De grandes organisations médicales se mobilisent pour que les malades de la tuberculose bénéficient enfin de nouveaux traitements

Le projet EndTB qui associe Partners In Health (PIH) Médecins Sans Frontières (MSF) Interactive Research and Development (IRD) avec le soutien financier d’UNITAID ambitionne de transformer radicalement la prise en charge des formes multi résistantes
©Manu Brabo

Le projet EndTB, qui associe Partners In Health (PIH), Médecins Sans Frontières (MSF), Interactive Research and Development (IRD), avec le soutien financier d’UNITAID, ambitionne de transformer radicalement la prise en charge des formes multi-résistantes de la tuberculose (TB-MDR) d’ici 2019.

2 600 patients atteints de TB-MDR répartis dans 16 pays devraient ainsi bénéficier des deux seuls nouveaux médicaments contre la tuberculose mis au point ces 50 dernières années, la bédaquiline et le délamanide. Un essai clinique sera également mené sur plus de 600 patients TB-MDR, afin de tester de nouvelles combinaisons thérapeutiques qui permettront la mise au point de traitements beaucoup plus courts et mieux tolérés que les traitements actuels. Si elles s’avèrent suffisamment sûres et efficaces, ces thérapies révolutionneront donc la vie des malades.

La bédaquiline et le délamanide ont été enregistrées il y a plus d’un an. Mais ils sont administrés presqu’uniquement aux patients pour lesquels il n’y a pas d’autre solution thérapeutique, sur autorisation du fabricant au cas par cas.  Dans le monde entier, moins de mille personnes ont ainsi eu accès à la bédaquiline, et à peine une dizaine de personnes au délamanide, sur les centaines de milliers de malades atteints de tuberculose multi-résistante pour lesquels un usage adapté de ces molécules représente un espoir sans précédent.

« Le principal obstacle aujourd'hui, c'est le manque de connaissances autour de ces médicaments. Beaucoup des pays où vivent les patients qui en auraient besoin n’ont pas la capacité d’organiser le suivi renforcé des effets secondaires, indispensable à leur utilisation, explique le Dr Aamir Khan, responsable du projet endTB pour IRD. Aussi, la bédaquiline et le délamanide ne sont souvent pas enregistrés dans ces pays. Enfin, même dans ceux où ils sont enregistrés, les mécanismes d'approvisionnement sont extrêmement lents et compliqués ».

Le traitement de la tuberculose simple (TB) consiste en un mélange de différents antibiotiques pendant six mois. La tuberculose multi-résistante (TB-MDR) est une forme de TB dans laquelle le bacille est devenu résistant au moins aux deux antibiotiques les plus efficaces, la rifampicine et l'isionazide. Dans la forme extrême de TB-MDR, appelée ultrarésistante (TB-XDR), la maladie est devenue résistante aux médicaments de deuxième ligne aussi.

Parmi les 500 000 malades de TB-MDR qui apparaissent chaque année, environ 10% présentent une forme ultrarésistante. Aujourd’hui, très peu de médicaments se révèlent efficaces pour ces patients. Ils doivent être associés dans des traitements qui durent jusqu'à deux ans, provoquent des effets secondaires graves et ne donnent des résultats positifs que dans seulement 50% des cas pour la TB-MDR, et dans moins de 20% pour la TB-XDR.

« Tous les jours, nous voyons à quel point  les traitements dont nous disposons actuellement pour la TB-MDR sont longs, pénibles et inefficaces, décrit le Dr Michael Rich, responsable du projet endTB à PIH. Cela fait des décennies que nous attendons de nouveaux outils pour combattre cette maladie. Aujourd’hui nous avons la possibilité de prendre le dessus sur la tuberculose, à condition d’agir rapidement, et de fixer le cadre qui permettra d’utiliser les nouveaux médicaments de la façon la plus efficace et la plus adaptée ».

Pour les patients TB-MDR qui ont eu accès à la bédaquiline à titre compassionnel, les résultats sont très encourageants : en Arménie par exemple, au bout de 6 mois de traitement dans le cadre d'un projet soutenu par MSF, 85% des patients ne présentent plus le bacille de la TB dans leurs crachats, signe qu’ils vont mieux et qu’ils ne sont plus contagieux.

« Ces médicaments sont un espoir pour les patients et les soignants. Mais les médicaments seuls ne sont qu'une demi-victoire, précise le Dr Francis Varaine, responsable du projet endTB à MSF. Nous devons récolter plus d'éléments, entre autres sur leur sûreté, leur efficacité lorsqu'ils sont associés à d’autres molécules, ainsi que sur la durée idéale du traitement et les effets secondaires. Ce n’est qu’à ces conditions que nous pourrons vraiment changer la donne dans la lutte contre la TB-MDR ».

« Ce projet va aider à mettre au point des traitements contre la TB-MDR plus efficaces et moins lourds, contribuant ainsi à ralentir la propagation de la maladie, explique Lelio Marmora, directeur général d’UNITAID. Nous voulons favoriser l’introduction d’innovations dans la lutte contre la tuberculose, dont ces nouveaux médicaments, dans un contexte où le nombre de cas détectés a augmenté de 300% depuis 2009 ».


