Sida: Médecins Sans Frontières et l'Organisation Mondiale de la Santé publient conjointement un rapport qui dévoile des stratégies réussies pour l'accès aux médicaments.

Médecins Sans Frontières a commencé un programme de traitement des malades du sida par antirétroviraux (ARV) à la Blue House une structure de santé qui accueille des patients vivant dans le bidonville de Matharé à Nairobi.
©Chris de Bode

Médecins Sans Frontières (MSF) et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont publié conjointement hier un rapport intitulé " Relever le défi : approvisionnement de médicaments antirétroviraux dans les pays aux ressources faibles à modérées".

Ce rapport détaille différents projets de traitement des malades du sida menés par MSF dans 10 pays et les conditions d'approvisionnement d'antirétroviraux (ARV). Sur la base de ces expériences, il démontre que les pays qui ont enregistré les médicaments génériques et encouragé la concurrence entre génériqueurs et fabricants de médicaments sous brevet ont obtenu des prix nettement plus abordables pour les ARV.
Cette nouvelle publication a été diffusée à Nairobi le premier jour de la Conférence internationale sur le sida et les MST en Afrique (ICASA/International Conference on AIDS and STIs in Africa). Au cours de cette conférence, des personnes infectées par le VIH, des cliniciens et des chercheurs spécialistes du SIDA ainsi que des membres d'organisations internationales et communautaires ont débattu de stratégies visant à développer les traitements contre le sida en Afrique.

Ce rapport est conçu pour aider les gouvernements et tous les acheteurs de médicaments contre le sida à se procurer de manière la plus efficace possible des antirétroviraux de qualité et à un coût abordable. L'aide à accorder aux programmes de traitement par antirétroviraux pour procurer des médicaments de qualité et à bon marché ne doit toutefois pas être négligée : en Afrique sub-saharienne, 1 % seulement des 4 millions des personnes qui en ont un besoin urgent de traitement bénéficie d'une thérapie par ARV. Dans le rapport MSF/OMS, l'expérience du Malawi est très révélatrice. MSF fournit, dans le cadre de son programme de traitement des malades du sida, des médicaments pour les malades du district de Chiradzulu, où 1 400 personnes reçoivent actuellement une trithérapie. Le Malawi fait partie des pays les moins développés et près de 16 % de sa population est touchée par le VIH. Le prix des ARV y est parmi les plus faibles au monde, s'élevant à 288 US$ par personne et par an. Ce résultat est le fruit de la concurrence que se livrent plusieurs fabricants des médicaments génériques, mais également à la volonté du gouvernement malawite d'enregistrer des ARV de premier plan. De plus, grâce au soutien du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et la malaria, les médicaments sont d'un prix relativement abordable et le gouvernement a ainsi été en mesure de développer un plan national de lutte contre le sida qui comprend le traitement des malades par ARV.

"Nous ne sommes plus totalement désemparés, à nous contenter de regarder nos patients mourir inutilement. Nous fournissons des ARV qui transforment la vie de nos patients", déclare Didakus Odhiambo, chef de mission du projet de MSF au Malawi."Nous savons que le nouveau programme gouvernemental touchera, à terme, un grand nombre de personnes atteintes du sida. Aujourd'hui, dans le projet MSF, nous utilisons notre expérience pour créer un modèle de traitement simplifié et décentralisé qui pourra être facilement reproductible dans des structures de santé."

Au Kenya, qui compte plus de 2 millions de personnes infectées par le VIH, les antirétroviraux génériques sont utilisés par des associations sans but lucratif, dont les projets MSF, qui soigne près de 800 personnes par trithérapie à Homa Bay, Busia et Nairobi. La prise en charge de chaque malade coûte 292 US$ par patient et par an. Mais ces traitements ne sont disponibles, à ce prix, que par le biais d'organismes à but non lucratif. Il n'est pas possible de se les procurer par l'intermédiaire du centre national d'approvisionnement du Kenya. Le rapport MSF/OMS indique clairement que le gouvernement du Kenya pourrait étendre l'accès aux ARV en les intégrant dans le système national de distribution des médicaments, comme c'est le cas au Cameroun.

"Il a été possible, dans les dix pays présentés dans le rapport, de fournir pour les projets MSF des antirétroviraux bon marché et de qualité, constate Sophie-Marie Scouflaire, principale rédactrice du rapport MSF/OMS. Mais bien souvent, en l'absence d'une stratégie gouvernementale d'approvisionnement, c'est MSF qui a établi des circuits d'approvisionnement à l'échelle du pays".

L'OMS a pour objectif de permettre à trois millions de personnes de recevoir un traitement ARV d'ici 2005. Ce programme particulièrement ambitieux ne sera possible que si le gouvernement s'engage clairement à mettre en oeuvre des programmes nationaux de traitement du VIH/sida, accompagnés de véritables politiques d'approvisionnement et de distribution de médicaments. Bien qu'essentiel, l'approvisionnement n'est qu'un élément de l'amélioration de l'accès au traitement. Il est également indispensable de simplifier le traitement et mettre en place des stratégies permettant de s'assurer qu'il bénéficie aux personnes qui en ont besoin.

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