Des déplacés au désespoir dans le nord-ouest de la Syrie

Despair and displacement in wintery northwest Syria
Distributions dans un camp situé dans la zone de Jebel Harem. Construit en 2019, il abrite environ 400 familles déplacées. ©MSF

L’offensive militaire du gouvernement syrien et de ses alliés sur le sud de la province d'Idlib a entraîné un exode massif de civils, qui fuient les bombardements aériens, les tirs d’artillerie et les attaques au sol. Le nord de la province d'Idlib, près de la frontière turque, abritait déjà environ 1,5 million de personnes vulnérables. Selon l'ONU, plus de 300 000 personnes ont fui leur foyer, principalement dans le sud de la province d'Idlib, depuis le 1er décembre. La surpopulation, le manque d’abris, les températures glaciales et une aide humanitaire sous-dimensionnée rendent leur situation particulièrement difficile.   

« Malgré les températures hivernales, les gens nous disent qu'ils redoutent le soleil, explique l'un des responsables logistiques de MSF. Ils le considèrent comme un mauvais signe. Ils disent que les avions bombardent lorsque le ciel est dégagé, ils préfèrent donc les jours froids, nuageux et pluvieux. Les prévisions météorologiques pour les prochains jours annoncent du soleil ».

Plusieurs hôpitaux ont été bombardés et ont cessé leurs activités, notamment l'hôpital Maarat al Numan qui est le plus grand hôpital dans le sud de la province d'Idlib. D'autres hôpitaux ont été évacués parce que les combats se rapprochaient. Les hôpitaux situés plus au nord sont débordés et MSF a donné du matériel médical à certains d’entre eux pour faire face à l’augmentation de leur activité.

A mesure que des familles déplacées arrivaient par vagues, les équipes mobiles de MSF ont étendu leurs activités pour distribuer des couvertures et des blocs de combustible fabriqués localement, une équipe d'ingénieurs s’est impliquée pour creuser des latrines dans les zones où se concentrent les familles récemment arrivées, et les quantités d'eau potable fournies ont été augmentées.

Le camp de Deir Hassan, dans le district d’Ad Dana, comprend plusieurs sites où plus de 11 000 personnes sont arrivées au cours des trois dernières semaines. Ces nouveaux déplacés n'ont reçu qu'un petit kit de nourriture d'urgence, mais pas d'abri, ni d'appareils de chauffage. Une mère de quatre enfants a expliqué que sa famille et une autre famille de six personnes ont réuni tout leur argent pour acheter une tente car ils ne pouvaient pas laisser leurs enfants dehors par un froid pareil. La situation globalement est très précaire. Pour fournir des soins de santé primaire, une équipe mobile de MSF intervient dans le camp de Deir Hassan.

Plus à l'ouest, dans le district de Harem, une zone montagneuse du nord de la province d'Idlib, une équipe MSF a fourni, le 7 janvier, des secours à 52 familles qui venaient d’arriver. Elles avaient fui un camp de déplacés plus proche des lignes de front et pour certaines familles, c’était la troisième ou la quatrième fois qu'elles avaient dû fuir les violences. « Avec plus d'un million de personnes déplacées dans la région, le manque d'abris et la dépendance quasi-totale à l'aide sont des problèmes cruciaux, explique Cristian Reynders, coordinateur du projet MSF dans le nord Idlib.  En plus, l'inflation des prix pour les produits alimentaires est telle que les gens, qui ont peu de possibilités de gagner de l’argent, s'endettent et deviennent au fil du temps totalement tributaires de l'aide ».

« Il y a beaucoup de tristesse et de désespoir dans ces camps, poursuit le responsable logistique de MSF. J'ai parlé à un homme qui attendait son tour pour une distribution, et je lui ai demandé ce qu’il espérait, ce qu’il pensait faire. Sa voix s’est brisée quand il m’a dit que son plus grand souhait était que ce soit la dernière fois que lui et sa famille fuient ».

Dans le nord de la province d'Idlib, quatre équipes mobiles de MSF donnent des consultations médicales dans plus de 15 camps et campements informels. Environ 4500 consultations sont données par mois, la moitié des patients étant des enfants de moins de 15 ans. Les infections respiratoires sont la pathologie la plus courante tandis que les patients, arrivés depuis peu, souffrent de troubles psychologiques. Beaucoup de références à l’hôpital sont aussi nécessaires, pour des patients avec des blessures de guerre infectées ou d’autres atteints de maladies chroniques qui sont restés trop longtemps sans médicaments.

La frontière turque est fermée aux Syriens, sauf pour certaines urgences médicales. Avec l'offensive menée par le gouvernement syrien, les lignes de front, avec leur cortège de violences, bougent  vers le nord en direction des deux autoroutes qui vont d’est en ouest et du nord au sud de la province d’Idlib. Résultat : les personnes déplacées se retrouvent dans un espace qui se réduit en permanence, car la précédente offensive menée par l’armée syrienne et ses alliés avait provoqué des déplacements massifs de populations. De nombreuses organisations s’efforcent d’apporter une aide dans le nord de la province d'Idlib, mais celle-ci atteint ses limites face aux besoins grandissants. Le besoin d'une aide d'urgence est toujours aussi élevé dans la province d’Idlib.

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