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Afghanistan : accoucher en sécurité, le combat des femmes de Khost

Une pédiatre examine un nouveau-né à la maternité de Khost, en Afghanistan. Octobre 2021.
Une pédiatre examine un nouveau-né à la maternité de Khost, en Afghanistan. Octobre 2021. © Oriane Zerah

Depuis la prise de pouvoir des Talibans en août dernier, de nombreux gouvernements et bailleurs internationaux ont décidé de suspendre leurs financements à destination de l’Afghanistan. Le secteur bancaire est paralysé, les fonctionnaires ne reçoivent plus de salaire et la plupart des services de base, dont ceux de santé, ne sont pas garantis. Dans la maternité de Khost, dans l’est du pays, Médecins Sans Frontières (MSF) a élargi ses critères d'admission aux femmes enceintes ne présentant pas de complications afin d'améliorer leur accès aux soins maternels.

Depuis des années, les équipes de MSF ont constaté les conséquences des coupes budgétaires dans le financement du système de santé afghan. A cela se sont ajoutées les sanctions économiques à l’encontre du nouveau gouvernement au pouvoir depuis le mois d’août. Bien que certains financements aient été rétablis depuis, le système sanitaire, déjà fragile par le passé, est encore moins financé qu’avant et ne permet toujours pas de répondre aux besoins de la population. Dans les zones rurales plus isolées, la grande majorité des femmes n'a pas un accès suffisant aux soins obstétriques, d’autant plus limité aujourd’hui par la pénurie de sages-femmes et de médecins.

« Nous avons vu très rapidement que le système de santé se détériorait, explique Lou Cormack, coordinatrice du projet MSF à Khost. Les établissements publics ont commencé à avoir de moins en moins de médicaments, car la chaîne d'approvisionnement s’est interrompue. Le personnel n’a plus été payé. Nous avons même entendu dire qu'un hôpital local effectuait des opérations à la lampe torche. Le système de santé publique, qui était déjà en difficulté avant la suspension des financements, ne fonctionne presque plus. »

Depuis son ouverture en 2012, la maternité de Khost s'est concentrée sur les grossesses présentant des complications. Dans le climat d’incertitude généralisée lié au changement de gouvernement, les équipes de MSF ont décidé d’élargir leurs critères d’admissions afin de permettre à toutes les femmes qui le souhaitent de venir accoucher gratuitement à la maternité. En septembre, plus de 1 650 accouchements ont été réalisés à la maternité MSF, et plus de 2 000 autres en novembre

Portrait d'un nouveau-né, maternité de Khost, Afghanistan, octobre 2021.
 © Oriane Zerah
Portrait d'un nouveau-né, maternité de Khost, Afghanistan, octobre 2021. © Oriane Zerah

« Lorsque les femmes n'ont pas les moyens de se faire soigner et qu’elles accouchent à la maison, elles risquent des complications hémorragiques ou encore des troubles graves de l'hypertension artérielle sans personne sur place pour les diagnostiquer, explique Aqila, sage-femme afghane. Nous savons que cela se produit parce que les structures de santé publiques sont fermées et que les médecins privés sont hors de prix. »

Le personnel médical a fait de son mieux pour continuer à fournir des soins aux femmes enceintes, malgré le manque de financement. « Dans le système public, nous avons entendu parler de travailleurs de santé qui se cotisent pour acheter des équipements médicaux afin de garder leurs établissements ouverts, continue Lou Cormack. Lorsqu’une femme a besoin d'une césarienne, ils achètent eux-mêmes le carburant pour faire fonctionner le générateur pendant l'intervention, alors même qu’ils ne sont pas payés depuis des mois. »

Les équipes de MSF ont apporté leur soutien aux unités d'accouchement de huit centres de santé primaires situés dans les districts ruraux de Khost. Récemment, elles ont fourni du carburant et des kits pour les accouchements sans complications, incluant des médicaments de base, des produits pour l’hygiène et un bonnet pour le nouveau-né. 

Une sage-femme de l'équipe de MSF s'occupe d'un nourrisson dans la salle d'accouchement de la maternité de Khost, en Afghanistan. Octobre 2021.
 © Oriane Zerah
Une sage-femme de l'équipe de MSF s'occupe d'un nourrisson dans la salle d'accouchement de la maternité de Khost, en Afghanistan. Octobre 2021. © Oriane Zerah

L'organisation locale qui gère la plupart des centres de santé dans la province de Khost a reçu un financement jusqu'en janvier. Si ces établissements seront à nouveau opérationnels, la maternité de MSF reviendra à ses critères d'admission initiaux, en se concentrant sur les femmes enceintes qui présentent des complications à l’accouchement. 

La maternité de Khost comprend un service d'hospitalisation de 60 lits, une unité d'accouchement de 8 lits, une unité pour nouveau-nés de 28 lits, dont une unité de soins intensifs néonatals de 10 lits, deux salles d'opération et une zone dédiée aux soins maternels kangourou (dans laquelle les mères sont encouragées à établir un contact peau à peau avec leur bébé). Des vaccinations pour les nourrissons, des services de planning familial et des activités de promotion de la santé sont également proposés.

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