Guerre au Yémen : comment empêcher la catastrophe programmée ?

Michaël Neuman, directeur d'études au CRASH, en débattait dans l'émission 28 Minutes sur Arte.

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Au Yémen, une situation humanitaire «désespérée»

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Malawi : garder le contact

Malawi : garder le contact
©Luca Sola

Au Malawi, petit pays d’Afrique coincé entre la Zambie, la Tanzanie et le Mozambique, on compte plus de 90 000 personnes infectées par le VIH âgées de 10 à 19 ans. Malgré la lutte intensive contre le Sida dans ce pays, leur nombre est en forte augmentation : ils sont 67 % de plus qu’en 2002, selon les estimations de l’Onusida.

Souvent victimes de la stigmatisation et des discriminations liées à la maladie, ces jeunes gens doivent relever le double défi d’un passage par l’adolescence et d’un traitement contraignant.

À Chiradzulu, un district situé à 250 kilomètres au sud de la capitale Lilongwe, ils représentent près de 10 % des personnes séropositives suivies par le ministère de la Santé, à qui Médecins Sans Frontières apporte un soutien.

Des traitements contraignants

Le centre de santé de Milepa.
 © Luca Sola
Le centre de santé de Milepa. © Luca Sola
Centre de santé de Mbulumbuzi. Les équipes accueillent les nouveaux arrivants lors du rendez-vous semestriel.
 © Luca Sola
Centre de santé de Mbulumbuzi. Les équipes accueillent les nouveaux arrivants lors du rendez-vous semestriel. © Luca Sola

Une étude menée en 2016 à Chiradzulu par Médecins Sans Frontières et Épicentre, le centre de recherche en épidémiologie créé par MSF, montre que pour un tiers des 10 - 19 ans sous traitement antirétroviral, la quantité de virus dans le sang est très élevée, ce qui indique que la maladie est hors de contrôle. Pour plus de 80 % d’entre eux, l’étude met aussi en avant le développement de résistances à un ou plusieurs médicaments.

S’il est difficile d’établir les causes précises de ces échecs, une mauvaise observance du traitement est certainement en jeu. Les adolescents de cette étude ont en moyenne 13 ans, et ils avaient commencé leur traitement autour de l’âge de sept ans.

Anna 16 ans

«Au début, c’était très difficile d’accepter le fait d’être séropositive. Je vivais avec beaucoup de stress, et j’en voulais énormément à ma mère.»

C’est avec l’adolescence, une période marquée par le début de la puberté et de la vie sexuelle, que des problèmes peuvent survenir. Nombre d’entre eux comprennent ou apprennent leur séropositivité. Cette révélation, soudaine ou progressive, peut être très mal vécue.

Ils ont alors besoin d’un entourage qui les écoute, les rassure, et les aide à envisager leur vie autrement. Ce qui n’est pas le cas pour bien des jeunes séropositifs de Chiradzulu, surtout lorsque leurs parents sont décédés, notamment de maladies liées au VIH/Sida.

Debora, 18 ans

«Je me demande toujours si je vais pouvoir prendre mes médicaments, et ce que mes amis vont penser de moi s’ils apprennent que je suis sous antirétroviraux.»

La prise du traitement et le suivi périodique de la maladie sont très contraignants. À l’adolescence, le rejet ou la méfiance vis-à-vis du cadre imposé par les adultes peut facilement entraîner un abandon du traitement.

Alfred Nema, 18 ans, du village de Ntweya. Grâce au protocole médical et malgré sa maladie, il peut étudier et travailler.
 © Luca Sola
Alfred Nema, 18 ans, du village de Ntweya. Grâce au protocole médical et malgré sa maladie, il peut étudier et travailler. © Luca Sola
Alfred Nema, 18 ans, du village de Ntweya. Il est pris en charge par MSF pour le VIH et la tuberculose.
 © Luca Sola
Alfred Nema, 18 ans, du village de Ntweya. Il est pris en charge par MSF pour le VIH et la tuberculose. © Luca Sola

Alfred, 18 ans

«Pour moi, aller à l’hôpital tous les mois pour prendre mes médicaments, c’est contraignant. Et me retrouver avec des patients plus âgés me donne mal à la tête.»

