Yemen : l’accès aux soins se réduit de façon alarmante pour les enfants malnutris

Rising levels of Malnutrition in Yemen
Yasmine Al Shara’abi, travailleuse sociale de MSF, s'entretient avec une patiente. Centre thérapeutique d’alimentation intensive (ITFC) soutenu par MSF. Hôpital Général d’Abs. Yemen. Avril 2026 © Majdi Al Adani/MSF

Au sein des structures soutenues par MSF au Yémen, les prises en charge d'enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère ont fortement augmenté entre janvier et juin 2026. Les équipes MSF ont pu constater que de plus en plus d’enfants arrivent dans les structures de santé dans un état déjà critique. La dégradation des conditions de vie et la réduction de l’accès aux soins aggravent la vulnérabilité des familles et des enfants dans la région. 

À l’hôpital Al-Salam, soutenu par MSF à Khamer, dans le nord du Yémen, entre janvier et juin 2026, 1 296 enfants souffrant de malnutrition et présentant des complications médicales, notamment la rougeole, ont été pris en charge contre 798 sur la même période en 2025, soit une hausse de 62 % en un an. Sur la même période les centres ambulatoires de prise en charge nutritionnelle thérapeutique de l’hôpital ont également traité 1 775 enfants souffrant de malnutrition, dont 1 251 atteints de malnutrition aiguë sévère et 524 de malnutrition aiguë modérée. 

Si les admissions pour malnutrition augmentent généralement en avril, à l’approche de la période de soudure agricole au Yémen, la hausse particulièrement marquée observée cette année semble traduire une situation qui dépasse les seules difficultés saisonnières. Les conditions de vie se sont fortement dégradées et l’accès au soin se réduit. 

Un accès au soin qui devient de plus en plus difficile 

Pour les familles vivant dans les zones rurales, l’accès aux soins est depuis longtemps entravé par les longues distances, le mauvais état des routes et le coût des transports. Mais ces obstacles se multiplient aujourd’hui. Les importantes coupes dans le financement humanitaire contraignent de nombreux programmes de santé et de prise en charge de la malnutrition à réduire leurs activités, voire à fermer, notamment dans le nord du Yémen. Résultat, moins de services disponibles à proximité, des trajets plus longs pour accéder aux soins et un risque accru de retarder la prise en charge d’enfants dont l’état peut se dégrader rapidement.   

À l’hôpital Al-Salam, une mère raconte à MSF le long trajet qu’elle a dû entreprendre avec sa petite fille de trois mois. Pendant quatre jours, son enfant souffrait de diarrhées et de vomissements. Son état se dégradait rapidement. Pourtant, à Al Jawf, où la famille vit, elle n’a pas pu accéder aux traitements nécessaires. « Mon bébé était sur le point de mourir », raconte-t-elle. « Un médecin m’a conseillé de me rendre à l’hôpital Al-Salam, où les services médicaux sont gratuits ». Son mari travaillant loin du domicile, elle n’avait personne pour les accompagner. Elle a donc pris la route seule avec son bébé. « Nous avons voyagé d’Al Jawf à Sanaa, la capitale, puis jusqu’à Khamer. Il nous a fallu huit heures pour atteindre l’hôpital. Voir mon bébé aller de plus en plus mal alors que l’aide était si loin était déchirant. Chaque heure était une course contre la montre. » 

Et son cas n’est pas isolé. Les enfants arrivent de plus en plus tard, et dans un état critique.  

Des complications médicales qui pourraient être évitées 

Lorsque l’accès aux soins est retardé, des problèmes de santé qui auraient pu être pris en charge rapidement peuvent évoluer en complications graves, voire mettre la vie des enfants en danger.  

À l’hôpital général d’Abs, dans le nord-ouest du Yémen, soutenu par MSF, Yara Ali, âgée d’un an, a déjà été admise à six reprises ces derniers mois. La petite fille souffre d’infections pulmonaires récurrentes, accompagnées de fièvre, de vomissements et de difficultés à respirer, à s’alimenter ou à téter. « Chaque fois que j’amène Yara à l’hôpital d’Abs, elle reçoit les soins dont elle a besoin et se rétablit », raconte sa mère.  

À l’hôpital général d’Abs, les équipes de MSF ont pris en charge 1 245 enfants souffrant de malnutrition entre janvier et juin 2026, dont beaucoup sont arrivés avec des complications médicales. 

Après plus d’une décennie de conflit et de déclin économique, la malnutrition continue de toucher durement les enfants à travers le Yémen et les services capables d’y répondre se réduisent. 

Une crise qui s’aggrave alors que les services de santé se réduisent 

Entre janvier et juin 2026, dans les structures soutenues par MSF à Mocha, dans le gouvernorat de Taïz ainsi qu’au centre de soins de santé primaires d’Al-Khawkhah, dans le gouvernorat d’Al Hudaydah, 4 909 enfants ont été diagnostiqués avec une malnutrition aiguë. Parmi eux, 1 637 souffraient de malnutrition aiguë sévère et 3 236 de malnutrition aiguë modérée.  

Dans le gouvernorat d’Al Hudaydah, sur la côte ouest du pays, les équipes de MSF constatent notamment une forte hausse des admissions d’enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère accompagnée de complications médicales. En seulement six mois, elles ont déjà pris en charge plus de la moitié du nombre total de cas enregistrés sur l’ensemble de l’année 2025. 

Or, dans certaines zones des gouvernorats de Hajjah et d’Al Hudaydah, plusieurs organisations ont dû interrompre leurs activités ou réduire leurs services. Certaines structures de santé fonctionnent désormais avec moins de personnel ou sans disposer des fournitures nécessaires.  

La situation est également préoccupante chez les femmes enceintes et les mères. Les admissions liées à la malnutrition maternelle sont passées de 689 cas sur l’ensemble de l’année 2025 à plus de 1 260 cas en seulement six mois en 2026. Cette forte progression témoigne de l’aggravation de la malnutrition chez les femmes et fait peser des risques accrus sur leur santé et celle de leurs nouveau-nés, notamment en augmentant le risque de naissance prématurée. 

« Nos équipes soignent des enfants aujourd’hui, mais nous ne voyons que la partie émergée de l’iceberg», explique Ainur Absemetova, cheffe de mission de MSF au Yémen. « La crise de la malnutrition au Yémen nécessite un financement durable, un soutien flexible de la part des donateurs et des partenariats renforcés pour répondre à l’ampleur des besoins. »  

La réponse humanitaire au Yémen souffre depuis plusieurs années d’un sous-financement chronique, encore aggravé par d’importantes réductions de l’aide internationale depuis 2025, notamment par les coupes dans l’aide financée par les États-Unis et les réductions opérées par d’autres bailleurs.  

Notes

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