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Trois semaines au cœur de la lutte contre Ebola en RDC

Des logisticiens de MSF arrivent en hélicoptère dans une zone reculée d'Itipo, en RDC.
Des logisticiens de MSF arrivent en hélicoptère dans une zone reculée d'Itipo, en RDC. ©Hugues Robert/MSF

Miriam Alía, experte en vaccination chez MSF, vient de rentrer de la République démocratique du Congo (RDC), où elle travaillait en tant que référente médicale dans la province de l'Equateur et la région d'Itipo, l'épicentre de la récente épidémie de maladie à virus Ebola.

Elle détaille le déploiement de la vaccination « en anneau » contre la maladie, qui permet de contenir la propagation de la maladie, et partage son expérience personnelle de travail aux côtés des agents de santé congolais.

Après deux mois d’activités dans la province de l’Equateur, les équipes de MSF ont entamé le processus de passation des activités de réponse à Ebola au ministère congolais de la Santé et à d’autres organisations non gouvernementales à Mbandaka, Bikoro, Itipo et Iboko. L’épidémie pourra en effet être déclarée comme officiellement terminée, si aucun nouveau cas n’est signalé dans les 42 jours suivant le dernier cas enregistré.

Carte de la République démocratique du Congo.
 © MSF - 2018
Carte de la République démocratique du Congo. © MSF - 2018

Pendant trois semaines, j'ai fait partie de l'équipe médicale de MSF qui a répondu à l'épidémie d'Ebola à Itipo, une région reculée au sud de la ville de Mbandaka, en République démocratique du Congo, où plusieurs personnes avaient reçu un diagnostic d'Ebola. Outre la prise en charge des patients dans les centres de traitement que nous avions mis en place en collaboration avec le ministère de la Santé, nous avons établi les autres « piliers » d'une réponse à l'Ebola.

Les défis majeurs de cette stratégie étaient de reconstruire le cercle des sujets potentiellement infectés, en recherchant les personnes qui avaient été en contact avec des patients atteints du virus, et de sensibiliser les communautés au sujet de la maladie et de la manière de prévenir l'infection.

Une stratégie contre Ebola

Les six piliers de la réponse à l'Ebola identifiés sont :

  • prendre en charge les patients diagnostiqués et les isoler
  • conduire des activités de sensibilisation pour identifier des nouveaux patients
  • mettre en place un dépistage et un suivi des contacts des patients
  • mettre en œuvre des activités de promotion de la santé pour informer la population des risques liés à la proximité avec les personnes infectées et la manière d’éviter ces risques
  • garantir le soutien aux soins de santé primaires réguliers
  • enfin, assurer des enterrements répondant aux normes de sécurité afin d’éviter les infections.
© Paul Jawor/MSF

Un élément clé de la réponse est de s'assurer que le système de santé continue à fonctionner correctement pendant l'épidémie. Cela signifie que les agents de santé sont protégés et savent identifier les cas suspects. Si tel est le cas, nous avons de bonnes chances de ralentir puis d'arrêter la propagation de la maladie et d'éviter la mortalité liée à d'autres conditions médicales telles que le paludisme. Souvent, le personnel de santé peut avoir peur de traiter les patients en raison du risque d'infection par le virus Ebola.

Malheureusement, l'infection des agents de santé est un phénomène auquel nous assistons lors de nombreuses épidémies d'Ebola, ceux-ci étant naturellement les plus à risque de contracter la maladie lorsque des personnes malades viennent à eux pour obtenir de l'aide.

Cette année, en RDC, nous disposions d'un outil supplémentaire contre l'Ebola : un vaccin expérimental. À Itipo, MSF était chargé de vacciner les personnes les plus à risque de contracter le virus, en partenariat avec l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le ministère congolais de la Santé. Cela inclut non seulement les contacts des cas confirmés d'Ebola et les contacts de ces contacts, mais également les personnes en première ligne dans la lutte contre l'Ebola, les agents de santé, les guérisseurs traditionnels, les chefs religieux locaux et les chauffeurs de mototaxi.

La plupart du personnel de santé que nous avons vacciné était composé d'infirmiers et infirmières. Certains d'entre eux travaillaient complètement seul·e·s dans un poste de santé isolé, d'autres travaillaient en groupes de trois ou quatre dans un plus grand centre de santé. Nous n'avons pas eu à les convaincre de se faire vacciner. Ils avaient peur de la maladie et savaient très bien que l'infirmière en chef d'Itipo venait de mourir de l'Ebola, ainsi que 20 autres personnes dans la région.

