République centrafricaine (RCA) : une journée en brousse avec les équipes mobiles MSF

Hôpital de Bamabari Août 2014
Hôpital de Bamabari, Août 2014 ©Ricardo Garcia Vilanova/MSF

Il est très tôt le matin lorsqu’une voiture quitte la base MSF de Bambari dans la région de l’Ouaka en République centrafricaine (RCA), un pays récemment dévasté par la violence. L’équipe MSF se dirige vers Yamale, un petit village situé en brousse, à 30 kilomètres de Bambari. La distance n’est pas très importante, mais pendant la saison des pluies, la route devient boueuse et le voyage prend deux heures.

Des villages tels que Yamale ont été la cible d’une vague de violences sans précédent perpétrées par des groupes armés et des bandes de hors-la-loi. « J’ai encore peur, avoue Musa, un fermier de Yamale. Après les hostilités, ils ont enfoncé la porte de ma maison et ont pillé tout ce que j’avais. Nous avons passé trois mois dans la brousse, et mes enfants sont tombés malades. »

Certains villages ont été réduits en cendres, alors que d’autres ne sont plus que ruines. Souvent, les gens n’ont nulle part où aller et se réfugient dans de petites huttes dans les champs environnants. Dans certains villages, les maisons sont toujours là, mais le dispensaire a été détruit. Par conséquent, les équipes MSF mettent en place des dispensaires mobiles afin de soigner les habitants dont beaucoup vivent encore en brousse, trop apeurés pour regagner leur maison.

« Souvent, ils ont tellement peur qu’après être venus chercher leurs médicaments ils retournent en courant dans la brousse pour se cacher, explique le Dr Robert Ponsioen, coordinateur de projet MSF dans la région de l’Ouaka. Parfois, à la minute où nous avons terminé, il n’y a plus personne dans le village. Les gens se sauvent, et chaque voiture qui passe cause la panique. Les gens sont terrorisés. Nous avons même trouvé des villages fantômes où il ne reste plus personne. »

Du fait de la violence, mais aussi à cause du mauvais état des routes, il est très difficile de se rendre en voiture dans les communautés les plus touchées. Pour des raisons de sécurité, l’équipe MSF doit revenir à Bambari avant le coucher du soleil. Compte tenu du temps nécessaire au voyage, l’équipe mène des consultations pendant cinq heures d’affilée.

Mais cela en vaut la peine. En passant une journée en brousse, l’équipe MSF offre un accès aux soins à plus de 500 personnes. Les personnes blessées lors des affrontements actuels sont les premières à être prises en charge. Celles souffrant de blessures mineures sont traitées sur place alors que les cas plus sévères sont envoyés à l’hôpital pour des soins spécialisés. « Dernièrement, alors que nous roulions sur une route, nous avons trouvé deux femmes avec de graves blessures aux jambes ; l’une d’elles avait un bébé, raconte Robert Ponsioen. L’une des femmes avait les os de la jambe complètement brisés. Nous les avons emmenées à Bambari d’où on les a transférées dès le lendemain vers Bangui, la capitale. »

Lors de leur passage, l’équipe mobile MSF fournit à chaque famille des moustiquaires et des bâches en plastique car beaucoup d’entre elles vivent à ciel ouvert, sous les arbres. Pendant la saison des pluies, la brousse devient un lieu propice à la multiplication des moustiques porteurs de paludisme. Tous les patients passent un test pour le paludisme qui ne prend que trois minutes. Pour plus de 90% d'entre eux, le résultat est positif. On leur donne donc des médicaments à prendre par voie orale pendant trois jours ainsi que du paracétamol pour faire baisser la fièvre.

Les conditions de vie déplorables et le manque de soins médicaux représentent une sérieuse menace sanitaire. Pneumonie, diarrhée, conjonctivite et infections cutanées sont des affections courantes. En août,  les équipes MSF ont mené une campagne de vaccination afin d’éviter le risque de propagation de maladies infectieuses dans les communautés de la région de l’Ouaka. Cette campagne a permis de vacciner 4 000 enfants âgés de moins de cinq ans contre rougeole et la polio.

Les dispensaires mobiles sont un moyen simple mais insuffisant de soigner la population. Dans les villages, MSF a aussi mis en place des points permanents de traitement du paludisme, appelés « Points Palu », dans lesquels le personnel médical local teste et soigne les personnes atteintes du paludisme, 7 jours sur 7. La plupart des patients reçus dans les consultations mobiles sont des femmes et des enfants âgés de moins de cinq ans. Les personnes âgées atteintes de maladies chroniques, telles que le diabète et les problèmes cardiaques, sont plus difficiles à prendre en charge. Les besoins médicaux des habitants sont considérables, de même que les difficultés à offrir des soins. Loin des grandes villes, des milliers de personnes déplacées luttent pour leur survie.
 

Depuis le mois d’avril, les équipes MSF en RCA mènent des dispensaires mobiles dans les communautés vulnérables de la région de l’Ouaka où elles ont commencé par Grimari et continué avec Bambari. Depuis, elles ont pris en charge 4 639 patients, et stabilisé et traité 153 personnes blessées lors des combats.

Dossier spécial RCA

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