormais renvoyer ces personnes dans le pays que ces personnes veulent fuir, c’est totalement absurde et inhumain. »

Outre le danger que ces personnes encourent, ces pays n’ont pas les infrastructures, les mécanismes de protection ou des lieux de mise à l’abri pour ces demandeurs d’asile.

« Les personnes que nous rencontrons le long de ce parcours migratoire sont bien conscientes des dangers auxquels elles seront confrontées en cours de route. Mais elles sont désespérées et veulent fuir les violences et la pauvreté. Elles continueront de chercher refuge aux Etats-Unis, conclut Marcelo Fernandez. Un an après la mise en œuvre du plan Remain in Mexico, il n’y a plus aucun doute sur les dégâts qu’il cause. Le gouvernement américain doit mettre un terme à cette politique cruelle qui force ces personnes à risquer leur vie pour demander l’asile. »

À lire aussi