Mozambique : « on a faim », c’est ce que les gens nous disent d’abord »

Snapshot from Nhampoca by Dr Ana Nery
Dans le département, les rivières étaient sorties du lit. Un mois après le passage du cyclone, les eaux n'ont pas encore reflué.  ©Ana Nery/MSF

Le Dr Ana Nery, coordinatrice médicale à Médecins Sans Frontières, est arrivée au Mozambique quelques jours après le passage du cyclone Idai. Elle décrit ici la situation qu’elle a observée ces dernières semaines dans la région de Nhamatanda et plus particulièrement dans le département de Nhampoca, une zone rurale défavorisée que sillonnent les équipes mobiles de MSF.

Dans le département de Nhampoca, les rivières étaient sorties de leur lit. Et plus d’un mois après le passage du cyclone Idai, les eaux n’ont pas encore partout reflué. Beaucoup de villages sont isolés en temps normal, les populations vivent sur des terres entourées de rivières. Alors avec les inondations et le cyclone, l’isolement est encore plus grand. Nhatiquiriqui par exemple est un village constitué essentiellement d’îlots. C’est sur ces terrains en hauteur que vivent ses habitants. On voit des familles installées autour de l’école. D’autres partagent leur maison en torchis avec d’autres familles. Sinon les cultures ont été inondées. Le niveau de l’eau était monté tellement haut que des tiges de maïs sont restées accrochées aux lignes électriques. L’agriculture est la seule activité dans cette zone rurale. Pour les 1400 habitants de ce village, cultiver est la priorité.

 

Une équipe MSF survole Nhampoca afin d'évaluer les besoins des villages encore isolés.
 © Ana Nery/MSF
Une équipe MSF survole Nhampoca afin d'évaluer les besoins des villages encore isolés. © Ana Nery/MSF

Pour venir voir la situation, nous nous sommes posés en hélicoptère. Il est impossible de venir ici par la route. Et quand nous avons demandé aux habitants ce dont ils ont besoin sur le plan médical, il nous ont d’abord dit : « On a faim », puis « on veut cultiver ». Et après ils ont parlé du paludisme, des moustiquaires et de l’éloignement du centre de santé. Ils reçoivent de la nourriture acheminée  par hélicoptère par une organisation mozambicaine. Les habitants commencent à replanter du riz, du maïs ou des haricots, là où c’est possible. Mais ils ont perdu toutes leurs réserves et ils devront attendre plusieurs mois avant la prochaine récolte.

«La situation alimentaire de ces populations est préoccupante car elle dépend de la poursuite des distributions de  nourriture.»

Dans les villages où nous allons pour évaluer la situation, nous faisons un dépistage de la malnutrition et organisons des consultations médicales. Nous voyons principalement des cas de paludisme, mais aussi de diarrhée et d’infections respiratoires. Jusqu’à présent, nous n’avons pas vu de taux de malnutrition élevés, mais la situation alimentaire de ces populations est préoccupante car elle dépend de la poursuite des distributions de  nourriture.

Le choléra en revanche ne suscite plus d’inquiétudes. Le nombre de cas a chuté. Dans l’unité de traitement du choléra que nous avions ouverte dans la ville de Tica, nous avons pris en charge 242 patients en l’espace d’un mois et maintenant nous ne recevons plus que deux à trois patients par jour. La campagne de vaccination contre le choléra s’est bien passée. MSF a apporté un soutien logistique au ministère de la Santé pour la mise en œuvre de cette campagne. Et la vaccination a pu notamment se faire dans la petite ville de Nhampoca parce que MSF a fourni un hélicoptère.

C’est une ville  très isolée, encore plus que d’ordinaire durant la saison des pluies. Là aussi, la nourriture arrive par la voie des airs. Mais Nhampoca a cependant une particularité. A la différence des villages de Nhatiquiriqui et  Mapanda qui ne disposent que d’un agent de santé, cette bourgade de près de 12 000 habitants a un centre de santé. Et l’infirmier qui y travaille habituellement est resté, fidèle au poste. Cependant il est tout seul et a un stock de médicaments restreint.

 

Certes la phase de reconstruction s’amorce dans le pays. Mais les populations du département de Nhampoca sont particulièrement vulnérables. Alors qu’ailleurs, à Tica ou Nhamatanda, la reconstruction est visible aux abords des routes où les habitants qui ont reçu des bâches en plastique ou des billes en bois se font des abris, à Nhampoca, l’aide est difficile à acheminer. L'organisation mozambicaine qui distribue la nourriture est d’ailleurs le seul acteur à être intervenu avant que n’arrive notre équipe mobile.

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