 

Ces jeunes vivent mal la stigmatisation, généralisée à l’encontre des personnes séropositives. Ils confessent souvent être victimes de moqueries à cause de leur maladie, notamment à l’école. Certains d’entre eux n’osent pas avouer à leurs amis qu’ils sont malades et passent beaucoup de temps seuls.

Gloria, 11 ans. Elle est prise en charge par MSF pour le VIH et la tuberculose.

Gloria, 11 ans. Elle est prise en charge par MSF pour le VIH et la tuberculose.

Gloria, 11 ans. Elle est prise en charge par MSF pour le VIH et la tuberculose.

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Gloria, 11 ans. Elle est prise en charge par MSF pour le VIH et la tuberculose.

Gloria, 11 ans. Elle est prise en charge par MSF pour le VIH et la tuberculose.

Gloria, 11 ans. Elle est prise en charge par MSF pour le VIH et la tuberculose.

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Un meilleur soutien

À Chiradzulu, MSF et les autorités sanitaires locales ont progressivement mis en place, depuis le début des années 2000, un système décentralisé pour le traitement du VIH/Sida.

Cette approche a joué un rôle clé dans l’augmentation du nombre de patients dans le programme, en rapprochant les équipes des habitants de cette région largement rurale. Plus de 30 000 adultes sont aujourd’hui pris en charge, avec des résultats probants.

Anna, 16 ans. Elle est prise en charge par MSF pour le VIH et la tuberculose.
 © Luca Sola
Anna, 16 ans. Elle est prise en charge par MSF pour le VIH et la tuberculose. © Luca Sola

Anna, 16 ans

«Les gens peuvent vous exclure parce que vous êtes séropositif. Ils ne vous laisseront pas participer à certaines activités, et c’est ce qui m’arrive.»

 

Comme leurs aînés, les 10 - 19 ans sont suivis par des travailleurs psychosociaux, qui leur donnent des conseils sur l’éducation sanitaire, le traitement, mais aussi la stigmatisation dont ils peuvent être victimes.

Centre de santé de Mbulumbuzi. Les équipes prennent en charge les nouveaux arrivants.
 © Luca Sola
Centre de santé de Mbulumbuzi. Les équipes prennent en charge les nouveaux arrivants. © Luca Sola

Pour compléter son offre de soins à l’attention des adolescents, des Saturday Teen Clubs ont également été mis en place en 2016. Ils ont lieu le samedi et donnent la possibilité aux jeunes de Chiradzulu de venir récupérer leurs médicaments et d’effectuer leur visite médicale sans manquer de précieuses heures de cours.

Ces espaces ludiques permettent une meilleure inclusion des patients suivis dans les centres de santé grâce à des activités sociales, de l’éducation à la santé et du conseil personnalisé.

Debora, 18 ans

«Je me sens bien, parce que j’ai accepté ma séropositivité. Grâce aux conseils que j’ai reçus, j’ai réalisé qu’être séropositif ce n’est pas la fin de tout.»

L'un des objectifs de cette initiative est de créer un environnement qui permette aux adolescents de se sentir soutenus, écoutés et compris. Ils sont épaulés par des mentors qui, comme eux, suivent un traitement à vie, et ils participent à des groupes de paroles.

À terme, les Saturday Teen Clubs devraient intégrer progressivement des soins de santé mentale, de santé reproductive et sexuelle et médico-nutritionnels.

Patrick, 20 ans

«Parfois, j’ai peur de tomber malade et de mourir. Mais je me vois grandir, et comme vous pouvez le remarquer, j’ai 20 ans maintenant, donc je suis confiant: j’accomplirai mes rêves.»

MSF travaille également à l’introduction du Dolutégravir au Malawi. Ce médicament, désormais recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé pour une utilisation en première intention, est tout aussi efficace et mieux toléré que les autres médicaments dits de première ligne.

Or, sa formulation pédiatrique n'est pas disponible dans le pays, car elle n'a pas été enregistrée auprès des autorités sanitaires malawites par le fabricant. Pourtant, son utilisation par une population sensible, comme les 10 - 19 ans, permettrait de réduire l'apparition de résistances au traitement.

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