A l'hôpital de Kampong Cham, au Cambodge en janvier 2011 © Sean Brokenshire / MSF

A l'hôpital de Kampong Cham, au Cambodge, janvier 2011 © Sean Brokenshire / MSF

Avec 1,5 millions de décès annuels (OMS, 2014), la tuberculose est la deuxième maladie la plus meurtrière dans le monde, après le VIH. Chaque année, on estime que neuf millions de personnes développent la forme active de la maladie, mais plus d'un tiers d'entre elles ne sont pas diagnostiquées ou mises sous traitement. 95% des personnes qui meurent de tuberculose vivent dans les pays en développement. 

On estime qu'en 2013, près de 500 000 personnes ont développé une forme de tuberculose résistante aux médicaments (TB-R). Alors que le non-respect des traitements ou leur interruption sont à l'origine de l'émergence de bactéries résistantes, la transmission directe, de personne à personne, des formes résistantes est également inquiétante: dans certains pays d'Europe de l'Est, jusqu'à la moitié des patients atteints de TB-R n'avaient jamais été soignés auparavant.

En dépit de ce constat, les outils diagnostiques et les traitements sont obsolètes et la recherche médicale insuffisante pour développer des outils à la hauteur des besoins. L'arrivée de deux nouveaux médicaments contre la tuberculose - les premiers développés contre la maladie depuis 50 ans - représente l'espoir d'aboutir à de nouveaux traitements plus efficaces. Mais ces médicaments demeurent pour l'heure difficilement accessibles, et la recherche sur leur inclusion dans de nouveaux traitements n'avance que très lentement.

Dans certaines régions, comme en Afrique centrale et australe, la pandémie de sida a largement contribué au développement de la tuberculose. La co-infection VIH/sida et tuberculose est un duo mortel et difficile à traiter, et la tuberculose est la principale cause de décès des personnes vivant avec le VIH.

La tuberculose en vidéos

Découvrez les multiples facettes de la tuberculose, de ses origines à sa prise en charge par MSF en passant par sa répartition sur la planète et la manière dont le corps se défend contre cette maladie à travers nos vidéos.



SERIE DOCUMENTAIRE « GRANDES TUEUSES »

La Fondation Mérieux, l’Inserm, l’Institut Pasteur, Réseau CANOPE, MSF, Universcience, le DNDi… Les principaux acteurs français de la lutte contre les maladies infectieuses présentent la série et le webdocumentaire Grandes Tueuses, disponibles en ligne dès maintenant. Conçues comme un outil de sensibilisation pour le grand public et les acteurs de terrain, les 70 vidéos décrivent 14 grandes problématiques de santé publique et sont en open data, en libre accès et libre utilisation.

Découvrez la série sur la tuberculose :

 

► Allez plus loin avec le webdocumentaire Grandes Tueuses

Construit autour de sept pathologies, ce webdocumentaire propose à l’internaute une découverte interactive et multimédia de l’antibiorésistance, du virus Ebola, de l’hépatite C, du paludisme, de la rougeole, de la tuberculose et du VIH-Sida. Les modules vidéo sont enrichis par une sélection de liens permettant d’en savoir plus.

 

LONG FORMAT

Atavist Géorgie : combattre “le dragon à neuf têtes”

 

Causes

Une maladie très contagieuse

La tuberculose est une maladie bactérienne due au bacille de Koch (Mycobacterium tuberculosis). Dans sa forme la plus commune, le bacille envahit les poumons, c'est la tuberculose pulmonaire.

La tuberculose est une maladie très contagieuse, qui se transmet par voie aérienne. Les principaux symptômes sont une toux persistante, des expectorations (crachats), une perte de poids et de la fièvre. Le bacille de Koch peut également se fixer sur d'autres organes, on parle alors de tuberculose extrapulmonaire (ex. tuberculose osseuse ou abdominale). En l'absence de traitement, la moitié des malades environ meurent au bout de quelques années.

Pour diagnostiquer la tuberculose, la méthode la plus utilisée est l'examen au microscope des crachats des patients. Mais ce test, mis au point en 1882, ne permet d'identifier que la moitié des malades. Il ne détecte pas certaines formes pulmonaires de la tuberculose, ni les formes extra-pulmonaires. Il est peu sensible pour les patients co-infectés par le virus du sida et ne fonctionne pas pour les enfants, qui ne savent pas produire de crachats.

