Territoires palestiniens - Aider les familles victimes des violences des colons israéliens en Cisjordanie

Naplouse session psy avec des enfants février 2012
Naplouse, session psy avec des enfants, février 2012 ©Chris Huby/le desk

Au cours des derniers mois, les districts de Naplouse, Qalqilya et Hébron ont été la cible d’attaques violentes de la part des colons. On a pu observer différentes formes de violences exercées à l’encontre des Palestiniens vivant dans les territoires occupés : agressions physiques, harcèlement, atteintes aux biens et à la propriété privée, accès bloqué aux terres agricoles et attaques de maisons.

Depuis 2002, MSF travaille en Cisjordanie, dans les Territoires palestiniens, et mène actuellement des programmes psycho-médico-sociaux à Naplouse, Qalqilya, Hébron et Jérusalem-Est pour les victimes des souffrances psychologiques liées au conflit. Les équipes MSF viennent en aide aux personnes en état de détresse psychologique (stress aigu, troubles de l’anxiété, syndromes post-traumatiques, dépression…) provoquée par les violents incidents avec les colons et l’armée israélienne, mais également par le conflit intra-palestinien.

A., femme au foyer et mère de dix enfants, est particulièrement affectée par les violences quotidiennes des colons . Elle évoque ce qu’elle a vécu la nuit où ils ont attaqué le village : "il était environ minuit, on dormait, quand on a commencé à entendre des bruits dehors, des cris, des chocs, puis des pierres ont frappé nos fenêtres et nos portes, et tout à coup un grand fracas. Au début on ne savait pas ce que c’était, mais au bout de quelques secondes on s’est aperçu qu’un groupe de colons essayait de saccager le minibus de mon mari. Nous avons allumé les lumières extérieures, attendu que les colons soient partis, et constaté qu’ils avaient brisé la vitre du minibus, versé du diesel à l’intérieur et ils s’apprêtaient à y mettre le feu, mais heureusement quelque chose les en a empêchés, sinon nous aurions perdu notre principal gagne-pain."

"Nous n’avons aucune vie sociale, ajoute A. On ne va jamais rendre visite à la famille ni aux amis, parce qu’on a peur de laisser la maison vide ou les enfants seuls. Si quelqu’un tombe malade la nuit, il est très difficile d’aller chez le docteur, c’est dangereux de se déplacer la nuit".

On ne dort plus, on ne peut rien prévoir parce qu’on ne sait jamais quand ils vont attaquer, il n’y a pas d’heure pour les attaques, la nuit comme le jour.

Les menaces et les craintes incessantes empêchent la famille de travailler et de vivre, et tiennent la mère en état d’alerte perpétuelle par rapport aux enfants - la peur d’être tué ou enlevé est constante chez les habitants de cette région.

" MSF nous aide beaucoup, le soutien que nous apportent les psychologues nous aide vraiment à faire face aux difficultés et aux peurs quotidiennes, surtout pour les enfants, après la visite du psychologue ils ont l’impression que la vie redevient normale. On recommence à voir des gens, on peut s’habiller pour recevoir chez nous comme si tout était normal et qu’on avait de nouveau une vie sociale ; aujourd’hui, par exemple, je me suis habillé et je me suis peigné parce que je savais que vous veniez, ça rendait ma journée spéciale" témoigne l'un des enfants.

W., femme au foyer et mère de sept enfants, raconte : "nous avons dû installer des grillages à toutes les fenêtres de la maison pour nous protéger. Au début on se sentait comme en prison, mais maintenant on sait que c’est essentiel pour notre sécurité. Je n’oublierai jamais le jour où une pierre a atterri dans la chambre où se trouvait ma fille. Par chance, la pierre l’a touchée au dos, mais je pense sans cesse à ce qui aurait pu arriver si elle l’avait frappée au visage… Mes filles ont peur de dormir dans leur chambre, elles imaginent que des colons vont escalader le mur et faire irruption dans leur chambre, et l’une de mes filles a constamment l’impression de vivre un film d’horreur".

On sent le danger rôder autour de nous partout, en permanence, jour et nuit.

