Syrie : dix ans de guerre

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© Abdul Majeed Al Qareh

Depuis 2011, la Syrie est en proie à une guerre dévastatrice qui s'est enlisée et internationalisée au fil des ans, sur un territoire fragmenté et contrôlé par une multitude d'acteurs. Le conflit a forcé plus de 6,5 millions de personnes à fuir la Syrie et plus de 6 millions de personnes (sources UNHCR) sont aujourd'hui déplacées à l'intérieur du pays, créant ainsi d’énormes besoins humanitaires.

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Situation humanitaire dramatique dans le nord-ouest

Depuis le début de la guerre et des nombreuses attaques menées contre les forces de l'opposition sur le territoire syrien, la province d'Idlib a toujours été une terre d'accueil pour beaucoup de personnes obligées de fuir les combats et de se déplacer à l'intérieur du pays. De nombreuses familles s'y sont ainsi installées au fil des années, au gré des offensives dans la région. 

De décembre 2019 à mars 2020, une opération militaire est lancée dans les provinces d'Idlib et d'Alep par les forces syriennes et leurs alliés russes. Les bombardements aériens ont des conséquences dramatiques pour les populations, contraintes de fuir toujours plus au nord de ces provinces, vers la frontière turque, considérée comme plus sûre. C'est le déplacement de population le plus important depuis le début du conflit : un million de personnes fuit. 

MSF, qui intervient à Atmeh, une ville de la province d’Idlib, ainsi que dans les camps de déplacés de la région depuis 2012,  est témoin de cette situation catastrophique : plus d’un millier de camps informels se forment dans le nord-ouest du pays, surpeuplés et où l’accès aux services de base est quasi inexistant, les conditions de vie insalubres, l'assistance humanitaire insuffisante. Une situation qui s'est aggravée avec la pandémie de Covid-19. 

Les équipes MSF sont notamment présentes dans le camp Deir Hassan dans le nord de la province d'Idlib pour distribuer des biens de première nécessité (kits d'hygiène, nourriture, produits essentiels) et effectuer des consultations médicales. 

© MSF-Mars 2020

Criminalisation de l’aide humanitaire et territoires inaccessibles

Lorsque les manifestations débutent en Syrie au printemps 2011, la répression brutale s’associe à une politique de la terreur, menant les forces loyales à Bachar el-Assad à persécuter les manifestants blessés jusque dans les structures de santé et à mener des représailles contre les médecins qui essayent de les soigner. Des réseaux de médecins s'organisent alors clandestinement, mais manquent de tout. En l’absence d'autorisation officielle pour intervenir en Syrie, MSF entre dans le pays de manière clandestine dès le début du conflit pour assurer l'approvisionnement en médicaments et en matériel médical, avant d'ouvrir un hôpital spécialisé en soins traumatologiques à Atmeh, dans le nord du pays. À cette époque, les équipes MSF travaillent aussi aux frontières des pays limitrophes – comme au Liban et en Jordanie – pour apporter une assistance aux nombreux réfugiés qui fuient la Syrie. 

En 2013, le conflit entre le régime de Bachar el-Assad et les oppositions s’enlise. Le système de santé s'effondre dans les zones contrôlées par l'opposition, toujours privées d'aide humanitaire et victimes des représailles armées du gouvernement, alors que le groupe État islamique (EI) gagne du terrain (Rakka, Kobané, Palmyre, Baghouz). MSF est contrainte de quitter toutes les zones sous contrôle de l'EI après le kidnapping et la détention de cinq de ses volontaires en janvier 2014. Les années suivantes, l’association poursuit ses activités médicales en s’appuyant sur les personnels syriens et continue de soutenir les structures de santé dans le pays.

« Sans issue - Syrie, 10 ans de guerre »

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Structures médicales sans cesse bombardées et assistance humanitaire empêchée

Avec l’internationalisation du conflit en 2014 et 2015 et le déploiement d'une coalition internationale menée par les États-Unis contre l'EI, les violences sur les civils s’intensifient. Assiégée, bombardée, attaquée, déplacée, la population syrienne est exsangue et largement privée d’accès aux soins de santé. L’assistance humanitaire et les infrastructures hospitalières sont ciblées par l’aviation syrienne et ses alliés, principalement russes. Pour la seule année 2015, MSF a répertorié 101 attaques sur les structures de santé qu’elle soutenait en Syrie. Souvent, les bombardements ont lieu en deux temps : la deuxième frappe a lieu après l'arrivée des personnels médicaux et de secours sur les lieux de la première.

Les stratégies de siège mises en place par les forces loyalistes, comme cela a été le cas dans la Ghouta orientale (banlieue de Damas) ou dans la ville d'Alep, coupent les populations civiles de toute aide humanitaire, même la plus essentielle, en bloquant également l’acheminement de nourriture ou des médicaments. Les évacuations pour transférer des patients vers d'autres structures de santé mieux équipées ne sont pas autorisées. 

L’offensive sur Alep en 2016 est une illustration dramatique de ces politiques. Les pénuries de nourriture, d'eau, d'électricité, de médicaments sont le quotidien de la population d’Alep-Est. Alors qu'un corridor humanitaire avait été négocié, un convoi humanitaire est pris pour cible par un bombardement aérien attribué au gouvernement syrien et à son allié russe. La reprise de la ville par les forces loyalistes en décembre 2016 survient après une série de bombardements meurtriers tout au long de l'automne. 

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