Témoignage de Brian, de retour de Syrie: « on obtient de bons résultats »

Brian lors de sa mission au Pakistan en 2010.
Brian, lors de sa mission au Pakistan, en 2010. ©Seb Geo

Brian Moller est infirmier anesthésiste. Il travaille depuis neuf ans à MSF et occupe aujourd’hui les fonctions de coordinateur  d’urgence. Au cours du mois de juillet, Brian a dirigé le projet d’hôpital chirurgical mis en place par MSF en Syrie.

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur ce qui se passe en Syrie ?

Nous travaillons dans une enclave rebelle et ne disposons que d’une vision parcellaire du contexte. Toutefois, on peut véritablement parler d’une guerre, une guerre dans laquelle les civils ne sont pas épargnés. Certains sont directement ciblés par des snipers, d’autres sont victimes de « dommages collatéraux » comme on dit. Mais si les troupes de l’armée régulière ont pu affronter des manifestants dans le passé, elles se battent désormais contre des unités d’opposants armés, surtout en zone urbaine. D’après ce que nous voyons, ces unités sont hétérogènes, composées de combattants dont les conditions sociales ou les revendications varient. Le seul facteur qui paraît aujourd’hui faire consensus au sein de tous ces groupes d’opposants, c’est l’animosité éprouvée envers le régime syrien.

En tant qu’ONG, n’est-ce pas un peu compliqué de travailler d’un seul côté ?

A défaut d’autorisation officielle, nous n’avons de toute façon pas le choix. Le cas échéant, notre travail consiste à venir en aide à ceux qui n’ont pas accès aux soins. Or, si les partisans du régime peuvent avoir accès aux hôpitaux publics, une grande partie des rebelles et de ceux qui les soutiennent sont en revanche privés d’assistance. Nous expliquons également à nos interlocuteurs que les causes de cette violence nous importent moins que ses conséquences, notamment médicales. Et si nous travaillons du côté rebelle, nous insistons sur le fait que nous ne faisons pas de distinction entre partisans et opposants au régime. Du point de vue intellectuel, notre position est relativement bien comprise par le personnel de santé et les Syriens que nous rencontrons. Elle l’est moins d’un point de vue émotionnel. Nombreux sont ceux dont un proche a été blessé ou tué depuis le début du soulèvement en Syrie.

Comment le personnel de santé syrien fait-il face à la situation ?

L’entraide et la disponibilité sont impressionnantes dans un contexte où le personnel de santé n’était pas préparé à un tel afflux de blessés et à ce type de blessures. L’expérience de notre équipe en la matière vient ainsi renforcer les compétences du personnel soignant confronté pour la première fois à ce type de violence. Autrement dit on y arrive, on obtient même des bons résultats ! En dépit de l'insécurité, du turn-over des patients ou de dilemnes éthiques parfois déchirants. Par exemple : quelles sont les priorités, à quel moment peut-on dire qu’on ne peut plus rien faire pour un patient, quand commence l’acharnement thérapeutique ? Autant de questions qui génèrent des tensions et des échanges parfois vifs entre nous, confrontés à des exigences de rationalité dans un contexte affectif très fort.

Quelle est la situation médicale et sanitaire dans la région où nous travaillons ?

Il existe des dispensaires, des pharmacies et des lieux de consultation pour les malades, mais les capacités chirurgicales et d’hospitalisation sont introuvables dans notre environnement immédiat. Au-delà, les hôpitaux qui réussissent à opérer les blessés nous les réfèrent afin que nous puissions également les hospitaliser.

L’approvisionnement en médicaments et matériel médical figure parmi les autres difficultés. Le sang, les anti-douleurs, les médicaments d’anesthésie, tout manque. Avec l’accès à l’eau, à l’électricité et aux réseaux de communication, ces problèmes de disponibilité, de transport et d’importation de matériel médical sont particulièrement aigus, même s’ils restent le lot commun à toutes les guerres. De notre côté, nous réussissons grâce à une association de médecins syriens et à l’efficacité de nos logisticiens à maintenir un stock tampon nous permettant de tenir une quinzaine de jours en cas de force majeure. Nous recevons également des donations privées, témoin de la solidarité des habitants. Il y a quelques jours, des femmes du village sont ainsi arrivées avec deux grands sacs remplis de petit matériel médical et de médicaments achetés dans les pharmacies du coin. La traçabilité de ces produits est toutefois difficile à assurer. Quand on ignore la provenance d’anesthésiants, peut-on vraiment les utiliser ? Le problème en situation de guerre, c’est qu’on n’a pas toujours le choix.

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