Corne de l'Afrique : taux de malnutrition alarmants à Dadaab, au Kenya

Hôpital MSF dans le camp de Dagahaley Dadaab Kenya 09/07/2011.
Hôpital MSF dans le camp de Dagahaley, Dadaab, Kenya, 09/07/2011. ©Serene Assir/MSF

Une évaluation MSF révèle des taux de malnutrition alarmants parmi les réfugiés somaliens qui affluent autour du camp de Dadaab, dans le nord-est du Kenya. MSF renforce son intervention à l'intérieur et à l'extérieur du camp de réfugiés.

Chaque jour, des milliers de Somaliens continuent d'arriver dans le camp surpeuplé de Dadaab, dans le nord-est du Kenya. Ils fuient le conflit en Somalie et la sécheresse qui affecte leur pays. Une fois arrivés à destination, épuisés par des jours voire des semaines de voyage, ils ne trouvent pas l'assistance nécessaire.

Chaleur extrême, manque d'eau et de système d'assainissement, retard dans l'enregistrement et dans la distribution de rations de nourriture... les conditions de vie des nouveaux arrivants sont extrêmement difficiles.

Les trois camps de Dadaab (Ifo, Hagadera et Dagahaley), qui constituent le plus grand camp de réfugiés au monde, affichent complets. Prévus pour héberger 90 000 personnes, ils accueillent aujourd'hui 400 000 réfugiés.

Les équipes MSF fournissent des soins médicaux aux 113 000 occupants de Dagahaley. Quelque 25 000 personnes vivent déjà à l'extérieur de Dagahely et ce chiffre est en augmentation constante, avec près de 500 arrivées par jour.

Taux de malnutrition extrêmement élevés

A la mi-juin, MSF a procédé à une rapide évaluation nutritionnelle auprès de 500 enfants entre 6 mois et 5 ans. Les résultats ont dépassé les pires craintes. 37,7% d'entre eux souffraient de malnutrition aigüe globale, dont 17,5% étaient sévèrement atteints avec un risque élevé de décès. Les enfants jusqu'à dix ans présentaient aussi des taux de malnutrition importants.

« Le taux de malnutrition est très élevé. Nous sommes extrêmement inquiets, déclare Monica Rull, responsable des projets MSF au Kenya et en Somalie. La majorité des nouveaux arrivants ont fui parce qu'ils n'avaient plus rien à manger et pas seulement parce que leur pays est en guerre depuis des décennies », ajoute Anita Sackl, coordinatrice de cette évaluation nutritionnelle."

Suite aux résultats inquiétants enregistrés dans les zones hébergeant les nouveaux arrivants, MSF a décidé d'inclure les enfants âgés de plus de cinq ans dans ses programmes nutritionnels à Dagahaley.

L'aide humanitaire trop lente

La lenteur de l'aide humanitaire est également problématique. Les refugiés doivent attendre jusqu'à 40 jours avant d'être officiellement enregistrés par le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR) et recevoir une carte donnant droit à des distributions régulières de nourriture. Dans l'intervalle, ils n'obtenaient qu'une ration alimentaire pour deux jours et un bidon en plastique de cinq litres d'eau.

« C'était totalement inacceptable », dénonce Monica Rull, qui se réjouit toutefois des récentes améliorations. « Depuis le début du mois de juillet, les réfugiés reçoivent de la nourriture pour 15 jours. Mais c'est toujours insuffisant. Le Programme alimentaire mondial (PAM) doit procéder à des distributions régulières. Une enquête nutritionnelle pour l'ensemble des camps de Dadaab devrait aussi être menée pour tous les enfants en dessous de dix ans, afin d'adapter les programmes nutritionnels.»

En outre, MSF réclame l'accélération de la procédure d'enregistrement. Actuellement, il n'existe qu'un seul centre d'enregistrement dans le camp d'Ifo pour l'ensemble de l'énorme complexe de Dadaab.

Dans certaines zones des campements improvisés à l'extérieur de Dagahaley, certains réfugiés ne recevaient même pas trois litres d'eau par jour. Un minimum vital pour des climats chauds mais qui ne permet même pas d'assurer les besoins d'hygiène les plus basiques. Une augmentation de l'approvisionnement est indispensable. Les équipes de MSF ont commencé à distribuer plus de 100 mètres cube d'eau par camion chaque jour.

MSF élargit ses programmes médicaux

A l'hôpital géré par MSF dans le camp de Dagahaley et sur ses cinq centres de santé, près de 1 600 enfants atteints de malnutrition aigüe sévère reçoivent des soins en ambulatoire. Plus de 700 nouvelles admissions sont enregistrées chaque semaine dans les programmes supplémentaires, la majorité provenant d'un poste de santé récemment ouvert en périphérie du camp, là où s'installent la plupart des nouveaux arrivants.

La semaine dernière, le personnel a hospitalisé 107 enfants en soins nutritionnels intensifs. Comme l'hôpital fonctionnait déjà au-dessus de ses capacités, une extension de 60 lits pour les soins pédiatriques incluant la prise en charge de la malnutrition a été construite.

MSF appelle de nouveau tous les acteurs travaillant à Dadaab à augmenter leurs activités afin de fournir une assistance adéquate aux réfugiés, y compris en périphérie des camps. De plus, il est urgent de trouver des solutions acceptables pour désengorger le complexe de Dadaab.

MSF fournit des soins médicaux au Kenya depuis 1992 et travaille dans les camps de Dadaab depuis 14 ans. Depuis 2009, MSF est le seul prestataire de soins médicaux dans le camp de Dagahaley. Dans les cinq centres de santé et l'hôpital de 170 lits où travaille MSF, les équipes fournissent des soins aux 113 000 résidents du camp.

Carte de nos activités dans la Corne de l'Afrique ( août 2011)

Dossier : urgence Somalie

Retrouvez notre dossier consacré aux activités de MSF dans le Corne de l'Afrique.

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