Nord-ouest de la Syrie : l’acheminement de l’aide humanitaire pour des millions de personnes pourrait être suspendu

Camp de personnes déplacées de la province d'Idlib. Syrie. 2020.
Camp de personnes déplacées dans la province d'Idlib, Syrie, 2020.  © Abdul Majid Al Qareh

Près de 4 millions de personnes, dont plus de la moitié ont été déplacées par le conflit, sont partiellement ou totalement dépendantes de l’aide humanitaire dans le nord-ouest de la Syrie. Le passage de Bab al-Hawa, seule voie d’accès officielle à cette partie du pays, pourrait être fermé suite à un vote qui doit se dérouler au Conseil de sécurité des Nations unies ces jours-ci. Des millions de personnes pourraient être privées d’une aide humanitaire et médicale dont elles ont désespérément besoin.

Muhammad Hassan et sa famille vivent dans un camp du nord-ouest de la Syrie depuis deux ans, après que leur maison a été détruite lors d’un bombardement. Muhammad a été grièvement blessé à la jambe et a dû subir une opération chirurgicale difficile, impliquant l’insertion de plaques de métal dans sa cuisse. Aujourd’hui encore, il souffre de douleur chronique et sa santé mentale est également affectée.

« Notre vie dans le camp est faite de soucis, d’angoisse et de souffrance, explique-t-il. On souffre du froid en hiver et de la chaleur extrême en été. » Muhammad est fermier et la terre qu’il possédait était son seul moyen de subsistance. Il dépend désormais entièrement de l’aide humanitaire pour sa survie. Pour le traitement de sa jambe, il se rend dans un hôpital cogéré par Médecins Sans Frontières, où il peut être soigné gratuitement.

Muhammad est l’une des 4 millions de personnes qui vivent dans le nord-ouest de la Syrie. Parmi elles, les Nations unies estiment qu’environ 3 millions ont besoin d’un accès à une aide humanitaire. Les dix ans du conflit syrien, la pandémie de Covid-19 et la sévère crise économique qui touche le pays n’ont fait qu’aggraver la vulnérabilité de la population, ainsi que sa dépendance vis-à-vis de l’assistance humanitaire.

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2,7 millions de ces personnes sont des déplacés internes et plus de la moitié vivent dans des camps gérés par des organisations humanitaires. La plupart d’entre elles dépendent totalement de l’assistance des ONG pour survivre. Beaucoup souffrent des conditions de vie difficiles, du manque de soutien en santé mentale ou d’accès à des services médicaux tels que la vaccination. Il est fréquent de voir des personnes souffrant de problèmes dermatologiques tels que la gale ou la leishmaniose, ou de pathologies telles que le diabète.

MSF dans le nord-ouest syrien

MSF offre des soins médicaux au sein des camps de personnes déplacées, et en dehors, avec notamment des traitements des blessures traumatiques, des soins de maternité et de pédiatrie ou des campagnes de vaccinations ayant pour objectif de prévenir la transmission de maladies mortelles. MSF soutient actuellement 8 hôpitaux, dont une unité de brûlés, ainsi que 12 centres de santé primaire, 5 services d’ambulances et 14 cliniques mobiles dans plus de 80 camps dans la région.

« Des millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire dans cette zone, explique Francisco Otero y Villar, chef de mission MSF. Et on sait qu’il faut en faire plus pour aider cette population. L’insécurité constante, ainsi que les contraintes d’accès et d’approvisionnement limitent énormément la capacité de MSF et d’autres acteurs. »

Les activités des organisations humanitaires ont été réduites ces derniers mois, en particulier dans les domaines de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement ainsi qu’au niveau des distributions de paniers alimentaires et de kits d’hygiène. « Le mois dernier, nous avons essayé de combler ces manques, mais les besoins des populations augmentent et les ressources peinent à leur parvenir », conclut Osama Joukhadar, responsable logistique MSF.

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