Bangladesh : la vie des réfugiés rohingyas dans le camp 18 de Kutupalong-Balukhali

Saison de la mousson dans le camp de Kutupalong-Balukhali. Bangladesh. 2018. 
Saison de la mousson dans le camp de Kutupalong-Balukhali. Bangladesh. 2018.  ©MSF

Hasina, Fatima, Mohamed sont des Rohingyas déracinés qui vivent au Bangladesh. Ils ne se connaissent pas mais ils partagent le destin des centaines de milliers d’autres Rohingyas qui ont fui les violences au Myanmar l’an dernier.

Ils ont un point commun, ils vivent tous les trois avec leur famille dans le camp 18. Voici leur témoignage. 

Carte des différents camps du site de Kutupalong-Balukhali au Bangladesh. 2018.
 © MSF - Juillet 2018
Carte des différents camps du site de Kutupalong-Balukhali au Bangladesh. 2018. © MSF - Juillet 2018

De même qu’une ville est organisée en quartiers, le site de Kutupalong-Balukhali au Bangladesh est divisé en 22 camps. Cet immense camp de réfugiés n’a cessé de s’étendre. Plus de 620 000 Rohingyas y sont installés. Ils ont fui le Myanmar après que les violences ont éclaté en août 2017. Et ils ont construit des abris sur ce relief vallonné du district de Cox’s Bazar. Ensuite une route a été tracée du nord au sud du camp pour pouvoir circuler et acheminer l’aide au milieu de ces innombrables collines.

En suivant cette route, on arrive dans le camp 18 qui se trouve dans le sud-ouest du site de Kutupalong-Balukhali. Ce camp ne se distingue guère des autres si ce n’est qu’iI fait partie des secteurs récemment aménagés pour accueillir les réfugiés rohingyas et désengorger des zones surpeuplées dans l’est du site.

Il présente le même visage avec ses sentiers escarpés qui serpentent au milieu des abris alignés les uns à côté des autres. Le camp 18 compte plus de 29 300 Rohingyas, soit environ 6 500 familles. C'est ici que vivent Hasina, Fatima et Mohammed, trois chefs de famille. 

Hasina, 35 ans

Hasina est veuve. Après que son mari a été tué au Myanmar, elle a pris la fuite avec ses cinq enfants : deux garçons et trois filles.

Hasina est arrivée en octobre dernier dans le district de Cox’s Bazar. Elle a de la famille qui habite dans la même rue et l’aide un peu. Mais la vie au quotidien n’est pas facile pour elle. Le point d’eau qui se trouvait à proximité est hors service et il faut aller dans un autre quartier du camp pour avoir de l’eau.

Elle a également besoin de bois pour cuisiner. Or ses enfants sont petits et elle a peur de les envoyer dans la forêt pour en ramasser. Parce qu’il faut aller loin pour en trouver. Il n’y a plus un arbre aux alentours. Il faut parfois jusqu’à trois heures de marche pour ramasser du bois. En revanche dans d’autres camps, quelques Rohingyas sont plus chanceux, ils ont reçu des réchauds à gaz.

Maintenant, avec l’arrivée de la mousson, Hasina doit faire face à d’autres difficultés. Elle a peur que son abri ne résiste pas aux intempéries, aux fortes pluies et aux bourrasques de vent. Son abri est, comme tous les autres, une petite construction fragile : des piliers en bambous plantés dans le sol et de fines tiges de bambou tressées pour former des murs, le tout étant recouvert d’une bâche en plastique.

Pour éviter que les toits s’envolent, beaucoup de réfugiés posent dessus quelque chose de lourd, le plus souvent des sacs remplis de terre. Les Rohingyas construisent eux-mêmes ces abris avec les matériaux donnés par des acteurs de l’aide.

Fatima, mère de quatre enfants

Fatima a d’abord habité le camp 16, situé plus vers l’est, un camp surpeuplé qu’elle a dû quitter pour venir dans le camp 18. Pour s’y installer, elle a reçu un kit avec les matériaux nécessaires pour construire un abri, accompagné du mode d’emploi.