 

"Je déteste particulièrement les vendredis et les samedis ; ces jours-là, on se prépare à un énième voyage dans l’inconnu. C’est pesant, très pesant, de vivre dans l’attente et l’appréhension de subir les harcèlements, les attaques et les destructions répétées des colons… A tout instant notre esprit est dominé par la peur de perdre quelqu’un qui nous est cher, qu’il soit tué ou enlevé, on ne laisse pas les enfants jouer à l’extérieur de la maison, c’est trop dangereux."

" La vie me pèse moins depuis que les psychologues de MSF nous aident, maintenant je me sens plus à l’aise, moins inquiète, et ce soutien nous donne la force d’affronter les événements."

Les enfants sont moins traumatisés, ils dorment mieux qu’avant grâce à l’aide que leur apportent les psychologues de MSF.

Q., mère d’Enas, 9 ans, vit dans la vieille ville d’Hébron, dans la zone appelée H2. Tous les jours elle subit le harcèlement des colons qui vivent dans les immeubles adjacents. « Pas un jour ne passe sans une nouvelle attaque. Ils caillassent la maison, ils essaient de nous provoquer. Mais ce qui nous a marqués à jamais, c’est un incident qui s’est produit il y a deux ans. C’était le Ramadan, j’étais allée prier à la mosquée, je n’étais pas à la maison. Quand je suis rentrée, ma fille s’est plainte d’une douleur à la tête. Elle m’a raconté qu’un colon l’avait battue et qu’elle avait mal à la tête. Après cet incident elle a commencé à souffrir constamment de vertiges et de nausées. Je l'ai emmenée voir plusieurs médecins pour savoir ce qu’elle avait. Un docteur à Ramallah a découvert qu’elle avait un épanchement dans le cerveau. Ils disent que ça ne va pas affecter son cerveau dans l’immédiat, mais si plus tard c’était le cas, alors il faudra l’opérer. J’ai si peur pour sa santé. Ma fille est trop jeune pour subir une opération du cerveau. »

J. vit avec son mari et leurs six enfants dans la vieille ville d’Hébron, cette même zone H2. Il y a cinq mois, elle a été attaquée dans sa boutique par des colons. « Depuis qu’on a emménagé ici, on eu toujours eu des problèmes avec les colons. Tous les jours ils jetaient des pierres contre nos fenêtres. On a dû installer des barreaux et des fenêtres métalliques pour nous protéger des cailloux. Nous avons sans cesse des problèmes avec les soldats et les colons. Mais l'incident qui m’a vraiment affectée, c’est quand les colons m’ont attaquée dans mon échoppe. La manière dont ils ont fait irruption m’a terrifiée. Les mots me manquent pour exprimer ce que j’ai éprouvé. J’ai cru que j’allais mourir. Je ne sentais plus mes jambes. J’étais enceinte de deux mois et demi à l’époque. J’ai fait une fausse couche, j’ai perdu mon bébé. J’aime tellement les enfants, ça m’a beaucoup affectée. Je ne pouvais plus mener ma vie de tous les jours. Quand le psychologue MSF est venu me rendre visite, j’ai commencé à me sentir mieux. On a commencé à parler de mes émotions, et de l’incident."

Au bout de 10 séances, j’ai eu l’impression d’avoir beaucoup avancé.

 

Il est très difficile, dans ces localités, de vivre, rêver, et se projeter dans le futur. La peur continuelle de perdre sa maison, ses terres ou ses proches est omniprésente. Les espoirs en l’avenir sont maigres, et l’avancée inexorable des colonies construites sur les terres palestiniennes entame chaque jour l’espoir et la possibilité de mener une vie normale pour ces habitants.

MSF travaille dans les districts de Qalqilya et de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie, et dans le district d’Hébron, dans le sud de la Cisjordanie. Nos équipes de psychologues, de travailleurs sociaux et de médecins aident les habitants à exprimer leurs émotions et leur souffrance psychologique, et à développer des mécanismes de résilience afin de soulager leurs souffrances et de mieux surmonter les conditions de vie anormales qu’ils subissent dans les Territoires occupés palestiniens.        

À lire aussi