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Gaza : les soins post-opératoires reflètent l’intensité de la violence

Riyad 19 ans. Le 5 janvier il a été grièvement blessé par un tir d'obus. Sa jambe gauche a dû être amputée. Il est désormais suivi à la clinique MSF de la ville de Gaza où il bénéficie de soins post opératoires.
Riyad, 19 ans. Le 5 janvier, il a été grièvement blessé par un tir d'obus. Sa jambe gauche a dû être amputée. Il est désormais suivi à la clinique MSF de la ville de Gaza où il bénéficie de soins post-opératoires. © Frederic Sautereau / Oeil Public

Plus de 5 000 personnes ont été blessées entre le 27 décembre et le 18 janvier dans la bande de Gaza. Nombre d'entre elles nécessitent désormais des soins post-opératoires pour limiter les complications et recouvrer autant que possible leur mobilité. Michèle, superviseur MSF à Gaza, compare les soins post-opératoires à une courbe de température des différentes phases de conflits dans la bande de Gaza.

De quel type de blessures souffrent les patients qui ont intégré le programme depuis le cessez-le-feu du 18 janvier ?
Neuf nouveaux patients sur dix souffrent de blessures liées à des explosions de bombes : principalement des fractures et des plaies.

Parmi les 196 patients admis dans le programme de soins post-opératoires MSF depuis le cessez-le-feu, près de la moitié ont eu un ou plusieurs membres fracturés.

Nous voyons aussi beaucoup de brûlures, ce qui est nouveau. Aujourd'hui, plus d'un nouveau patient sur dix est soigné pour des brûlures, 10 à 15% de la surface corporelle est touchée.

Un grand nombre de civils ont été blessés : plus d'un tiers des patients admis depuis mi-janvier sont des enfants de moins de quinze ans, des femmes ou des personnes âgées.

Depuis l'ouverture de ce programme en juillet 2007, l'activité varie en fonction du type et des niveaux de violence. Durant les périodes d'affrontements entre groupes palestiniens, nous avons principalement soigné des hommes jeunes, souffrant de blessures par balle.

Durant les périodes d'offensive israélienne, ce sont des blessures multiples, sans distinction de sexe ou d'âge. La grande différence entre la dernière opération militaire israélienne (fin décembre-début janvier) et celle de mars dernier, tient au nombre très élevé de blessés, en particulier de civils. Sinon, le type de blessure et la gravité sont similaires.

Les secours médicaux palestiniens, comme les organisations internationales médicales sur place, ont dénoncé durant la guerre les grandes difficultés pour accéder aux blessés. Constatez-vous aujourd'hui des conséquences liées à un retard des soins ?
Indéniablement, les blessés n'ont très souvent pas pu recevoir les soins médicaux nécessaires.

Parmis nos patients, la moitié environ subiront des séquelles plus ou moins graves : 96 sur 192 sont suivis pour de la kinésitherapie.
Michèle, superviseur MSF à Gaza
Aujourd'hui, il est difficile de préciser si les conséquences que nous constatons sont liées au délai entre le moment de la blessure et les premiers soins, ou à une sortie d'hôpital trop rapide afin de libérer rapidement des lits pour pallier l'afflux de blessés.

Mais sur 100 nouveaux patients, 25% ont des plaies infectées et 45% supplémentaires présentent des risques élevés d'infection. Depuis la réouverture de notre programme post-opératoire, nous avons admis 203 patients pour des pansements, soit trois fois plus que la moyenne habituelle.

Les blessés sont si nombreux que nous avons adapté notre stratégie : les blessés légers, ainsi que les patients proches de la guérison, sont renvoyés vers les centres de santé et les blessés ayant uniquement besoin de kinésithérapie sont en liste d'attente.

Ces soins sont moins urgents mais, plus ils sont retardés, plus il sera difficile pour les patients de récupérer leur mobilité. Nous avons ouvert une troisième clinique de soins de réhabilitation le 8 février, dans le Nord de la bande de Gaza et, au total, nous comptons actuellement 337 patients dans le programme.

Est-il possible d'évaluer aujourd'hui le nombre de blessés qui subiront un handicap à long terme ?
Les blessés étant pris en charge dans différentes structures médicales, seule une enquête épidémiologique étendue pourrait apporter une réponse à cette question. Les éléments d'informations apportés par le programme MSF de soins post-opératoires ne sont pas représentatifs de l'ensemble des blessés puisque les critères d'inclusion ciblent les blessés sévères. Et il faut préciser que ceux qui étaient très grièvement blessés ont souvent été pris en charge dans des structures médicales à l'étranger.

Concernant les patients que nous suivons, nous constatons que la moitié environ subira des séquelles plus ou moins graves : 96 sur 192 suivis pour de la kinésitherapie.

La difficulté aujourd'hui, c'est le nombre de patients qui souffrent de plusieurs blessures et donc, à terme, de plusieurs handicaps.
Michèle, superviseur MSF à Gaza

Le handicap est évident concernant les blessés qui ont été amputés. 20 patients actuellement dans le programme ont perdu un ou plusieurs membres. Après les soins post-opératoires, d'autres organisations prennent le relais de MSF pour l'équipement de prothèses, par exemple.

Plus d'une trentaine de patients resteront plus ou moins lourdement handicapés parce qu'une de leurs articulations ne fonctionne plus. Et une vingtaine environ a perdu la sensibilité nerveuse à un ou plusieurs endroits.

Quand le nerf est sectionné, seule une opération chirurgicale peut apporter un résultat mais il n'y a pas, actuellement, à Gaza de chirurgien spécialisé dans ce type d'opération neurologique.

La difficulté aujourd'hui, c'est le nombre de patients qui souffrent de plusieurs blessures et donc, à terme, de plusieurs handicaps. Je pense par exemple à un patient qui cumule des fractures à la jambe droite, à la jambe gauche et à un bras. Ou un autre, qui a subi une amputation bilatérale et a également été touché à l'abdomen.

Nous annonçons graduellement le diagnostic aux patients et nous travaillons également avec l'équipe MSF du programme psychosocial pour proposer un soutien psychologique aux patients qui en ont besoin.


L'intervention de MSF dans la bande de Gaza comprend également des programmes de soins pédiatriques, psychologiques et chirurgicaux. Des blessés ayant besoin d'interventions chirurgicales de reprise ou spécialisées sont pris en charge dans un hôpital temporaire de Gaza ville.

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