Pour construire leur abri, les Rohingyas reçoivent un kit de construction et des instructions. Bangladesh 2018.
 © Brigitte Breuillac/MSF
Pour construire leur abri, les Rohingyas reçoivent un kit de construction et des instructions. Bangladesh 2018. © Brigitte Breuillac/MSF

Mais Fatima aussi est veuve et comme elle ne pouvait pas se charger de la construction de son abri, elle a demandé l’aide du maji (le responsable rohingya du quartier où elle vit) qui lui a envoyé des volontaires pour le faire.

Fatima est réfugiée au Bangladesh, depuis octobre dernier, avec ses quatre enfants de 3, 7, 9 et 11 ans. Mais ce n’est pas la première fois qu’elle vient au Bangladesh. Déjà en 1992, elle avait fui le Myanmar parce que les autorités soumettaient les Rohingyas à des travaux forcés.

Elle avait alors vécu deux ans dans un camp au Bangladesh avant de retourner dans son village. Sa maison avait été détruite et sa famille avait dû en reconstruire une nouvelle. L’an dernier, elle a donc fui le Myanmar une seconde fois. Ce n’était plus possible de rester là-bas.

Pour offrir des soins aux réfugiés rohingyas, de nombreuses structures sont installées à Kutupalong-Balukhali. MSF a par exemple ouvert, dans les différents camps, cinq hôpitaux, dix postes de santé et trois centres de santé qui fonctionnent 24 heures sur 24

Quand un de ses deux fils est tombé malade, Fatima l’a emmené consulter. Elle s'est rendue au dispensaire de MSF qui se trouve dans le camp 18. C'est là que les équipes de Médecins Sans Frontières lui ont dit que son fils avait les oreillons.

Dispensaire MSF dans le camp 18

L’équipe MSF donne en moyenne 150 consultations médicales par jour dans le dispensaire du camp 18.

Les principales pathologies sont les diarrhées, les infections respiratoires et les infections cutanées, toutes les trois fréquentes dans le camp de Kutupalong-Balukhali. 

© Brigitte Breuillac/MSF

Soins médicaux, distribution de nourriture, distribution de biens de première nécessité, comme des moustiquaires et des bidons d’eau, mais aussi forage de puits pour fournir de l’eau... L'aide humanitaire revêt ces diverses formes dans le camp de Kutupalong-Balukhali, qui est le plus grand camp de réfugiés au monde à l’heure actuelle. 

Mohamed, 45 ans

Globalement les besoins des réfugiés sont couverts même si la distribution de l’aide peut s'avérer inégale. Certains Rohingyas arrivent à mieux se débrouiller quand ils trouvent des petits boulots, comme Mohamed. Ce père de famille de 45 ans a fui le Myanmar après la disparition de l’un de ses fils, l’an dernier.

Comme Mohamed travaille de temps à autre, il a réussi à s'acheter un téléphone, ce qui lui permet de joindre son frère. Dans son village au Myanmar, Mohamed avait un magasin d’alimentation. Mais il a tout perdu. Son magasin a été brûlé par les militaires et sa maison a également été réduite en cendres.

Son abri dans le camp 18 est évidemment moins confortable que ne l’était sa maison. Il y a une cuisine avec un fourneau en terre cuite construit sur le sol et deux pièces, avec pour seul décor un tapis de prière. Toutefois, le point d’eau n’est pas loin, c'est un avantage. Car dans les camps  construits récemment, les familles rohingyas sont moins bien loties. Les forages et les latrines sont rares, comme dans l’extension du camp 20, situé un peu plus loin vers l'Ouest.

Le camp 20 est une extension nouvelle dans laquelle les réfugiés rohingyas qui vivent des zones surpeuplées, à risque de glissements de terrain ou d'inondations, seront installés.

 
 © Brigitte Breuillac/MSF
Le camp 20 est une extension nouvelle dans laquelle les réfugiés rohingyas qui vivent des zones surpeuplées, à risque de glissements de terrain ou d'inondations, seront installés.   © Brigitte Breuillac/MSF

À lire aussi