Nelson Mandela soutient la campagne de MSF pour améliorer l'accès au traitement du sida en Afrique du Sud

Les malades du sida dans les pays en développement sont privés des innovations thérapeutiques qui pourraient leur sauver la vie. MSF refuse la pratique courante des sociétés pharmaceutiques qui commercialisent en Afrique en Asie et en Amérique Latin
©MSF

Ce jeudi 12 décembre, en Afrique du Sud, Nelson Mandela et MSF ont annoncé l'ouverture d'un nouveau programme de soins commun pour des malades du sida près d'Umtata, ville natale de Mandela.

Pendant la visite d'une clinique MSF traitant des patients atteints du sida à Khayelitsha, Mandela a exprimé son soutien au choix consistant à soigner les malades, en parallèle aux programmes de prévention, afin de protéger la vie des personnes infectées par le VIH et de réduire l'impact du virus. « En ne proposant pas de traitements, nous avons donné l'impression d'abandonner les jeunes qui sont malades et qui meurent. C'est une guerre. Cela signifie que nous devons tous nous lever et mobiliser la communauté internationale », a déclaré Mandela, après avoir écouté des patients  bénéficiaires du programme. « Donnez-moi les arguments qui me permettront de vous soutenir dans cette lutte pour des traitements pour tous » a-t-il ajouté, après avoir reçu un T-shirt « HIV Positive » des mains de Matthew Damane, un des premiers patients à avoir bénéficié des antirétroviraux (ARV) à Khayelitsha. Rappelant à Mandela son propre combat durant l'Apartheid, le docteur Fareed Abdullah, directeur du programme HIV dans la province du Western Cape, a déclaré : « Nous sommes déterminés comme vous l'étiez lorsque vous déclariez en 1961 que vous ne capituleriez pas. Il n'y a pas plus grande motivation que votre présence aujourd'hui.  Depuis plus d'un an, le programme sida à Khayelitsha a démontré non seulement qu'il était possible de soigner les patients atteints du virus dans des contextes de grande précarité, mais aussi que l'apport des antirétroviraux dans la bataille contre le sida changeait radicalement les perspectives quant à l'issue de la maladie. Le défi à relever aujourd'hui  est d'en faire bénéficier les quelques 600 000  personnes qui en ont besoin d'urgence en Afrique du Sud.

On estime à 6 millions le nombre des Sud-Africains touchés par la maladie. Or, seule une personne sur mille bénéficie aujourd'hui du traitement par antirétroviraux (ARV) au travers du Service public, la moitié d'entre eux étant suivie à la clinique de Khayelitsha. La Fondation Nelson Mandela a rassemblé récemment 26 acteurs prêts à démarrer un programme ARV. Cette mobilisation a mis à jour une véritable volonté de s'engager, mais aussi un manque criant de volonté politique et financière.

Le programme sida de Khayelitsha, une commune des environs de Cape Town où le taux de prévalence du virus est de 20 %, fournit des soins à plus de 3 000 personnes. 300 patients sont soignés grâce à des ARV génériques. « Les ARV ont changé ma vie. J'étais constamment malade ; aujourd'hui je me sens bien et je suis très impliquée dans la sensibilisation des autres face à la maladie », a déclaré Babalwa Tembani, 20 ans, une bénéficiaire du programme MSF qui a expliqué avoir contracté le virus après avoir été violée par son oncle à l'âge de 14 ans. « Mais je ne voudrais pas être l'une des trop rares personnes à avoir la chance de bénéficier d'un traitement. Il y a trop de gens qui meurent alors que des médicaments existent et qui peuvent sauver des vies ».

La clinique de Khayelitsha est le résultat d'un partenariat entre MSF, l'administration de la province du Western Cape et la coalition TAC (« Treatment Action Campaign »). Fondée en 2000, il s'agit du premier programme fournissant des ARV dans les services publics de santé du pays. Des signes d'amélioration de l'état de santé des patients sont déjà tangibles : 90 % d'entre eux ont une charge virale indétectable après trois mois de traitement, un chiffre qui reste constant au-delà des trois mois suivants, et qui démontre le bon suivi du traitement par les patients. Ceux qui sont sous traitement depuis 6 mois regagnent en moyenne 8,8 kilos. L'accès aux soins crée des conditions qui améliorent l'efficacité des programmes de prévention : ainsi, depuis l'introduction des ARV, conseils et dépistages volontaires sont passées de 1 000 par an en 1998 à plus de 12 000 en 2002.

Grâce aux médicaments génériques, MSF fournit la trithérapie pour un coût de 1 dollar  par patient et par jour, soit le quart du prix du même médicament acheté dans les pharmacies du secteur privé sud-africain. Toutefois, le coût du traitement pourrait encore diminuer, pour atteindre 0,20 dollars par jour.

« La crise du sida en Afrique est désespérante. Les gens qui vivent avec le sida n'en peuvent plus des promesses non tenues de la communauté internationale, et de n'entendre parler que de projets pilotes », a déclaré le docteur Eric Goemaere, chef de mission de MSF en Afrique du Sud. Une progression significative du nombre de patients sous traitement se fait attendre et ne sera possible qu'avec une volonté politique nationale et internationale. Avec la Fondation Nelson Mandela, nous espérons créer un autre programme en Afrique du Sud, qui montre le chemin à suivre pour augmenter considérablement le nombre de patients sous traitement ici et dans d'autres pays. »

Médecins Sans Frontières mène 12 programmes de soins par trithérapie dans 10 pays et traite 2 300 malades actuellement. De nouveaux programmes vont ouvrir en 2003.

Dossier spécial accès aux médicaments essentiels

Pour plus d'informations sur les difficultés concernant l'accès aux médicaments essentiels, consultez notre dossier spécial "Menace sur l'accès aux médicaments essentiels"

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