Des femmes attendant la distribution alimentaire dans le camp de Bentiu.
Des femmes attendant la distribution alimentaire dans le camp de Bentiu. Avril 2016 © Kate Geraghty/Fairfax Media

Quand les combats ont éclaté à Juba fin 2013 et se sont étendus à tout le Soudan du Sud, MSF a décidé d’envoyer des équipes et du matériel médical dans les zones les plus sévèrement touchées. Le nombre de projets est rapidement passé de 13 à 17, à travers neuf États. MSF travaille notamment auprès des communautés déplacées dans le camp de Bentiu, dans le nord du pays.

La grande région du Sudd, dans le nord du pays est l'endroit où le Nil et ses affluents convergent pour créer l’une des zones humides les plus vastes du monde. Des milliers de civils y ont été forcés de fuir vers les zones rurales ou marécageuses, ou de se placer sous la protection des troupes de maintien de la paix de la MINUSS, dans un site de protection des civils proche de Bentiu. En mai 2016, la population de ce camp a atteint 125 000 personnes. À elle seule, cette région abrite près de 600 000 personnes déplacées.

Cette forte augmentation de la population a mis sous pression les ressources médicales et humanitaires sur place. Depuis le début de l’année, MSF n’a cessé d’étendre ses activités à Bentiu. MSF y gère un programme de santé communautaire dans le camp. Cinq jours par semaine, 120 personnels se rendent dans le camp à la rencontre des populations, identifient les besoins sanitaires et si besoin réfèrent les patients à l’hôpital.

MSF gère également un hôpital de 160 lits proposant des soins secondaires ainsi que des services d’urgence et de chirurgie aux populations du camp. L’équipe médicale propose des soins maternels aux cas les plus complexes, des soins obstétriques, et un programme d’aide aux victimes de violences sexuelles. Les enfants souffrant de malnutrition sont transférés vers un centre nutritionnel thérapeutique. Une clinique prend également en charge les enfants de moins de cinq ans. Les épidémies de maladies contagieuses ont poussé MSF à mettre en place deux unités d’isolement de patients potentiellement porteurs de l’hépatite E ou de la rougeole. L’équipe médicale a également commencé à mener des tests de dépistage de la tuberculose.

Dans la ville de Bentiu, MSF se bat pour permettre à la communauté et aux populations déplacées de bénéficier de soins. L’équipe médicale y gère un centre de soins primaires qui peut transférer des patients vers l’hôpital de la ville ou vers celui de MSF, dans le camp de protection des civils. Les femmes peuvent également effectuer des consultations prénatales et bénéficier de soins psychosociaux si elles ont été victimes de violence sexuelles.

Plus de 29 membres internationaux du personnel et 450 travailleurs sud-soudanais soutiennent les projets de MSF à Bentiu.

L'HISTOIRE DE NANTIEK, DÉPLACÉE DANS LE CAMP

Nantiek © MSF

Nantiek et un travailleur de la santé © MSF

Nantiek, à la tête d’une famille de douze personnes, vit dans le camp de protection des civils de Bentiu, dans le nord du Soudan du Sud. Depuis qu’elle et les membres de sa famille sont arrivés dans le camp, ils se trouvent pour la seconde fois menacés d’expulsion par l’administration des Nations unies. Ils y vivent depuis plusieurs mois, depuis qu’ils ont été contraints de fuir la ville de Leer, abandonnant tout derrière eux.

Elle se tient là, pieds nus, dans la boue. Elle porte sa plus jeune petite-fille dans les bras, qui souffre d’un grave handicap. Nantiek est fatiguée, mais s’exprime avec force. Elle a connu tant de difficultés depuis qu’elle et sa famille ont fui leur village, situé près de Leer, à environ 120 kilomètres de là. Ils ont fui la guerre, les violences et la faim.

Comme près de 125 000 autres personnes, Nantiek et sa famille ont trouvé refuge dans le camp de protection des civils de la MINUSS (Mission des Nations unies au Soudan du Sud) à Bentiu, dans le nord du Soudan du Sud. Depuis juin 2015, ils vivent dans des conditions extrêmement précaires. Beaucoup d’autres se trouvent dans cette situation depuis encore plus longtemps. Chaque mois, environ 1 000 nouvelles personnes arrivent dans le camp et environ 1 000 le quittent. Rien qu’au mois de juillet, le camp a compté 8000 nouveaux arrivants, suite à une nouvelle flambée de violences dans le pays. De nombreux enfants errent dans le camp ou jouent dans la boue sous une chaleur pouvant atteindre les 48 degrés à l’ombre.

Mais la saison des pluies a transformé le sol en véritable boue qui s’accroche aux pieds et les alourdit d’un kilo chacun. L’arrivée de la pluie marque également le retour des moustiques, vecteurs du paludisme, qui menacent la vie de nombreux enfants.

« Notre maison s’est fait piller, nos vaches ont été volées et nous avons dû partir. Nous avons tout laissé », raconte Nantiek. Cette histoire est celle de centaines d’autres familles. « Nous avions aussi très faim », ajoute-t-elle. « Ici au moins, ils ne vont pas nous faire de mal, ils nous donnent un peu de nourriture et d’eau, un abri, et nous pouvons nous rendre au centre médical ou à l’hôpital de MSF lorsque nous sommes malades. Mais ils veulent que nous bougions à nouveau à l’intérieur du camp. Nous avons déjà été déplacés. Nous avons d’abord été au site de protection des civils 3. Puis ils nous ont dit d’aller au site 2. Et maintenant, ils veulent qu’on change à nouveau d’endroit, mais ils ne nous donnent ni emplacement ni abri. J’en ai assez de devoir bouger. »

Le camp est divisé en blocs de différents niveaux (les sites de protection des civils), équipés de latrines et de points d’eau, mais chaque personne n’a droit qu’à neuf litres d’eau par jour. Le Programme alimentaire mondial s’occupe de la distribution de nourriture. Pour un mois, une famille de cinq personnes reçoit un sac de 50 kilos de sorgho, de l’huile et quelques tasses de lentilles – à peine de quoi survivre. L’hôpital de MSF au sein du camp soigne un flot continu d’enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère.

Nantiek veut rentrer. « J’ai envie de retrouver mon village, mes vaches et mes récoltes, mais nous avons tout perdu. Nous ne sommes pas bien ici, mais nous avons besoin de sécurité. »

En attendant, Nantiek reste ici, entre les clôtures et les fossés du camp de protection des civils de Bentiu, sous la protection de la MINUSS et avec l’obligation de s’installer ailleurs dans le camp.