Kenya : le défi de la prise en charge des victimes de violences sexuelles

La clinique "blue house" de MSF au coeur du bidonville de Mathare à Nairobi au Kenya
La clinique "blue house" de MSF, au coeur du bidonville de Mathare, à Nairobi au Kenya ©Brendan Bannon

Mathare. Gigantesque bidonville du Nord-Est de Nairobi où vivent près de 450 000 personnes. En décembre 2007, après des élections présidentielles très contestées, le Kenya entre dans une période de troubles particulièrement violents. C'est dans ce contexte qu'un programme de prise en charge des violences a été mis sur pied. Mickaël Njuguna Wambui le dirige depuis trois ans.

A l'annonce des résultats de l'élection présidentielles fin décembre 2007, une vague de violence s'est déclenchée au Kenya, et le bidonville de Mathare à Nairobi a été l'une des zones les plus affectées. MSF, qui y gère depuis plusieurs années un programme de prise en charge du sida et de la tuberculose, est immédiatement intervenu pour prendre en charge les victimes de violences. Parmi les personnes reçues en consultation, il y avait un certain nombre de victimes de violences sexuelles. Après cette période de tensions, MSF décide de poursuivre cette activité, dont le volume n'a cessé d'augmenter.


Quelle prise en charge est proposée aux victimes de violences sexuelles?
A leur arrivée, les patients reçoivent un traitement prophylactique pour prévenir la transmission du VIH/sida ou d'autres maladies sexuellement transmissibles et nous traitons les blessures. Nous facilitons également le transfert vers d'autres structures pour tous les soins médicaux que nous n'assurons pas, comme la chirurgie. En plus de cette consultation médicale, nous discutons avec le patient et nous lui proposons un soutien psychologique. Certaines personnes habitent très loin. Nous les aidons en leur offrant le transport jusqu'au centre de soins MSF. Beaucoup de victimes sont issues de milieux très pauvres, où il est difficile de prendre trois repas par jour. Nous leur proposons une aide alimentaire pour qu'elles puissent prendre leur traitement.

Comment les protéger de nouvelles agressions ?
Il n'est pas acceptable de soigner ces patients et de les renvoyer le lendemain dans le même environnement. Nous avons donc mis en place un réseau avec d'autres organisations qui offrent refuge et protection. Mais actuellement, il n'existe aucune organisation qui prenne en charge les hommes victimes de violences sexuelles. Si un homme a peur de retourner vivre sur les lieux de son agression, nous pouvons lui trouver un endroit sûr dont nous payons le loyer pendant deux mois pour qu'il puisse être suivi dans notre clinique.

Pourquoi deux mois, il y a une raison ?
Le premier mois est avant tout consacré au suivi médical du patient. Le second mois est axé sur le soutien psycho-social et permet de s'assurer que le patient a réellement surmonté le traumatisme. A l'issue de ces deux mois, nous sommes en mesure de référencer les patients vers d'autres structures qui les prendront en charge.

Comment la violence sexuelle est-elle perçue, est-il possible d'en parler ?
Il règne une culture du silence : la communauté a peur d'en parler. Les gens craignent que cela n'apporte la honte sur leur famille ou sur la collectivité. La plupart des gens qui viennent nous voir suite à une agression veulent déménager. Il devient alors difficile de les suivre médicalement et psychologiquement. A l'avenir, nous souhaiterions ouvrir nos services 24 heures sur 24, et peut-être ouvrir une clinique dans un autre quartier où nous avons constaté qu'il y avait des besoins, parce que nous allons souvent y chercher des personnes victimes d'agressions.

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