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La moitié des décès infantiles évitable grâce à des aliments adaptés

Une étude menée au Niger confirme que des suppléments nutritionnels de qualité doivent devenir l'un des piliers de la lutte contre la mortalité infantile. MSF demande aux Etats membres du G8 de s'engager à garantir une alimentation adéquate pour le
© Halimatou Amadou

Une étude menée au Niger confirme que des suppléments nutritionnels de qualité doivent devenir l'un des piliers de la lutte contre la mortalité infantile. MSF demande aux Etats membres du G8 de s'engager à garantir une alimentation adéquate pour les enfants les plus vulnérables.

Les résultats préliminaires d'une étude réalisée par Médecins Sans Frontières au Niger en 2010 montrent une mortalité inférieure de moitié chez des enfants ayant reçu un supplément nutritionnel adapté à leurs besoins. Ces résultats encourageants confirment l'importance de faire d'une supplémentation de qualité un élément central de tout programme pédiatrique, en particulier dans les principaux foyers de malnutrition dans le monde.

La malnutrition affaiblit le système immunitaire, et augmente le risque de décès des enfants face à d'autres maladies comme le paludisme, les infections respiratoires et les diarrhées. L'ajout de suppléments nutritionnels à l'offre de soins minimale, au même titre que la vaccination, le traitement et la prévention des principales causes de mortalité infantiles (paludisme, infections respiratoires et diarrhées) devrait ainsi permettre d'accélérer la baisse de la mortalité infantile.

L'année dernière à Muskoka, au Canada, les membres du G8 se sont engagés à réorienter leurs efforts ces cinq prochaines années, afin de diminuer les taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans de deux-tiers par rapport à ceux de 1990. MSF appelle les Etats membres du G8, qui vont se réunir cette semaine à Deauville, à s'engager à ce que des aliments adaptés soient mis à disposition des enfants les plus vulnérables.

« Nos stratégies préventives ont été basées sur l'accès à une alimentation adaptée aux besoins des enfants pendant la période la plus importante de leur croissance, entre 6 mois et 2 ans de vie. Nous n'avons pas attendu qu'ils aient déjà perdu du poids. Et nous avons observé que les taux de mortalité étaient inférieurs de la moitié chez ces enfants », explique le Dr. Isabelle Defourny, responsable des programmes MSF au Niger. « Si les bailleurs de fonds et les décideurs veulent vraiment réduire cette mortalité, ils doivent faire d'une alimentation complémentaire adaptée une mesure standard de tout programme pédiatrique dans les foyers de malnutrition dans le monde ».

Ces dernières années, MSF a mis au point des stratégies de prévention de la malnutrition, basées sur la distribution de suppléments nutritionnels de qualité, afin de réduire l'impact de la mortalité dans les principaux foyers de malnutrition, comme les pays du Sahel. Cette région présente des taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde.

En 2010, alors qu'une grave crise nutritionnelle sévissait au Niger, les autorités locales, MSF et Forsani (Forum Santé Niger), une ONG nigérienne, ont mis en place une distribution de suppléments nutritionnels sans précédent, afin de prévenir la survenue de la malnutrition chez les jeunes enfants.

Entre juillet et décembre 2010, environ 150.000 enfants, pour la plupart âgés de 6 mois à 2 ans, ont reçu trois à six rations mensuelles d'une pâte prête à l'emploi, riche en lait, minéraux et vitamines. Les distributions ont eu lieu dans cinq districts des régions de Tahoua, Maradi et Zinder. Certains des enfants ont également bénéficié de distributions de 'rations de protection' (principalement céréales et farines enrichies), fournies par le Programme Alimentaire Mondial.
Les zones où les distributions ont eu lieu disposaient d'une offre de soins de santé pédiatriques pour le traitement des pathologies les plus courantes, comme le paludisme, pour tous les enfants, bénéficiaires des distributions ou non.

Une étude, réalisée par Epicentre - le centre de recherche épidémiologique de MSF - indique que le taux de mortalité était 50% inférieur dans le groupe recevant des suppléments nutritionnels adaptés aux besoins spécifiques des enfants en pleine croissance*.