 

Informations complémentaires sur le projet

Le projet endTB sera officiellement lancé le 1er avril, et va durer quatre ans. Il est financé par UNITAID dans la limite de 60,4 millions de dollars. Au moins 2 600 patients TB-MDR vont recevoir les nouveaux médicaments anti-tuberculose (bédaquiline ou délamanide) dans 16 pays : Arménie, Bangladesh, Biélorussie, Corée du Nord, Ethiopie, Géorgie, Kazakhstan, Kenya, Kirghizistan, Inde, Indonésie, Lesotho, Myanmar, Népal, Pakistan and Pérou.
Chaque patient bénéficiera d'un suivi médical rapproché dans le but d’évaluer sa réponse au traitement et d'éventuels effets secondaires.

L'essai clinique va se dérouler dans cinq sites (en cours de définition), et visera à déterminer l'innocuité et l'efficacité de plusieurs traitements 'simplifiés' contre la TB-MDR, chacun contenant l'un des deux nouveaux médicaments. Les premiers patients seront inclus au cours du deuxième semestre 2015. L'évaluation de traitements combinant bédaquiline et délamanide pourrait faire l'objet d'une phase ultérieure de l'essai, si des études en cours ne montrent pas de contre-indications.

Le projet vise également à lever les obstacles qui freinent l’adoption des nouveaux médicaments anti-TB dans les pays, en fournissant des éléments scientifiques à même d’accélérer l'enregistrement, le plaidoyer pour la mise en place de systèmes d'approvisionnement plus simples et rapides, et la mise à disposition d'éléments permettant d'élargir les recommandations de l'OMS au sujet de l'utilisation de ces nouveaux médicaments.

La bedaquiline (Sirturo™) et le délamanide (Deltyba™) sont les deux premiers médicaments mis au point contre la tuberculose depuis près de 50 ans. Ils sont produits respectivement par les laboratoires Janssens et Otsuka. L'utilisation de la bédaquiline pour le traitement de la TB-MDR chez l'adulte a été autorisée par la Food and Drug Administration (FDA) américaine fin 2012. Le délamanide a reçu une recommandation L’autorisation provisoire de mise sur le marché par l'Agence européenne du médicament (AME) en novembre 2013. Les deux médicaments ont montré une efficacité contre la tuberculose lors d'essais de phase II. Un essai clinique de phase III du délamanide est en cours. 

Les acteurs du projet EndTB

UNITAID est une organisation de santé mondiale qui dont les investissements visent à apporter des innovations à la réponse globale contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, afin de rendre les efforts contre ces maladies plus efficaces et efficients. Depuis sa création en 2006, UNITAID a investi plus de 260 millions de dollars dans la TB-MDR. Ses investissements actuels se concentrent autour d’un meilleur accès aux nouveaux médicaments contre la TB-MDR, à travers le projet endTB, tout en continuant de promouvoir un accès aux médicaments déjà existants par le Strategic Rotating Stockpile, l’augmentation des capacités de dépistage de la TB et de ses formes résistantes, par les projets EXPAND-TB et TBXpert, et l’introduction de médicaments adaptés aux enfants pour le demi-million de cas de tuberculose enregistrés chaque année.

Médecins Sans Frontières (MSF) est une organisation humanitaire médicale internationale qui fournit une aide d'urgence aux populations victimes de conflits, épidémies, catastrophes naturelles ou manque d'accès aux soins. MSF mène actuellement des projets dans près de 70 pays à travers le monde.
MSF prend en charge des patients atteints de tuberculose depuis 30 ans, et a ouvert son premier projet de traitement de la TB-MDR en 1999. Aujourd'hui, MSF est l'un des principaux acteurs dans le traitement de ces formes de la maladie. En 2013, MSF a pris en charge 29,900 patients atteints de tuberculose dans le monde, dont 1,950 atteints d'une tuberculose résistante.
MSF donne aujourd'hui accès à la bédaquiline et au délamanide à 75 patients en Arménie, Géorgie et au Kenya.

Partners in Health (PIH) est une organisation de santé mondiale engagée dans l’amélioration de la Santé des plus pauvres et des plus marginalisés. PIH renforce les capacités locales et travaille étroitement avec les communautés en détresse afin d’apporter des soins de qualité, s’attaquer aux causes de la maladie, former du personnel de santé, faire avancer la recherche, et plaider pour des changements dans la santé globale.
PIH est intervenue pour la première fois dans le traitement de la TB-MDR en 1995. Depuis, elle a mis en place des projets de traitement communautaires de la TB-MDR dans plusieurs pays, dont le Pérou, la Russie, Haïti, le Lesotho et le Kazakhstan.

Interactive Research and Development (IRD) est une organisation de santé et de recherché mondiale basée à Dubaï. Elle travaille dans 15 pays, dont des pays à haute prévalence de TB-MDR, comme le Pakistan, l’Indonésie et le Bangladesh. L’équipe de IRD promeut des innovations dans les processus et les technologies pour combler les gaps existants dans l’accès à la santé dans le monde. Ceci passe par l’utilisation d’innovations dans le marché de la santé, comme les modèles de social business, pour encourager des cliniciens à prendre en charge les maladies pulmonaires et le diabète ; l’utilisation de primes basées sur les résultats pour les travailleurs communautaires en charge du dépistage et du soutien au traitement; des mécanismes d’encouragement à l’observance des traitements; et l’utilisation de plateformes d’information open-sourcequi permettent un suivi rapproché des soins aux patients et de la qualité des projets.

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