Yémen : à Marib, des milliers de déplacés menacés par l’intensification des combats

Un enfant se fait vacciner à l'intérieur de l'une des cliniques mobiles de MSF, Marib, mars 2021.
Un enfant attend pour se faire vacciner à l'intérieur de l'une des cliniques mobiles de MSF, Marib, mars 2021. © Nuha Haider/MSF

Les combats se sont intensifiés à Marib, l’une des dernières grandes villes tenues par les forces loyalistes dans le nord-ouest du Yémen. Longtemps considérée comme l’un des endroits sûrs de la région, Marib compte 134 camps qui regroupent des personnes déplacées à cause des violences, des migrants africains bloqués au Yémen et des membres d'une communauté minoritaire et vulnérable connue sous le nom d'Al-Muhamasheen. L’intensification des combats menace leur sécurité.

Avant le début du conflit en mars 2015, Marib abritait près de 400 000 personnes selon les autorités locales. Aujourd'hui, la ville accueille près de 2,7 millions de personnes, dont de nombreux déplacés à la recherche d’un lieu pour vivre en sécurité.

Ces dernières semaines, les lignes de front se sont déplacées vers l'est du gouvernorat. Le 8 février, les combats se sont intensifiés dans le district de Sirwah, à l'ouest de Marib, entraînant un grand nombre de blessés et obligeant quelque 10 000 personnes à fuir. Environ 600 familles se sont installées dans un camp à environ 20 km de la ville. Les équipes MSF ont soutenu les hôpitaux locaux avec des donations de médicaments, afin de les aider à faire face à l'afflux de blessés. Elles ont également dispensé des soins de santé primaires aux personnes nouvellement déplacées.

Um Marzouk, mère de cinq enfants, a été déplacée à cinq reprises à cause du conflit. La jeune femme de 30 ans, originaire de Nehim dans la province de Sana’a, vit désormais avec sa famille dans le camp d'Al-Sweida, à 5 km de Marib. « On ne pense même plus à retourner chez nous, à Nehim, car tout a été complètement détruit, raconte Um Marzouk. Deux de mes enfants sont nés dans des camps différents et c'était tellement difficile - j'ai accouché sans aucune aide médicale. »

Comme Um Marzouk, ils sont des milliers à avoir trouvé refuge à Marib au cours des six dernières années et viennent principalement des gouvernorats d’Al-Jawf, Saada, Hajjah, Hodeidah et Sana’a.

Le camp de déplacés d'Al Noor est l'un des plus importants de Marib. MSF y fournit des soins de santé primaire deux fois par semaine, grâce à sa clinique mobile. Marib, mars 2021.
 © Nuha Haider/MSF
Le camp de déplacés d'Al Noor est l'un des plus importants de Marib. MSF y fournit des soins de santé primaire deux fois par semaine, grâce à sa clinique mobile. Marib, mars 2021. © Nuha Haider/MSF

L’équipe MSF sur place gère deux cliniques mobiles, qui visitent régulièrement huit sites autour de la ville. Elles permettent de fournir des soins de santé de base, ainsi que des traitements contre la malnutrition et des services de santé mentale. « Le nombre de patients dans nos cliniques augmente chaque jour. Certaines personnes ici n'ont jamais vu de médecin, » explique Jethro Guerina, infirmière pour MSF.

Les cliniques mobiles se rendent également dans le camp de Bin Muili qui abrite des migrants venus d’Afrique. La grande majorité des 6 000 migrants africains de Marib viennent d'Éthiopie ; ils se dirigeaient vers l'Arabie saoudite mais ont été bloqués dans le nord du Yémen. Certains sont là depuis plusieurs années, à cause des combats sur la zone frontalière ; d’autres ont été bloqués il y a un an lorsque la frontière a été fermée à cause de la Covid-19.

« Lorsque ma femme et moi avons quitté l'Éthiopie, nous avions l'intention d'aller en Arabie saoudite pour gagner de l'argent, raconte Hussein Awal. Nous sommes coincés à Marib. Ma femme a donné naissance à des jumeaux et si je ne trouve pas de travail, je ne peux pas les nourrir », s’inquiète le jeune homme de 21 ans. 

Comme Hussein et sa femme, la plupart des migrants à Marib vivent dans des camps insalubres et surpeuplés, avec un accès limité aux services de base. Les craintes de propagation de la Covid-19 ont accru leurs risques d'être stigmatisés et arrêtés. Les combats en cours représentent une menace pour la sécurité de milliers de personnes déjà en situation précaire. 

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L'équipe mobile de MSF fournit également des soins de santé à Hareeb Junction, un bidonville à la périphérie de Marib où vit un groupe minoritaire appelé Al-Muhamasheen, « les marginalisés ». La communauté, d’origine africaine, souffre de discrimination, de pauvreté et d'exclusion sociale.

Les familles d’Hareeb Junction ont peu d'opportunités économiques et reçoivent une aide humanitaire très limitée. Elles ont en moyenne cinq enfants chacune, pour la plupart déscolarisés. Des activités récréatives, comme des séances de dessin et des matchs de football, sont organisées par MSF afin d’atténuer leurs souffrances liées à six années de guerre et contribuer positivement à leur développement.

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