« L'accès des enfants en bas âge à une alimentation variée et de qualité a été l'un des principes à la base des programmes de réduction de la malnutrition et de la mortalité des enfants en Europe, en Amérique Latine et aux Etats-Unis », précise le Dr. Susan Shepherd, spécialiste en nutrition et pédiatrie à MSF. « Il faut arrêter d'appliquer des mesures différentes pour les enfants qui vivent dans les pays les plus touchés par la malnutrition. On peut sauver ces enfants, à condition d'investir dans des programmes comme celui que nous avons mis en place l'année dernière au Niger ».

Aujourd'hui, le développement d'une nouvelle génération de suppléments nutritionnels, simples à utiliser et adaptés aux enfants vulnérables, permet d'établir un nouveau standard dans la lutte contre la mortalité infantile.

 



Epicentre, le centre de recherche et d'études épidémiologiques de MSF, a effectué des relevés mensuels au sein de plusieurs milliers d'enfants en bas âge dans les zones de distribution.

Dans le district de Madarounfa, dans la région de Maradi, le taux de mortalité parmi les bénéficiaires était de 2,2 décès par 10 000 enfants et par jour, alors qu'il était de 5,3 décès par 10 000 enfants et par jour parmi ceux qui n'avaient pas reçu de suppléments. Guidan Roumdji, toujours à Maradi, les taux de mortalité étaient respectivement de 1,1 par 10 000 et par jour, contre 2,5 par 10 000 et par jour. A Mirriah, dans la région de Zinder, les taux étaient respectivement de 1,2 par 10 000 et par jour et de 3,2 par 10 000 et par jour.

Tous les enfants ont également bénéficié d'un dépistage de la malnutrition et d'autres maladies. Ceux nécessitant une prise en charge médicale ont été transférés vers les centres de santé gérés par MSF et ses partenaires au sein des structures de soins nigériennes.

Les activités MSF au Niger en 2010

En 2010, en plus des activités de prévention de la malnutrition, MSF et ses partenaires FORSANI et BEFEN / ALIMA ont mis en place des programmes pédiatriques et nutritionnels dans 64 structures de soins primaires et 9 hôpitaux du Niger, dans les régions de Tahoua, Maradi et Zinder. Environ 150 000 enfants souffrant de malnutrition y ont été soignés, soit presque la moitié du total des enfants malnutris pris en charge dans le pays au cours de l'année. 24 000 enfants ont nécessité une hospitalisation dans le cadre de leur réhabilitation nutritionnelle. Près de 9 enfants sur 10 ont pu être guéris. MSF et ses partenaires ont également pris en charge 216 330 cas de paludisme parmi les enfants de moins de 5 ans, effectué plus de 370 000 consultations pédiatriques et offert des soins hospitaliers à plus de 13 000 enfants.

 

Campagne « Starved for Attention - Nouveau regard sur la malnutrition »

Pour montrer les différentes stratégies actuelles de lutte contre la malnutrition, leurs succès et leurs limites, MSF a lancé la campagne « Starved for Attention - Nouveau regard sur la malnutrition » en partenariat avec l'agence photos VII.

Cette campagne propose sept reportages des photographes Marcus Bleasdale, Jessica Dimmock, Ron Haviv, Antonin Kratochvil, Franco Pagetti, Stephanie Sinclair et John Stanmeyer, qui se sont rendus dans des programmes nutritionnels gérés par MSF et dans d'autres pays touchés par la malnutrition.

Leur travail a été présenté à Paris en octobre 2010 lors d'une exposition itinérante, mais également à New York, Milan, Toronto, Abidjan, Rome...

La campagne est accompagnée d'une pétition internationale pour demander aux pays donateurs de réformer la qualité de l'aide alimentaire. Des centaines de milliers de personnes ont déjà signé la pétition sur www.starvedforattention.org. MSF continue de se mobiliser jusqu'à la Journée Mondiale de l'Alimentation, le 16 octobre prochain, date à laquelle ces signatures seront rendues publiques.

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