Syrie : aucun endroit sûr pour les civils d’Idlib

Syria: Situation in Idlib deteriorates dramatically IDP Deir hassan
Deir Hassan, Syrie, le 21 mai 2019. MSF gère une clinique mobile dans le camp de réfugiés (déplacés internes) de Deir Hassan, au Nord d'Idlib. En deux mois, le camp a accueilli 10 500 personnes de plus suite aux bombardements qui ont eu lieu dans le sud d'Idlib et le nord d’Hama. ©MSF

Depuis mi-décembre le gouvernement syrien et ses alliés ont intensifié leur offensive sur la province d’Idlib, contrôlée par des groupes rebelles. Les bombardements quotidiens font des victimes parmi les civils et précipitent des dizaines de milliers de personnes sur les routes.

Alors que les forces loyales au gouvernement cherchent à reconquérir le dernier territoire lui échappant encore, les civils se massent le long de la frontière. Mais les camps à la frontière syro-turque sont saturés. Et la sécurité  que les déplacés pensaient trouver à la frontière n’est plus assurée. Hakim Khaldi, chef de mission MSF pour la Syrie de retour du terrain, revient sur l’attaque d’un camp de déplacés survenue le mois dernier dans la province d’Idlib.

 

Dans le nord-ouest de la Syrie, le conflit se poursuit entre l’armée syrienne soutenue par la Russie et des groupes armés rebelles de différentes mouvances. Mais que s’est-il passé à Qah, le 20 novembre dernier ?

Un missile a visé le camp de déplacés de Qah dans la soirée du 20 novembre. Ce camp qui existe depuis 2012 abritait quelque 4 000 personnes déplacées. Il se trouve dans la province d’Idlib, à cinq kilomètres de la frontière turque. Cette attaque a fait 12 morts, dont huit enfants, et 58 blessés, selon le Département de la Santé d’Idlib.

De nombreuses familles ont eu leurs tentes brûlées ou en partie détruites par le feu. Se retrouvant sans abris, elles sont parties dans d’autres camps. Des familles s’étaient déjà déplacées à plusieurs reprises de site en site avant d’arriver à Qah où elles pensaient être en sécurité. Se sentant en danger, un grand nombre de personnes déplacées se sont réfugiées dans des camps encore plus proches de la frontière à Atmeh ou chez des proches.

Dans l’hôpital MSF à Atmeh, une équipe était prête à apporter une aide à la prise en charge des personnes blessées dans cette attaque. Mais finalement les blessés ont été envoyés dans d’autres hôpitaux de la région. La ville de Qah a d’ailleurs aussi été bombardée le 20 novembre au soir et la maternité a été en partie endommagée.

Qu’a de particulier cette attaque sur un camp de personnes déplacées ?

Ce bombardement constitue un événement exceptionnel. Pour la première fois, une zone proche de la frontière a été touchée, une zone où les gens se sentaient en sécurité justement du fait de cette proximité avec la frontière.

Jusque-là, la proximité de la frontière apparaissait comme une protection pour les civils. Maintenant ce que l’on croyait être un lieu sûr ne l’est plus. Pour les hôpitaux aussi, la proximité de la frontière est importante. Ceux qui se trouvent près du territoire turc, comme l’hôpital MSF à Atmeh ont été jusqu’ici épargnés, à la différence des autres structures médicales. MSF a ouvert en 2012 cet hôpital qui est le seul aujourd’hui où les brûlés peuvent être soignés dans les territoires du nord-ouest tenus par l’opposition. L’activité a pu y être maintenue tout au long de ces années car ce territoire frontalier est resté à l’abri des bombardements.

 

Qu’en est-il dans le reste de la province d’Idlib ? 

L’armée syrienne et son allié russe ont mené une grande offensive de fin mars à fin août, dans le sud de la province d’Idlib contre le groupe djihadiste de HTS et d’autres groupes « terroristes » pour reprendre la terminologie des autorités syriennes, des structures  médicales, des écoles, des mosquées et des marchés ont été bombardés. Il est très fréquent que des structures médicales soient bombardées. Entre le 1er mars et le 24 août dernier, 34 dispensaires, centres médicaux et hôpitaux ont été bombardés dans la province d’Idlib et les régions limitrophes dans les provinces d’Hama et d’Alep, selon l’Information Management Unit, une ONG syrienne qui recueille des données relatives à l’aide.

Cette offensive avait aussi provoqué des déplacements de populations vers le nord de la province d’Idlib où les bombardements sont plus sporadiques. Nos équipes qui dispensent des soins de santé dans des camps informels de la zone de Deir Hassan avaient vu un afflux de personnes déplacées tout au long de l’offensive. Puis lorsqu’un cessez-le-feu a été déclaré unilatéralement par les autorités russes, le 31 août, des familles qui avaient fui sont reparties vers le sud. Mais depuis les bombardements ont repris.

Alors que les habitants de la région d’Idlib s’attendaient à voir une accalmie avec l’ouverture, début octobre, d’un nouveau front dans le nord-est du pays, il n’en a rien été. De fait, la Turquie a lancé une opération militaire pour mettre en place une zone tampon le long de la frontière. Et les forces armées syriennes avec leurs soutiens sont mobilisées dans cette région du nord-ouest de la Turquie. Mais cela ne s’est pas traduit pour autant par un arrêt des bombardements du côté d’Idlib. Ainsi, début décembre, des marchés ont de nouveau été pris pour cible à Saraquib et Maarat el-Nouman. Et ces attaques meurtrières sur des zones densément peuplées terrorisent les populations civiles.

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