Libye : ramenés de force dans des centres de détention surpeuplés

Des migrants et réfugiés dans un centre de détention en Libye. 2018.
Des migrants et réfugiés dans un centre de détention en Libye. 2018. ©Sara Creta/MSF

Ces deux dernières semaines, suite à une série de débarquements de personnes sur les côtes libyennes, les équipes de MSF en Libye ont constaté une nette augmentation du nombre de personnes dans les centres de détention de Misrata et Khoms. Réfugiés, migrants et demandeurs d’asile ont été interceptés ou secourus en mer et ramenés en Libye en violation du droit international. La population dans les centres de détention de la zone a augmenté de 650 au début de l’année à 930 aujourd’hui.

Le 21 janvier 2019, 106 migrants et réfugiés ont été débarqués d’un navire commercial à Khoms. Des informations non encore confirmées feraient état d’au moins six personnes noyées alors que le groupe était en mer.

« Lors du débarquement, plusieurs personnes nécessitaient des soins médicaux d’urgence et nous sommes intervenus pour fournir une assistance médicale sur place », explique Julien Raickman, en charge des opérations de MSF à Misrata, Khoms et Beni Walid. MSF a référé 10 individus pour des soins en milieu hospitalier. Malgré cela, un garçon de 15 ans est mort après son arrivée à l’hôpital. Hier, un autre groupe de 144 personnes, également secourues par un navire marchand, a été ramené à Misrata.

Des femmes, dont certaines enceintes, des bébés et des enfants de moins de 7 ans figuraient parmi les 250 personnes débarquées à Misrata et Khoms. Elles ont été transférées dans des centres de détention de la région. Quelques jours auparavant, 117 personnes se sont noyées lors d’un autre naufrage, démontrant clairement la politique délibérée de non-assistance à personnes en danger poursuivie par les autorités européennes en mer Méditerranée centrale.

Ces personnes récemment débarquées en Libye sont désormais enfermées dans des centres surpeuplés. Les conditions de détention déjà difficiles sont aggravées par l’arrivée de nouveaux migrants. Les détenus n’ont quasiment pas accès aux espaces extérieurs. La nourriture est insuffisante et ne répond pas aux besoins nutritionnels des personnes gravement malades, des enfants et des femmes enceintes. Parmi les personnes récemment débarquées, certaines souffrent de malnutrition, d'hypothermie ou de diarrhée sévère.

Un rescapé d'un naufrage dans un centre de détention en Libye. 2018.
 © Sara Creta/MSF
Un rescapé d'un naufrage dans un centre de détention en Libye. 2018. © Sara Creta/MSF

Certains rapportent qu'avant de tenter de traverser la mer Méditerranée, ils avaient été retenus prisonniers par des trafiquants pendant des semaines, parfois des mois, privés de nourriture, systématiquement maltraités et torturés. « Les gens ont été ramenés dans un pays qu'ils tentaient de fuir, ils sont désespérés. Ils doivent être assistés et protégés, et non renvoyés dans un cycle de détention », ajoute Julien Raickman.

La mauvaise isolation de la plupart des centres de détention entraîne une morbidité accrue liée à une exposition prolongée au froid. Dans un centre de détention de la capitale, les équipes médicales de MSF ont par exemple observé des signes de perte de poids chez les détenus.

Des récents affrontements dans le sud de Tripoli ont par ailleurs fait 14 morts et 58 blessés selon les représentants de l’Organisation mondiale de la Santé en Libye. La population civile se retrouvent régulièrement prise au piège dans les zones de combat, comme ce fut le cas pour 228 réfugiés, migrants et demandeurs d'asile retenus arbitrairement dans le centre de détention de Qasr Bin Gashir, qui se trouvait alors sur une ligne de front.

La pompe de forage de ce centre n’était plus alimentée en électricité et les détenus n’avaient plus accès à de l’eau potable jusqu’à ce que MSF soit en mesure de leur fournir de l’eau en urgence. Les équipes médicales de MSF se sont rendues au centre à deux reprises au cours des dernières 48 heures pour mener des consultations et fournir des médicaments aux patients atteints de tuberculose.

La Libye n'est pas un lieu sûr pour les réfugiés et les migrants : les niveaux de violence auxquels ils sont exposés dans le pays sont bien documentés. « C’est le comble du cynisme que l'Union européenne et ses États membres continuent de mettre en œuvre des politiques visant à intercepter les gens en mer et à les renvoyer de force en détention en Libye, tout en continuant à obstruer délibérément des navires de recherche et de sauvetage vitaux et indispensables dans la Méditerranée centrale », déclare Sam Turner, en charge des activités de MSF à Tripoli et des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée.

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