En 2011, un nouveau test diagnostique a été commercialisé, le GenXpert. Il est plus précis et plus rapide, et il permet d'identifier la résistance des bactéries à la rifampicine, l'un des antibiotiques utilisés en première intention dans le traitement de la maladie.

Cependant, pour les formes multi-, voire ultra-résistantes de la maladie, le diagnostic est complexe ; il nécessite des examens de laboratoire techniques et longs (antibiogramme) pour déterminer quels médicaments (antibiotiques) sont encore efficaces.

Epidémiologie

Infection latente ou maladie?

Un tiers de la population mondiale est infectée par le bacille de la tuberculose. Mais la plupart des personnes porteuses de la bactérie ne deviendront jamais malades : l'infection reste latente sans se transformer en maladie.

Toutefois, dans 5 à 10% des cas (source OMS), l'organisme ne parvient pas à contrôler la bactérie. L'infection se transforme alors en maladie, la "tuberculose active".

De plus, la pandémie de sida a fortement contribué à l'expansion de la maladie, car les personnes séropositives, lorsque leurs défenses immunitaires sont affaiblies, ont cinquante fois plus de risques de développer une tuberculose active.

 

Traitement

Des traitements trop longs, pas assez efficaces

Le traitement de la tuberculose simple dure de 6 à 8 mois. Il est basé sur des médicaments anciens, élaborés entre 1940 et 1960. Ce traitement est long et lourd, avec des effets secondaires importants, et doit être suivi scrupuleusement jusqu'à son terme pour en maximiser l'efficacité et réduire le risque d'apparition de résistances à une ou plusieurs des molécules prescrites.

Encore plus difficile à soigner : la tuberculose multirésistante

Lorsqu'ils ne bénéficient pas de traitements complets, qu'ils sont soignés avec des médicaments de mauvaise qualité ou qu'ils font une rechute, certains patients développent des résistances à une ou plusieurs molécules du traitement de première ligne. Il arrive aussi qu'un malade soit atteint directement par une forme résistante de la tuberculose.

Les traitements sont alors plus complexes (une vingtaine de comprimés et des injections pluri-journalières), plus longs (jusqu'à deux ans), plus toxiques (parmi les effets secondaires: surdité, nausées, psychoses,...), plus coûteux, et moins efficaces. Parmi les malades souffrant de tuberculose multirésistante, moins de la moitié de ceux qui débutent un traitement en sortiront guéris. 

Ces dernières années, deux nouveaux médicaments anti-tuberculeux ont été mis au point: la bédaquiline et le délamanide. Premiers médicaments contre la maladie développés au cours des 50 dernières années, ils ont montré des résultats encourageants lors des essais cliniques. Cependant, en avril 2014 ils n'avaient été administrés qu'à un milliers de personnes dans le monde.

Afin d'accélérer la mise sous traitement de patients avec ces nouvelles molécules, ainsi que la recherche de nouveaux traitement les incluant, MSF et trois autres partenaires ont lancé le partenariat end TB

Tuberculose et sida : un duo mortel

Le traitement conjoint de la tuberculose et du sida est difficile. Il faut faire attention aux interactions médicamenteuses, les effets secondaires sont amplifiés, la mortalité et la morbidité sont plus importantes que pour chacun des traitements pris séparément.

Pendant une phase intensive de 2 mois, le patient prend chaque jour un cocktail de 4 médicaments (Rifampicine, Isoniazide, Pyrazinamide et Ethambutol, ou RHZE). Lors de la phase de continuation, le traitement quotidien se limite à 2 molécules, sur une durée de 4 ou 6 mois selon le protocole choisi.

MSF recommande d'utiliser le traitement sur 6 mois, et applique ce principe toutes les fois que cela est possible dans ses projets. Mais le traitement sur 8 mois reste utilisé dans bon nombre de programmes nationaux de prise en charge de la tuberculose.

Ce traitement est long et lourd, avec des effets secondaires importants, et doit être suivi scrupuleusement jusqu'à son terme pour en maximiser l'efficacité et réduire le risque d'apparition de résistances à une ou plusieurs des molécules prescrites.

Pour le simplifier un peu, des combinaisons à doses fixes, qui réunissent en un seul comprimé les 4 molécules, sont disponibles. MSF les utilise dans ses projets, mais ce n'est pas toujours le cas des programmes nationaux de lutte contre la tuberculose des ministères de la Santé.