Cisjordanie - Raisons hantées : Des balles réelles, un fauteuil et des oiseaux

Yaqub
Yaqub ©MSF

Pendant une semaine, MSF publie chaque jour le récit de patients de Cisjordanie suivis dans le programme de soins psychologiques et victimes de la violence générée par la colonisation israélienne continue des Territoires palestiniens. En recueillant ces témoignages, MSF souhaite partager la réalité de la vie quotidienne des patients : des vies vécues sous occupation.

Yaqub a dix-sept ans. Il vit avec sa famille dans le camp de réfugiés d'Al Fawwar près d’Hébron. Ce camp a été créé en 1950 pour les réfugiés, après ce que les palestiniens appellent ‘la Nakba’ (la catastrophe), faisant référence à l'exode de la population arabe palestinienne en 1948. Sept mille Palestiniens vivent dans ce camp qui est connu pour être une zone sensible où se déroulent de fréquents affrontements avec les forces israéliennes. Au début, le camp abritait environ quatorze mille personnes, mais année après année, la moitié d'entre eux ont migré vers la Jordanie.

A seulement deux kilomètres du camp se trouve une base militaire israélienne. La tour qu’aperçoivent les Palestiniens est d’ailleurs là pour leur rappeler sa présence, mais ils ne l’oublient pas. Tous les jours, la population est soumise aux barrages de contrôle de l’armée. La colonie israélienne de Hagai d’une surface d’environ 400 km2 se trouve elle à quatre kilomètres de là.

Mais ces préoccupations n’étaient pas celles de Yaqub un certain 9 janvier, il y a plus de quatre ans maintenant. Il était alors soulagé d’avoir terminé un examen d’arabe à l’école et se préparait à jouer au football avec ses camarades. Près de l’école se tenaient quatre ou cinq soldats israéliens. Certains enfants les ont vus et ont commencé à jeter des pierres dans leur direction. Les soldats ont riposté par des tirs. A balles réelles.

Yaqub n’a pas de souvenir de ce qui s’est passé. Il a perdu conscience et s'est réveillé à l'hôpital. La balle a traversé son abdomen, elle a touché son dos et sa moelle épinière. Il ne sera plus capable de marcher mais personne ne lui a dit. Même pas les médecins qui lui ont expliqué que son état était critique et qu’il devrait plus tard suivre un traitement spécial en Jordanie où Yaqub passera par la suite près de deux mois.

Lorsque Yaqub est rentré à la maison, c’est sa mère qui lui a appris la mauvaise nouvelle. Il aura besoin d’un fauteuil roulant à partir de maintenant. Yaqub n’arrivait pas à digérer la nouvelle. Il dirigeait toute sa colère vers sa maman. Il criait sur elle, il la battait, il cassait tout ce qui lui tombait sous la main. Il n’arrivait pas à dormir. Il a pleuré pendant plusieurs jours.

Désespérée, la maman de Yaqub a fini par faire appel à MSF pour obtenir des conseils. « La psychologue et un traducteur sont venus me voir, se rappelle Yaqub, ils m'ont aidé à gérer ma colère. » Suivi également par un médecin, Yaqub a maintenant fini son traitement. Il passe désormais beaucoup de temps dans le garage de son oncle, à observer ce dernier et ses cousins réparer les voitures. Il a aussi trouvé une nouvelle occupation. Il aime prendre soin des oiseaux. « Je me sens parfois comme mes deux oiseaux dans la cage, incapable de voler. Mais j'espère que j’aurai plus tard un fauteuil roulant électrique qui me permettra de voler et d’aller partout en Palestine. »

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► Retrouvez l'intégralité des témoignages de Cisjordanie dans notre dossier "Raisons hantées".

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