Liban: dans le Sud, des attaques et des destructions incessantes malgré le cessez-le-feu

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Unité médicale mobile MSF. Jebshit, Sud du LIban. Avril 2026 © Salam Kabboul/MSF

Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu le 17 avril dernier, et sa prolongation pour trois semaines supplémentaires, les attaques de l’armée israélienne se poursuivent dans le sud du Liban. Médecins Sans Frontières (MSF) constate que ces violences soumettent le système de santé libanais à une pression extrême, et que de nombreux civils meurent en raison de pénuries de matériel médical. 

L’armée israélienne mène des frappes aériennes quotidiennes et continue d’émettre des ordres d’évacuation, forçant le déplacement de milliers de personnes, tandis que la destruction totale de maisons et de villages se poursuit. 

Les blessés continuent d’affluer dans les hôpitaux du sud Liban, où les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) collaborent avec le ministère de la Santé. Entre le 18 avril et le 3 mai, 173 blessés ont été admis à l’hôpital Jabal Amel. Parmi eux, 145 n’ont pas survécu à leurs blessures.

« Nous avons constaté un large éventail de blessures graves depuis le début de ce prétendu cessez-le-feu », explique Thienminh Dinh, médecin urgentiste de MSF, qui partage ses journées entre l’hôpital de Qana et l’hôpital Jabal Amel, tous deux situés dans le district de Tyr (Sour). « Dans une seule famille, il y avait un tout-petit qui souffrait de lacérations au visage, sa sœur de quatre ans qui présentait des fractures ouvertes du crâne, des fractures des membres et des contusions pulmonaires. Leur père avait diverses blessures, et leur mère était également coincée sous les décombres de leur maison. » 

Des équipes médicales à bout de souffle 

« Les équipes médicales des deux hôpitaux travaillent jour et nuit pour traiter ces patients, dont les blessures vont de plaies mineures à des traumatismes beaucoup plus graves nécessitant des opérations chirurgicales complexes », ajoute la Docteure Dinh. 

À quelques kilomètres de là, les équipes de MSF observent une situation similaire dans les deux hôpitaux qu’elles soutiennent dans le district de Nabatiyeh. Entre le 26 avril et le 3 mai, ces hôpitaux ont accueilli 65 blessés, dont deux patients qui ont ensuite succombé à leurs blessures, ainsi que 26 personnes arrivées décédées.  

Malgré un soutien continu – et l’augmentation des capacités de soins d’urgence et du nombre de transferts en ambulance - les patients arrivent encore trop tardivement ou dans un état critique en raison de l’insécurité et des distances à parcourir pour accéder aux soins. Dans certains cas, les transferts entre hôpitaux sont eux aussi compliqués par l’insécurité sur les routes. Cependant, les équipes médicales n’ont souvent pas d’autre choix que de réorienter les patients en raison des pénuries de matériel médical essentiel, comme les poches de sang. Ainsi, la semaine dernière, à l’hôpital Najdeh Al-Shaabiyeh, deux patients grièvement blessés qui ont dû être transférés vers un autre hôpital faute de poches de sang sont morts pendant le transfert. 

En raison de l’ampleur des besoins, les équipes médicales du sud Liban sont contraintes de travailler jusqu’à 36 heures d’affilée, à un rythme intense, et doivent parfois coordonner plusieurs interventions chirurgicales simultanément sur un même patient, tant les besoins sont importants et les blessures sont graves. 

MSF adapte ses méthodes de travail afin de continuer à soutenir les équipes hospitalières, épuisées après plus de deux mois de frappes continues et un cessez-le-feu qui n’a apporté aucun répit. Les équipes de MSF assurent des gardes de nuit à l’hôpital de Qana, à Tyr (Sour), ainsi qu’à l’hôpital Najdeh Al-Shaabiyeh, à Nabatiyeh, afin d’aider à fournir des soins continus tout en réduisant la pression et la charge de travail des médecins résidents. 

La souffrance de la population ne cesse de s’aggraver   

Beaucoup d’habitants du sud Liban espéraient que le cessez-le-feu annoncé il y a trois semaines apporterait un certain soulagement. Mais la réalité est tout autre. « Nous n’avons aucune confiance dans ce cessez-le-feu, nous avons perdu tout espoir », confie Samia*, une femme déplacée du sud Liban qui vit désormais à Barja, une ville de la région du Chouf située à quelques kilomètres au nord du fleuve Litani. Elle est retournée chez elle dès l’annonce du cessez-le-feu, pour découvrir que sa maison était gravement endommagée. « Je n’allais déjà pas bien avant le cessez-le-feu, maintenant c’est cent fois pire. » 

Pour répondre aux besoins en santé mentale, nos équipes dans les gouvernorats de Nabatiyeh et du Sud augmentent le nombre et la fréquence des cliniques mobiles, pour atteindre les communautés les plus isolées ainsi que des familles revenues chez elles après l’annonce du cessez-le-feu, mais dont l’état psychologique se détériore. 

« Une réfugiée syrienne, amputée des deux jambes à la suite d’une frappe aérienne il y a quelques semaines, s’est réveillée en apprenant que son fils de huit ans avait été tué dans une frappe aérienne, tandis que sa fille souffrait de perforations intestinales causées par des éclats d’obus », raconte Thienminh Dinh. « Comment peut-on attendre d’une mère qu’elle supporte cela ? » 

Selon le ministère libanais de la Santé, 385 personnes ont été tuées et 685 autres blessées entre l’annonce du cessez-le-feu et le 4 mai. 

« Deux mois après l’escalade, la situation devient de plus en plus complexe, avec des formes de violence et de souffrance qui s’aggravent au fil du temps », déclare Jeremy Ristord, chef de mission de MSF au Liban. « Sans véritable protection et sans accès garanti aux soins, les civils qui ont été déplacés ne sont pas plus en sécurité là où ils sont. » 

*Le nom a été modifié pour protéger son identité. 

Notes

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