VIH : Malgré un meilleur accès au traitement, dans les hôpitaux africains, des malades meurent encore du SIDA

Une nouvelle étude réalisée par MSF montre que la moitié des patients atteints du SIDA et hospitalisés à Homa Bay au Kenya se trouvent en situation d’échec thérapeutique. Alors que le nombre de patients mis sous traitement antirétroviral doit a
©Julie Damond / MSF

Une nouvelle étude réalisée par MSF montre que la moitié des patients atteints du SIDA et hospitalisés à Homa Bay, au Kenya, se trouvent en situation d’échec thérapeutique. Alors que le nombre de patients mis sous traitement antirétroviral doit augmenter dans les années à venir, ces résultats rappellent l’importance d’apporter un soutien - accru et constant - aux patients au cours de leur traitement à vie. Ceci passe, notamment, par une aide à la bonne observance, la détection précoce des échecs de traitement et une amélioration des soins hospitaliers.

Une étude de Médecins Sans Frontières (MSF) souligne l’importance d’un soutien accru et constant aux personnes séropositives sous traitement antirétroviral (ART), et ce y compris au niveau des hôpitaux.

Parmi 690 patients âgés de 13 ans ou plus admis entre décembre 2014 et mars 2015 à l’hôpital de Homa Bay, dans l’ouest du Kenya, ceux atteints du SIDA représentaient plus d’un tiers des admissions et 55% des décès. Bien qu’ayant été mis sous traitement à un moment de leur vie, la moitié de ces patients se trouvaient en échec thérapeutique et souffraient d’infections opportunistes.

MSF va présenter les résultats de cette étude à la Conférence Internationale sur le SIDA et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (ICASA), qui a lieu du 29 novembre au 4 décembre au Zimbabwe.

Si l’étude prend en considération la population hospitalisée dans une structure de référence et sur une période donnée, ces résultats sont cohérents avec ceux observés dans d’autres hôpitaux d’Afrique sub-saharienne : un taux important de malades du SIDA hospitalisés ont été diagnostiqués et mis sous traitement à un moment de leur vie.

« Au début du travail de MSF sur le VIH/SIDA, dans les années 90, nos équipes travaillant dans les hôpitaux des pays en développement étaient confrontées à un nombre important de patients séropositifs et présentant des symptômes cliniques. Il s’agissait, notamment, de personnes qui avaient été dépistées et mises sous traitement trop tard, rappelle Aline Niyibizi, chercheur principal de l’étude. Aujourd’hui, dans les hôpitaux africains, des malades continuent de mourir du SIDA. Bien qu’il y a ait encore des personnes qui n’ont jamais été dépistées et prises en charge, aujourd’hui nous trouvons aussi une part importante de patients ayant rencontré des difficultés dans le suivi de leur traitement et dont les problèmes n’ont jamais été détectés ».

Pourtant, de nombreuses mesures permettent d’éviter que les patients n’atteignent un stade critique d’échec de traitement comme par exemple, l’aide à la bonne observance, et ce dès le début du traitement et tout au long de la vie du patient ; ou encore la possibilité de bénéficier d’un suivi régulier de la charge virale, outil le mieux adapté pour détecter d’éventuels échecs du traitement. Développer davantage la prise en charge décentralisée, dans les centres de santé ruraux, permet également de simplifier le suivi du traitement par les patients.

Dans le sub-county de Ndhiwa, qui fait partie de Homa Bay, MSF et les autorités locales mettent en œuvre ces mesures afin de ramener l’épidémie sous contrôle et de réduire les maladies et décès dus au SIDA. En 2017, une étude évaluera les résultats du projet.

« L’augmentation massive des possibilités d’accès aux traitements antirétroviraux devrait être accompagnée d’un meilleur accompagnement des patients, d’une détection précoce des échecs de traitement et de meilleurs soins hospitaliers pour les patients le nécessitant. Ces derniers sont aujourd’hui les laissés pour compte des efforts fournis contre la maladie. Dans les hôpitaux africains, les capacités de diagnostic et de prise en charge sont souvent en deçà de ce qui serait nécessaire pour pouvoir prendre en charge correctement les cas de SIDA, explique William Hennequin, chef de mission de MSF au Kenya. Alors que les nouvelles recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé vont permettre d’augmenter le nombre de personnes éligibles au traitement, les capacités de suivi et d’accompagnement des patients au cours de leur traitement – y compris à l’hôpital – vont représenter un enjeu crucial ».

 

En 2002, Homa Bay a été le premier hôpital kenyan à proposer gratuitement des ARV. Aujourd’hui, et malgré d’importants progrès, le county de Homa Bay reste un zone de forte prévalence du VIH : un adulte sur quatre y est séropositif. Une étude menée en 2012, par MSF et Epicentre, a également montré que, chaque année, dans le sub-county de Ndhiwa, 2 personnes sur 100 étaient nouvellement infectées par le VIH.

En juin 2014, MSF et les autorités sanitaires kenyanes ont initié un projet pilote à Ndhiwa, dont l’objectif est de ramener sous contrôle l’épidémie et de réduire la morbidité et la mortalité liées au VIH /SIDA. Ce projet prévoit ainsi le renforcement des activités de prévention, de dépistage, de traitement et de prise en charge, à tous les niveaux du système de santé, depuis les villages jusqu’à l’hôpital de référence de Homa Bay.

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