 

Un membre de l'équipe d'hygiène de MSF lave les blouses désinfectées dans le centre de traitement d'Ebola de MSF à Bikoro, en RDC.
 © Louise Annaud/MSF
Un membre de l'équipe d'hygiène de MSF lave les blouses désinfectées dans le centre de traitement d'Ebola de MSF à Bikoro, en RDC. © Louise Annaud/MSF

Ce vaccin contre l'Ebola avait déjà été utilisé dans le cadre d'essais cliniques en Afrique de l'Ouest au cours de l'épidémie de 2014-2016, en Sierra Leone et à Conakry, la grande capitale guinéenne. À Itipo cette année, nous avons fait face à un autre type de défi. La zone que nous couvrions était composée de huit zones de santé, avec notamment 46 centres de santé et postes de santé, dont beaucoup se trouvaient dans des villages reculés. Pour les atteindre et vacciner le personnel de santé, nous avons dû utiliser des motos, des pirogues (canoës) et parfois marcher sur plusieurs kilomètres à travers la forêt.

Des équipes MSF marchent dans la brousse pour tenter de se rendre dans un village reculé, près de la ville d'Iboko, dans la province de l'Equateur. 
 © Paul Jawor/MSF
Des équipes MSF marchent dans la brousse pour tenter de se rendre dans un village reculé, près de la ville d'Iboko, dans la province de l'Equateur.  © Paul Jawor/MSF

Bien que nous soyons convaincus que le vaccin fonctionne et que nous ayons vu des données très prometteuses provenant d'autres essais, nous devions nous assurer d'expliquer au personnel de santé qu'ils devaient continuer à prendre soin des patients suspects d'Ebola avec toutes les précautions nécessaires. Ils devaient utiliser le matériel de protection que nous leur fournissions et être conscients qu'il faut de cinq à dix jours après la vaccination pour que le système immunitaire soit activé et fournisse une protection contre le virus.

Nous les avons également formés sur la manière de mettre en place un système de triage approprié et de détecter les patients suspects d'Ebola aux portes de la clinique. Nous leur avons expliqué que s'ils détectaient un cas suspect, ils devaient nous contacter et une équipe d'ambulanciers correctement formée viendrait chercher le patient en toute sécurité.

L'équipe de MSF évalue un cas suspect d'Ebola à Ikoko Impenge.
 © Louise Annaud/MSF
L'équipe de MSF évalue un cas suspect d'Ebola à Ikoko Impenge. © Louise Annaud/MSF

Le dévouement de ces professionnels de la santé, qui s'occupent de leurs communautés avec très peu de ressources, est ce qui m'a le plus impressionné pendant mon séjour à Itipo. Ils font preuve d'un niveau incroyable d'engagement envers leurs patients.

Je me souviendrai notamment de George, un infirmier d'Itipo. Sa femme avait été diagnostiquée d'un cas confirmé d'Ebola et transférée dans un centre de traitement à Bikoro, un autre village où Médecins Sans Frontières aidait le ministère de la Santé à gérer un centre de traitement d'Ebola. Malgré la situation, il a choisi de rester dans son village et de fournir des soins médicaux à la communauté. Il s'est également porté volontaire pour désinfecter les maisons de patients soupçonnés d'être infectés par le virus Ebola.

Au cours de leur suivi de 21 jours en tant que contacts d'un cas confirmé d'Ebola, son fils est tombé malade, ce qui l'a naturellement beaucoup inquiété, mais heureusement le garçon s'est révélé négatif au test du virus. Quelques jours après le test négatif de l'enfant, sa mère a pu sortir du centre de traitement après avoir vaincu la maladie. Tout s'est bien terminé pour cet homme merveilleux. Plus tard, il a rejoint notre équipe en tant qu'infirmier au centre de transit Ebola que nous gérions à Itipo.

Il est trop tôt pour savoir si la stratégie de vaccination a permis de contrôler cette épidémie, mais il semble que, jusqu'à présent, aucune des personnes ayant reçu le vaccin n'ait contracté l'Ebola. Ces résultats positifs, et le fait que l'épidémie soit maintenant presque terminée, sont aussi les conséquences de la mise en œuvre solide des six piliers de la réponse, et du courage de nos collègues congolais travaillant dans des villages reculés au cœur de l'épidémie.

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